BATHILDE, CLOVIS
CLOVI^.
Que vois-je ! quel délire I
BATHILDE
N'avance pas ! va-t'en ! crains l'air que je respire !
CLOVIS
Bathiide!...
BATHILDE
Avec horreur tu me dois éviter.
Mon père m'a maudite , il vient de me quitter; Son arrêt pèse encor sur ma tête proscrite : Fuis ton épouse , fuis ! son père l'a maudite.
CLOVIS
Quel prestige t'égare , et d'où naît ta terreur ? Rassure-toi.
BATHILDE
Non, non , ce n'est point une erreur ; Transfuge des tombeaux , il vient de m'apparaitre Et le glaive rebelle a respecté ton maître ; Il vit.
CLOVIS
Se pourrait-il ?
BATHILDE
Oui , nous fûmes trompés ; Armé de tous ses droits lâchement usurpés , Des muets souterrains où veillait sa colère Terrible il est sorti : c'est ton roi, c'est mon père. Du perfide Ebroïn les criminels projets L'ont dérobé deux ans aux yeux de ses sujets ; Mais de son oppresseur il a trompé la rage : Il vient redemander son royal héritage ; Que vas-tu faire ?
CLOVIS
G ciel ! ne me connais-tu pas ?
Quoi ! lorsqu'en ce palais déplorant son trépas , Des complots d'un rebelle innocente victime , J'arrosais de mes pleurs un trône illégitime; Thierry vivait : le Ciel à nos vœux l'a rendu ! Heureux jour ! doux espoir ! bienfait inattendu ! Je puis donc , abjurant ma honteuse puissance , Aux genoux de mon roi retrouver l'innocence !
BATHILDE
Je n'attendais pas moins. Dans mon cœur éperdu, Cher époux , à ta voix , l'espoir est descendu ; Suis-moi ; viens conquérir, en te faisant connaître , L'estime de la France et celle de ton maître.
CLOVIS
Allons ! à mes remords il ne peut résister ; Viens, Bathiide, aux Français je vais le présenter; Et dans l'obscurité plus grand que sur un trône , Je reprends mes vertus et lui rends sa couronne.