‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 514 sur 560 · SIX MOIS E · texte numérisé non relu

SIX MOIS E

lundi de la Pentecôte, est nommée vulgairement la Fête des Mariages; mais, avant de le raconter ce qui s'y passe, il faut que je te conduise dans le lieu qui lui est consacré.

Le jardin d'Été est situé sur la rive gauche de la IN'ewa; ce rendez-vous des habitants de Pétersbourg, qui, tous les soirs, dans cette saison, viennent respirer à l'ombre des tilleuls centenaires plantés par Pierre F"", n'est remarquable ni par sa forme , ni par son étendue ; il se compose dtui petit nombre d'allées régulières , décorées de quelques statues et de quelques bustes en marbre. La seule chose qu'il offre à la curiosité du voyageur, c'est sa magnifique grille en fer, supportée par trente-six colonnes de granit. Cette grille, qui fait face a la rivière, est d'un bel aspect; elle a des droits à notre admiralion par la perfection du travail comme par la majesté de ses proportions; et l'orgueil patriotique des Russes cite avec complaisance le trait de cet Anglais qui, parti de Londres pour voir Pétersbourg, et arrivant par mer, s'arrêta devant cette grille, la contempla longtemps et se rembarqua , désespérant de rien trouver dans celte capitale qui fût digne de son attention après ce monument.

Dans le jardin d'Été, Pierre T"^ fit construire une maison de plaisance, dans laquelle ce monarque venait se délasser de ses innombrables travaux; car alors ce côté de la Newa, où s'élèvent aujourd'hui tant de palais, était destiné par lui h recevoir des maisons de campagne , et la ville devait s'étendre sur la rive droite, où lui-même habitait une bicoque en bois , que la véné.'-alion des Russes a recouverte d'une espèce d'enveloppe en maçonnerie pour la mettre à l'abri des outrages du temps. En plaçant sa maison de plaisance sur la rive gauche du fleuve, tandis que les importants travaux qu'il dirigeait sur l'autre bord appelaient sa surveillance journalière, Pierre, à qui dès sa plus tendre enfance l'aspect de l'eau inspirait une terreur involontaire, prétendit s'imposer l'obligation de traverser la Newa deux fois par jour, et il parvint ainsi à dompter la nature.

Revenons maintenant, mon cher Xavier, à la fêle des Mariages. Dès le matin, toute la population marchande de Pétersbourg est en mouvement ; tous les magasins sont formés , et l'amour du gain se lait durant ce jour, qui doit changer tant de destinées; la jeune veuve, qui rêve de nouveaux liens, se pare de SCS plus beaux atours ; la mère couvre sa fille de perles et de diamants, et, comme ce statuaire an-

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