EU
A L'KPOQIIE Dl' OOI'BOIMEME-^IT DE S. M. l'kMPEREOB.
AVANT-PROPOS
Les Lettres que je publie aujourd'hui n'avaient point d'abord été destinées à subir l'épreuve dangereuse de l'impression; et, en me décidant à livrer au public ces confidences de l'amitié , je lui aurais certainement épargné l'ennui d'un avant-propos, s'il ne m'avait paru nécessaire d'expliquer ma position en Piussie, et de rétablir les faits étrangement défigurés par certains journaux qui , malgré mon obscurité, n'ont pas dédaigné de s'occuper de mon voyage. Dans leur bienveillance habituelle , quelques-unes de ces petites feuilles m'ont prodigué les noms de rimeur d'ambassade , de poète salarié; que sais-jc? il n'est point d'épiihète injurieuse qui m'ait été épargnée : dès longtemps je suis accoutumé à ce prix de mes travaux, et je me résigne; mais il m'importe de fixer l'opinion des honnêtes gens sur l'indépendance de ma situation dans les contrées que je viens de parcourir.
Désireux de visiter un pays nouveau pour moi , j'ai choisi l'époque où la haute mission confiée à M. le duc de Raguse devait, en
m'offrant les moyens de contempler d'imposantes et curieuses cérémonies , rendre mon voyage et plus agréable et plus intéressant. M. le maréchal ne m'a point refusé à Moscou la bienveillance affectueuse qu'il m'accorde à Paris , et j'en ai profité avec reconnaissance ; mais je ne faisais point partie de son ambassade. Aucun titre, aucune fonction ne m'imposaient les moindres devoirs : voyageur obscur et libre, j'ai observé et j'ai communiqué à mon meilleur ami le résultat de mes observations. Inconnues aux divers membres de l'ambassade, elles n'appartiennent qu'à moi ; seul j'en suis responsable; ce sont les remarques d'un voyageur étranger que rien ne liait , qui raconte ce qu'il a vu ou ce qu'il a cru voir, dont aucune entrave n'enchaînait la pensée, et qui, s'il a commis quelques erreurs, s'est du moins trompé de bonne foi.
Ceci bien expliqué et bien entendu , je confie mon livre à l'indulgence du public, et je m'abandonne aux outrages qui sans doute me sont encore réservés.
SIX MOIS EN RUSSIE