DITHYRAMBE
LE CHAMP DE BATAILLE DE LUTZEiN,
Ce dithyrambe a été composé en 1826, sur le champ de bataille même de Lutzen, dans ces vastes plaines on tomba Gustave-Adolphe, et qui furent le théâtre de l'une des dernières victoires de Napoléon, eu 1815.
J'ai vu s'éteindre au loin les feux mourants du jour ;
Glissant à travers le nuage ; Des peupliers , épars dans les prés d'alentour , Un rayon de la lune argenté le feuillage; Tout dort! mais des héros , couchés sous ces sillons, L'immortel souvenir veille dans ma mémoire ; Car en ces champs , foulés par tant de bataillons , Il n'est pas un écho qui ne parle de gloire ! Lutzen est lu ! Je vois son modeste clocher Qui tinta tant de fois pour tant de funérailles : A mes rêves sanglants qui pourrait m'arracher? N'ai-je pas entendu le signal des batailles ? Le tambour bat la charge autour de ces murailles , Le fer frappe le fer , Tacier brise l'acier , L'air frémit, le mousquet s'enflamme, et du guerrier Le plomp court , en sifflant , déchirer les entrailles.
Non! toutestcalmeaux champs, toulreposeau hameau; Je n'entends près de moi que le cri du corbeau : Son vol pesant s'abat , son aile se reploie , Et cet oiseau des morts , perché sur un tombeau , Semble au marbre muet redemander sa proie! Je m'approche!... Aux lueurs du nocturne flambeau, Je lis : « Gustaphe-Adolphe est là sous cette pierre ! » Pour ce héros , cher à l'humanité ,
» Priez , passant ! De la prière
» Il a conquis la liberté ' ! •>
J'ai salué ta pierre sépulcrale j ^ Traduction de l'épitaphe allemande de Gustave- Adolphe.
Mais je m'éloigne , ombre royale , Pardonne ! Dans ces champs où tomba ta valeur , Sous ces murs dont la paix relève les décombres, D'un voyageur français la pieuse douleur Cherche d'autres tombeaux, évoque d'autres ombres !
Ici d'un conquérant , pour la dernière fois , La Victoire indécise a reconnu la voix : Ici de nos soldats la vaillance inutile A cueilli dans le sang une palme stérile ! Avançons!... Un guerrier, l'honneur de nos drapeaux, A trouvé sur ce tertre un glorieux repos : Le jour fuyait ! La nuit jetait son voile sombre Sur ces champs reconquis où nos soldats armés , Près des feux du bivouac dans la plaine allumés , D'un coup d'œil inquiet interrogeaient leur nombre : Bessières , qu'épargna vingt ans le plomb fatal ,
A travers un double cristal Plongeait un long regard , et sa vue attentive Observait des vaincus la marche fugitive : Un boulet égaré , dans son vol incertain , Le frappe!... Il ne vit plus ([u'aux pages de l'histoire !
Ne pleurons pas sur son destin ,
Il est mort après la victoire !
Et toi, ' lils des neufSirurs, pourrais-je l'oublier? La France est en péril , tu pars , rien ne t'arrête :
* M. Barjaud , Tamcux dès son dr but dans la carrière poétique par quelques odes et des fragminls d'un pocn c é|iiqiie , dont Charleraagne était le héros.
POESIES DETACHEES.
Poursuivaul un double laurier , Tu veux que la patrie enlace sur la têle La palme du poëte à celle du guerrier ! Mais de ton noble cœur l'espérance est trompée : Ton nom ne vivra pas dans un long souvenir , Et la mort , en brisant ta lyre et ton épée .
Te dérobe un double avenir !
^'i»u» tous , dont la victoire ensevelit les restes
Auprès de vos mousquets brisés , Sous ces tertres épars , dans ces sillons funestes , Du sang des nations tant de fois arrosés , Soldats , dormez en paix ! Le guerrier qui vous pleure Porta souvent envie a votre dernière heure; Quand le bronze à Lutzen arrêta votre essor , Vous ne soupçonniez pas nos misères futures , Vous tombiez ! mais la France était debout encor ;
Vos lauriers couvraient ses blessures ! Le Rhin , réfléchissant l'acier de vos armures , Sous vos pas belliqueux s'abaissait , et ses flots Berçaient avec respect l'ombre de vos drapeaux î Soldats , dormez en paix !... El toi, dont le génie De revers en revers , de combats en combats , Prolongea , sur un sol disputé pas à pas , D'un pouvoir expirant la terrible agonie , Toi , qui fus un grand homme avanl que d'être un roi,
Fier conquérant, couronné par la guerre, Qui, pouvant être un jour l'idole de la terre ,
Aimas mieux en être l'effroi!
Ici ton souvenir grandit autour de moi ; Ton règne lassera le burin de l'histoire ;
Tout dans ces lieux sanglants a gardé la mémoire , Et l'obscur laboureur y parle encor de toi !
Oui , de ta gloire aventurière, Du long récit de tes exploits.
Les murs de son humble chaumière Retentiront plus d'une fois :
Car le boulet qui les décore A jamais y grava ton nom , Et l'écho s'épouvante encore A ce seul mot : Napoléon!
Mais hélas ! moins heureux que ce peuple de braves, Du sommeil des héros dans ces champs endormi , Tu tombas sans mourir ! et tu vis des esclaves Accueillir tes revers d'un regard ennemi , Dès que tu n'eus plus d'or pour foi'ger leurs entraves ! Ah ! contre les fureurs de ces lâches mortels , Dont l'encens corrompu chercha d'autres autels , Que ton humble cercueil du moins soit un refuge ! Guidant nos étendards au chemin de l'honneur , Tu nous donnas la gloire à défaut du bonheur ; Nous t'avons obéi!... Que l'avenir te juge !
Quand ton sceptre pesait sur le monde asservi , Quand la France tremblait , ma lyre inexorable D'un silence obstiné peut-être eilt poursuivi De ton pouvoir sans frein la majesté coupable : Mais tu connus l'exil et sa longue douleur. Mais la mort l'a frappé sur un rocher sauvage ; Je te plains; et ma lyre adresse un libre hommage A la majesté du mallieur !
POÉSIES DÉTACHÉES