AGLAÉ DE CORDAY
Château du Baudry, septembre 4836.
roiirquoi, vous qui daignez vous nommer mon élève, Vous , dont le vol grandit, quand ma course s'achève, A ma critique encor soumettre vos écrits? .Kai peut-être oublié ce que je vous appris ; Six ans de vaudeville ont détendu ma lyre ; Mais, au moins , j'ai toujours du bonheur à vous lire. Merci donc des instants , passés auprès de vous , r)ans ce Baudry si frais , où de vos vers si doux Mon cœur a savouré la pure mélodie ; Alors que du public vous êtes applaudie , De celui qui jadis guida vos premiers pas, L'hommage et les bravos ne vous manqueront pas : Courage ! poursuivez , ma sœur en poésie ! \ otre retraite est belle , et Dieu vous l'a choisie Pour que vous y mêliez , à l'abri des douleurs , Le parfum de vos vers au parfum de vos fleurs. Conservez-lui toujours sa couronne embaumée , l\e quittez pas les lieux où vous êtes aimée!
Mais quoi! vous vous plaignez? le printemps s'est enfui;
L'été passe , et des fleurs , qui passent avec lui , j •
Se penchent tristement les tiges effeuillées ;
Les oiseux vont quitter les branches dépouillées ,
Où leur ciiant maiin.il souvent vous égaya.
Déjà , depuis longtemps , le pâle acacia ,
Devant les pas rêveurs de votre Muse errante,
A couvert les sentiers de sa neige odorante;
Le bosquet jaunissant bientôt sera flétri ;
Et qu'importe?... novembre aux arbres du Baudry
Peut , sans nous attrister, enlever leur ombrage ,
Et des chantres ailés éteindre le ramage.
Quand , près de l'âtre assis, nous entendrons vos vers,
Qui pourrait regretter leurs gracieux concerts ?
On les oublie alors ! La phrase cadencée ,
Où brille , en se jouant , votre fraîche pensée ,
Dans cet asile heureux prolonge les beaux jours;
Le rossignol se tait , mais vous chantez toujours.
SIX MOIS EN RUSSIE