‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 519 sur 560 · LA CONFESSION DE NÂLIVAIKO · texte numérisé non relu

LA CONFESSION DE NÂLIVAIKO

( Fragment d'un poëme Inédit de C. RvLEEFr. )

Les Cosaques ukrainiens ne pouvaient plus suffire aux vexations des Polonais. Ceux-ci avaient enfreint leur pacte, méprisé les lois indigènes et corrompu le culte par l'établissement forcé de l'union religieuse. Tout à coup parait un vengeur : Kalivaiho immole un des chefs ennemis , et conçoit le projet d'affranchir son pays natal. Sur le point d'entreprendre cette tàcbe périlleuse , il remplit les devoirs d'un bon fils de l'église , purifie son âme par le jeune , et confie son dessein à un pieux anachorète.

« G mon père ! cessez de me répéter que je vais commettre un péché. Vos paroles sont vaines. Si même c'était un péché irrémissible , un crime atroce... pour le salut de la Petite-Russie où j'ai vu le jour , pour la restauration de la liberté nationale , je suis prêt à expier seul les forfaits des Tartares et des Juifs , l'apostasie des Grecs-Unis , et la tyrannie du Sarmate. Ainsi ne vous efforcez plus de m'intiniider , abrégez vos saintes exhortations. Mon enfer à moi, c'est l'esclavage de l'Ukraine; mou paradis , c'est sa liberté.

» Dès le berceau , l'amour de l'indépendance a brûlé mon âme. jMa mère et mes sœurs me parlaient , dans leurs chansons , du vieux temps et de son bonheur. Alors , nul de nous, subjugué par une vile crainte, ne rajnpait aux pieds du Sarmate ; alors nul ne traînait ici des jours flétris par un esclavage odieux et pesant. Le Cosaque contractait des alliances avec le Polonais comme avec son égal , et en homme libre. Ilélas ! tout est perdu , tout s'est évanoui avec la rapidité d'un rêve I Depuis longtemps le Cosaque n'est plus que l'esclave de son allie. Le Juif , le Grec-Uni, le Lithuanien, le Polonais font de nous leur pâture, comme une volée de corbeaux sanguinaires. Depuis longtemps la justice sommeille à Varsovie. Le peuple gémit en vain dans les fers : il n'exprime que des plaintes inutiles... O mon père! la haine des Polonais s'est emparée de moi jusqu'au délire. Mon œil est devenu rêveur, morne et sauvage. Mon âme languit dans la servitude qui l'oppresse. Nuit et jour, une seule pensée me poursuit comme une ombre. Elle m'agite, et dans le repos du champ paternel , et dans la bruyante caravane , et dans la chaleur de la mêlée , et pendant la prière au pied des saints autels : « Il est temps , murmure » incessaunnent une voix secrète, il est temps d'immoler j> tous les tyrans de l'Ukraine. »

» Je ne l'ignore pas : un abhue s'ouvre devant le premier qui s'élève contre les oppresseurs d'une nation. Le destin m'a choisi... Mais , dites-le-moi, dans quel pays, dans quel siècle, l'indépendance reconquise n'a-t-elle pas voulu des

SIX MOIS EN RUSSIE

victimes?... Je mourrai pour le pays qui m'a vu naître! Je le sais, je le sens, et c'est avec délices, ô mon pèrel que je bénis le sort qui m'est réservé. »

Cette pièce de vers , étincelanle de poésie dans Toriginal , perd beaucoup saus doute dans une vcision; mais cette version, d'une scrupuleuse exactitude , a du moins le mérite de reproduire fidèlement la pensée de l'écrivain.

Adieu, mon cher Xavier; je t'ai entretenu bien longuement de la forteresse et des malheureux qu'elle renferme. On instruit en ce moment leur procès, et je prévois que bientôt il n'existera plus d'eux que le souvenir de leurs talents , de leur crime et de leur infortune.

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