N RUSSIE
cien, si elle ne peut la faire belle, du moins elle la fait riche ; elle-même se charge de toutes ses pierreries; puis, le visage enluminé par une couche épaisse de vermillon , elles s'acheminent des différents quartiers de la ville vers le jardin d'Eté, où elles se rangent en haie dans la principale allée. De leur côté, les marchands célibataires n'ont point négligé le soin de leur toilette : leur longue barbe est peignée et parfumée, et quelques-uns, pour mieux attirer les regards , ont fait succéder la redingote vert- pomme ou bleu de ciel au vêtement de couleur sombre qu'ils portent habituellement. Ils se rendent dans ce jardin , où les appelle l'espoir d'un hymen futur , parcourent gravement cette allée, peuplée déjeunes filles qui, les yeux baissés, jettent sur eux un regard oblique ; et lorsqu'enfin leur choix s'est arrêté , ils s'adressent à quelques vieilles femmes dont la complaisance officieuse leur donne toutes sortes de renseignements sur l'objet de leur prédilection , et les met en rapport avec la famille a laquelle ils demandent une épouse. Si parmi ces mariages il en est qu'un tendre sentiment ait formés, si l'amour a dicté quelques choix, combien en est-il que le seul aspect des diamants a fait conclure ! Nul douleque les jeunes filles marchandes de Pétersbourg ne doivent plus aux pierreries dont elles sont couvertes qu'a leurs attraits; car, il faut le dire, leurs charmes ont grand besoin de ce puissant auxiliaire. Malgré la plus scrupuleuse investigalion, il m'a été impossible de découvrir un seul visage agréable dans celte foule de jeunes filles , et ne crois pas , mon ami , que j'aie été aveuglé par la prévention ! Je cherchais une jolie femme , avec le désir sincère de la rencontrer, et je ne pense pas que les nombreux spectateurs venus dans le jardin d'Été avec le même désir aient été plus heureux que moi.