‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 498 sur 560 · LA MOJNTAGJNE DES MOINEAUX · texte numérisé non relu

LA MOJNTAGJNE DES MOINEAUX

La pièce de vers qui suit a été écrite, eu 1826, sur la toUiue qui doiuiiio Moscou, et quon nomme la Montagne des Moineaux. C'est de ce lieu qu'après tant de fatigues et de combats les Français, en 1812, ont enfin salué cette ville que les flammes allaient bientôt lem- disputer.

Mon char léger , j,'lisjiant dans la plaine \ oisiiie , A trace sur le sable un rapide sillon ; 11 s'arrête , et mes pas gravissent la colline Que dore le soleil de son premier rayon.

Autour de moi la nature s'éveille; Un hynme universel fête l'astre du jour , Et seul , muet , l'esclave a maudit son reltuu" .

En reprenant les travaux de la veille.

Du TéJcguc ' (jui luit , dans les champs emporté , La clochette argentine, en passant a tinté; Il poursuit vers le Nord sa course impétueuse ; Qui donc enlraîne-t-il loin des sacrés remparts , Où d'un pouvoir récent la splendeur fastueuse , I )e vingt peuples divers éblouit les regards ? Ah ! quand des factions la voix tumultueuse S'éteignit, en grondant, sous le sceptre des Tsars , (Joupable de ses vœux , que le sort fit des crimes . Au jour de la défaite , à des arrêts vengeurs La révolte vaincue a livré des victimes, Qui doivent de Tobolsk peupler les noirs abîmes : Est-ce vous qui passez, esclaves voyageurs?

Oui , vers sa prison soulerrahie , r^e ièlégue em[iorte un guerrier ; Il fuit , et le bruit d'une chaîne Marque tous les pas du coursier.

Hercé par des songes de gloire .

Ce guerrier peut-être à l'histoire Demandait un long souvenir ; Sa valeur rêvait les batailles !...

' Le Tilcijuve^t la voiture de poste en Hu>sic,cllc ucsl ui couverte ni tuispciidue ; mui«, e\lr^uicuicntl(!gère, clio vole «vcc une iucroyali'.c r.iiiiditc.

Et la terre, dans ses entrailles , Engloutira son avenir !

Sur ton front dégradé jetant l'ignominie , Infortuné , des lois la sanglante ironie T'a dit : « Gémis vingt ans au fond de ces enfers ! » Rassure-toi ! Veillant dans ces sombres demeures , Moins cruelle , la mort te laissera peu d'heures Pour maudire la vie et pleurer sur tes fers !

De ces antres brûlants le^ vapeurs homicides Vont bientôt , sur tes traits livides , Laisser l'empreinte du trépas.

L'espace fuit!... savoure encore La douce clarté de l'aurore :

Tes yeux ne la reverront pas.

Mais dans les champs dazur que sa limiière inonde ,

Poursuivant sa marche féconde .

Le soleil a des cieux rempli l'immensité ; Et ses feux, caressant l'or de mille coupoles, Ont déjà suspendu des milliers d'auréoles

Au front de la sainte cité.

Voilà Moscou ! Sa pompe à mes yeux 5.e révèle ! L'incendie enfanta cette cité nouvelle . Ces palais rajeunis , ces dômes éclatants Élancés dans les airs , sans le secours du temps , Du Phénix radieux me retracent l'image ; Quand cet oiseau , mourant pour renaître immortel . Dans les feux du bûcher , (pii se change en autel . Retrempe les couleins de son ardent plumage.

Du lleuvo sinueux . doui les mille détours

De la ville des Tsars baiu^ncnl l'cnccintc iuuucn^c .

POÉSIES DÉTACHÉES

Naguère la Victoire ensanglanta le cours : Le souvenir voltige au sommet de ces tours , Et devant moi le passé recommence.

Je les vois ces drapeaux , dont les plis conquérants

Ont flotté sur le Nil, le Danube et le Tage !

De leurs lambeaux sacrés qui couronnent vos rangs,

L'ombre victorieuse envahit ce rivage ,

Français ! Et la Moskwa, dans ses flots transparents,

Des héros d'AusterUtz berce , en grondant , l'image.

La terre a retenti sous leurs pas mesurés : Des pénibles travaux ils chassent la mémoire ! Du Kremlin, à leurs yeux , brillent les toits dorés ,

Et , sur leurs fronts décolorés , L'Espérance rayonne auprès de la Victoire.

Le bronze a décimé leurs nombreux bataillons :

A ces débris vivants de nos vieilles milices ,

A peine, pour couvrir leurs vieilles cicatrices.

Les combats ont laissé de glorieux haillons :

De Mojaïsk en feu la cendre les décore;

Dans ces plaines de sable , on la faim les dévore ,

Le soc n'a point creusé de fertiles sillons ;

El le mousquet noirci dans leurs mains fume encore !

Qu'imporie? un gai refrain a salué l'aurore ;

Ils chantent... et l'écho de ces hameaux déserts,

De leur pairie absente a répété les airs.

Déjà , prompts à franchir les champs qu'elle domine ,

Les légers escadrons ont gravi la colline :

Quel immense horizon s'étend devant leurs pis?

Voilà donc la cité, prix de tant de batailles !

Ah ! pour la coniempler , arrêtez-vous , soldats !

Peut-être vos regards, errant vers ces murailles ,

Demain les chercheront et ne les verront pas !

Immobile , les yeux attachés sur sa proie , Napoléon debout rêve , triste et vainqueur : Un sinisire présage , en passant dans son coeur , Ne laisse au conquérant qu'un triomphe sans joie. Oii sont les députés qu'attendait son orgueil ,

El les clefs de la ville sainte?

Des portes de Moscou nul ne franchit le seuil :

Et tout se tait dans cette vaste enceinte , Muette comme le cercueil.

Contre lui désormais qui pourrait la défendre? Ses champs sont envahis, ses guerriers ne sont plus! Ces clefs qu'à ses genoux apportent les vaincus , Jamais Vienne et Berlin ne les ont fait attendre ! Son geste impatient accuse leur retard; Il s'arrête pensif au milieu de sa gloire ,

Et de ces murs , qu'embrasse son regard, Le silence de mort menace sa victoire !

Hélas ! un seul jour a passé ; Dans le Kremlin soumis , appuyé sur son glaive , D'un trône universel il prolongeait le rêve ,

Et le rêve s'est effacé !

La flamme a dévoré sa conquête stérile : Temples saints , vieux palais, antiques monuments , Vous n'offrez à ses yeux que des débris fumants ,

Et sa victoire est sans asile !

Eh quoi I Napoléon , ton courage inaclif

Au fond d'un château solitaire, Sous le poids du malheur languirait-il captif? De ton génie encor le monde est tributaire! Lève-toi !... Qu'ai-je vu ?... Du vainqueur de la terre Un cri vengeur poursuit le traîneau fugitif! Il passe !... et tous les rois rappelant leurs injures , Au bruit de ses revers méditent des parjures !

Ainsi , sur la montfigne, aux rayons du matin , Vers un temps qui n'est plus égarant ma pensée , 0 France ! ô mon pays ! de ta gloire passée

Je réveiUais l'écho lointain.

Peut être de tes fds , au fond de ces vallées , IMa voix consolera les ombres exilées : Loin de ton doux soleil , de tes fertiles champs , Ton nom seul à mon luth arracha quelques chants : Et quand, de la Moskwa parcourant les rivages , D'un peuple sans passé j'épiais l'avenir , Dans ses vastes cités , dans ses forêts sauvages

J'interrogeais ton souvenir !

Je l'ai trouvé partout '... Aux portes de l'Asie Il veiUe, il parle seul aux mortels inspirés; El sur ces bords longtemps des Muses ignorés.

Il a semé la poésie.

POÉSIES DÉTACHÉES

21 iltaîram^

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