‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 544 sur 560 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

DliPART.

L'égoïsme cl la vanité n'ont point lollcment étouffé dans rame de Sénangos le germe des sentiments généreux , que le récit touchant du noble dévouement de Marie n'ait porté quelque émotion dans son cœur. « Que sa fille soit plus heureuse, dit-il, et, puisque Emma ne peut être ma femme, eh bien ! ne pensons plus a elle! »

Il cherche a détourner ses idées ; il prend les lettres que son valet de chambre vient de lui remettre; la première qui s'offre a ses regards est de madame de Rosbel. 11 l'ouvre sans emprossemeut, car il sait d'avance que la duchesse , trop coquette pour être tendre, trop prudente pour être conliante, ne livrera jamais à sa discrétion une preuve matérielle de leur secrète intelligence. La négligence dédaigneuse avec laquelle il reçoit habiiuellement les lettres de madame d'Olban a fait place a une joie inaccoutumée, lorsqu'il reconnaît sur une enveloppe récriture de la vicomtesse. Cette fois il lit avec attention la longue lettre où elle essaie de cacher, sous le voile de l'amitié, l'amour dont son cœur ue peut guérir : il se plaît h surprendre dans ses expressions la passion qui trouble sa vie.

Sénanges était entrés! jeune dans le monde, il y avait été accueilli par des succès si brillants, sa vanité en était tellement flattée, que les succès lui étaient devenus nécessaires. Plaire, attirer les regards, c'était là toute sa vie! S'il eût fallu , pour arriver a ce but, déployer un noble caractère, Sénanges eût trouvé dans son esprit et dans son âme de quoi se distinjjuer par des talents , peut-Oire par des vertus;

mais on sait que. dans les salons, les succès ne sont point à si haut prix, et que la vanité y est petite dans ses moyens comme dans ses effets : jusqu"a présent les agréments de Sénanges lui ont donc suffl pour assurer ses triomphes.

]>Iais il n'ignore pas que celte attention, accordée par le monde h ses favoris, est frivole et passagère; qu'il faut la renouveler sans cesse, si l'on veut en Cire constamment l'objet. Déjà plus d'une fois il avait pu craindre que le sceptre delà mode ne lui échappât; et il ressentait un violent dépit dès qu'il voyait paraître dans la société quelque jeune homme doué de tous les avantages que les années lui devaient bientôt enlever à lui-même. Perpétuellement armé contre les succès des autres , son inquiétude ne se dissipait que quand un esprit vuljjaire plaçait dans la foule les concurrents que d'abord il avait pu redouter, ou si quelque giucherie, en les livrant à ses sarcasmes, lui permettait de les accabler sous les traits du ridicule. Et pourtant, alors même qu'il avait renversé tous les ebtacles, ces victoires, qu'il achetait par tant d'efforts et de tourments, ne satisfaisaient point son cœur; le dégoût et lennui l'assiégeaient; on l'euviait, et il n'était point heureux.

En proie à ce besoin de s'étourdir et de chercher toujours de nouvelles sensations, il pense (jue les triomphes de l'ambition parviendront à remplir le vide de son âme. Une foule d'hommes distingués par leurs connaissances , leurs talents, les services qu'ils ont rendus à l'état, briguent l'honneur d'occuper le poste brillant qui est en ce moment à la uominalion de l'oncle de la vicomtesse. Sénanges sait tout le parti qu'il peut tirer de l'avantage de l'emporter sur eux, dans un pays où rien ne réussit comme un succès; il sait aussi qu'il n'a aucun droit réel pour leur disputer la place qu'ils réclament; mais il songea l'amour de madame d'Olban, et il ne désespère point. Il no s'avoue pas à lui-même qu'il l'a dédaignée quand elle ne pouvait lui être utile ; il se reproche seulement d'avoir été entraîné loin d'elle par le tourbillon du monde et des plaisirs ; il ne s'avoue pas non plus que c'est depuis qu'elle peut exercer une grande lutluence sur son sort, qu'il pense avec joie à l'amour qu'il lui inspire; il se rappelle combien elle a de litres uses soins, et voudrait se persuader que ce sont ces litres seuls qui vont le ramener près d'elle; il cherche à se tromper lui-même: quant à la vicomtesse, il sait trop iiu'ellc sera facile à tromper !

L^HOMME DU MONDE

Il écrit; et bientôt son billet vient réveiller l'espérance dans ce cœur ajiito, qui croit aisément ce quil désire. Avec les expressions les p'us aimables et les plus tendres, le comte annonce a madame d'OIban qu'il se rendra chez elle le lendemain.

Ce jour a commencé de bonne heure pour la vicomtesse; une gaieté inaccoutumée paraît sur son visage; ses mouvements plus vifs , ses paroles plus animées trahissent son agitation , et c'est avec joie qu'elle reçoit la visite d'une de ses amies; car son impatience est telle , qu'elle aurait peine à supporter la solitude. Cette amie est madame Derbain , dont la jeunesse et la coquetterie commencent à attirer près d'elle ce volage essaim de jeunes gens qui se croient les modèles du bon goût parce qu'ils sont les esclaves de la mode.

Quoique madame Derbain soit plus jeune que la vicomtesse , la même pension les vit se lier d'une tendre amitié ; madame Derbain a dix-neuf ans , et depuis six mois, époque où son mariage avec un riche banquier la ût entrer dans le monde, elle a recherché avec empressement l'ancienne compagne de son enfance, dont elle était séparée depuis cinq années. Rarement pourtant elle a eu l'occasion de la trouver seule; les fêtes, les réunions brillantes qu'elles cherchent également toutes deux laissent peu de place aux plaisirs de la conGance et de l'intimité.

(( Enflu nous pourrons donc aujourd'hui causer sans témoins ! s'écrie-t-elie en entrant.

— Je me réjouis comme toi de ce bonheur, chère Amélie ! Eh bien ! ce monde oîi lu souhaitais si vivement de paraître, satisfait-il ton cœur?

— Oui , ses plaisirs ont passé mon espoir ! Quelle différence avec la triste uniformité de notre pension , où nos moindres torts étaient sévèrement censurés! Ici , au contraire, tout ce que je fais, tout ce que je dis est approuvé; je n'entends que des é!oges. C'est chaque jour quelque fête nouvelle, oîi je ce vois autour de moi que des gens empressés à me plaire, à m'admirer. Ce monde me séduit et m'enivre.

— Amélie , tu m'effraies !

— Que dis-tu ?

— Oui, tu m'effraies; je retrouve en toi cette exaltation qui dirigea mes premiers pas dans le monde et qui causa mes malheurs.

— Toi , malheureuse! Libre de tes actions , avec un beau nom, une fortune immense , toi, malheureuse! Au milieu des plaisirs! Qui oserait le supposer? Qui pouirait le croire?

— Kh quoi ! Amélie , tu n'as pas vu que ce goût

si vif pour les bruyantes réunions cachait le besoin de me distraire , d'échapper à moi-même !

— Serait-il possible?

— Écoute, Amélie ; je t'aime , ton cœur est pur; mais tu joues avec les pièges qui t'environnent, et si je ne parviens à t'ouvrir tes yeux , tu ne les verras que lorsque tu y seras tombée. Cette coquetterie, jusqu'à présent innocente, te perdra; tu veux des esclaves , tu trouveras un maître.

— Qui? moi 1 j'oublierais mes devoirs ! ah ! jamais !

— Tu le crois ; mais en cherchant sans cesse le péril , peux-tu te flatter d'y échapper toujours?

— Moi , m'exposer à la honte , au mépris ! oh ! non , non ! je serais trop coupable ! La reconnaissance, au défaut de l'amour, m'attache à M. Derbain; je lui dois tout , je ne puis l'oublier.

— Chère Amélie , j'entrai dans le monde avec celte imprudente confiance en moi-même , elle m'a perdue ! J'ai vingt-quatre ans ; et malgré tous les avantages que m'a donné le sort , mon bonheur est détruit sans retour.

— Chère amie , que dis-tu t n'es-lu pas libre? et si l'amour...

— L'amour, interrompit la vicomtesse! oui, l'amour passionné remplit mon cœur, trouble ma raison, empoisonne ma vie , mais sans me laisser l'espoir du bonheur ! quand j'ai connu celui que j'aime, il n'était plus temps !

— 0 ciel ! il était marié?

— Non, il est encore libre,

— Il ignore donc ton amour?

— Il sait que je l'adore.

— Peut-être il aimait ailleurs , peut-être sa naissance l'éloignait-elle de toi? Parle.

— Il est né mon égal, et son cœur n'est point engagé ! tu ne peux me comprendre , mais tu sauras tout; que mes pénibles aveux soient pour toi les leçons de l'expérience. Jeune, sans guide, enivrée par ces mêmes succès qui te charment aujourd'hui, entourée d'adorateurs, les hommages dont j'étais l'objet, l'amour que j'inspirais, égarèrent ma faible raison ; j'avais cru en jouir sans qu'il en coulât rien à la vertu , et cependant , chaque jour, pour assurer mes triomphes, je sacriDais, sans m'en apercevoir , quelque chose de ces principes (jui peuvent seuls défendre l'innocence contre les piég<^s qu'on lui tend. J'avais risqué mon bonheur, mou repos, ma réputation; tous ces biens me furent enlevés! dès lors, je ne cherchai plus qu'à m'clour-

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dir , et pendant quehiuc tcra|)sj'y réussis; mais un araour véritable mo lit voir l)icntôl tout ce que j'avais perdu. Celui qui devait déeider du destin de ma vie s'offrit alors a mes regards : ne me demande pas son nom, que ce soit Ta le seul secret qui reste au fond de mon cœur , ma bouche se refuse à le prononcer. Ce que je sentis près de lui ne ressemblait en rien à ce que j'avais éprouve jusque-la : je m'aperçus que ma légèreté avait laissé prendre aux hommes qui m'entouraient une liberté de propos qui , jusqu'à ce moment , ne m'avait point choquée, et qui me blessa dcsiju'il en fut le témoin. Ilélus! avant de me connaître , il n'avait ignoré ni mes torts ni mes coupables imprudences ; et il me mettait au rang de ces femmes près desquelles on ne cherche que le plaisir.

» Je fus attirée vers lui par une force irrésistible, et cette passion violente, qui me livra sans défense à ses désirs , vint ajouter encore a l'idée que le monde lui avait donnée de ma faiblesse. Je sentis alors tout le prix de la vertu ; un amour véritable ne peut exister Ta où elle n'est pas, et ce sentiment n'est plein de charmes que lorsqu'il est plein d'innocence. Cette coupable erreur , qui en usurpe le nom, ne pouvait satisfaire mon cœur : en perdant mes droits à l'estime, j'avais perdu le droit d'être aimée comme j'aimais, et je croyais voir jusque dans les expressions de l'amour passager que je lui inspirais une preuve du mépris que mes torts avaient mérité. Que de fois mes larmes amères ont coulé sur l(.'s fautes qui m'avaient ôlé l'espérance d'être l'heureuse compagne de celui que j'adorais ! Que ne puis-je revenir à ce temps où , jeune et vertueuse, mon cœur innocent n'avait encore palpité qu'à la voix de l'amitié! Alors, si le choix m'était donné entre une vie consacrée a tous les plaisirs, et un seul moment où son âme répondît h la mienne , avec combien de joie je bornerais mon existence à cet heureux instant! »

La vicomtesse s'arrêta , ses larmes l'empêchèrent de continuer : elle cacha dans le sein de sou amie sa douleur et son tardif repentir. A la tendre pitié de madame Derbain, se joignait je ne sais quel effroi dont elle cherchait a dissimuler la cause ; ses paroles étaient rares et sans suite, et bientôt l'annonce d'une visite vint donner b son émotion quelque chose de si vif, qu'elle quitta brusquement la main de la vicomtesse, pour cacher un léger tremblement qu'elle n'était pas maîtresse de réprimer. On avait annonce le comte de Séuanges.

Madame Derbain , encore émue, embrassa tendrement son amie, et , ce jour-la , elle porta dans le monde de sages projets , que la foule, empressée a lui plaire et intéressée à ses élourdcries , ne larda pas à détruire.

Le comte resta seul avec madame d'Olban , et les jours qui se succédèrent le virent continuer ses visites assidues. Une semaine s'écoula, et le poste brillant, poursuivi par tant d'ambitions rivales, fut confié à Sénanges.

Le jour oîi il vint annoncer ce succès à madame de Terny, il retrouva près d'elle la douce Lmma , qui rougit à son aspect.

Habitué à ne consulter que son intérêt ou son plaisir , il a déjà oublié et l'histoire de Marie et la résolution généreuse qu'elle lui a inspirée; il ne voit plus qu'une tille de seize ans , charmante , dont le cœur lui appartient sans qu'elle s'en doute, il ne se rend point compte de ses projets futurs ; mais il éprouve une émotion de joie qui peut faire trembler pour l'avenir d'Emma. Ce n'est pas lui qui pourrait résister , quand sa voix si douce s'unit a celle de la marquise, pour obtenir qu'il vienne passer quelqu.cs jours au château de ïerny , placé sur la route qui doit le conduire dans la ville oîi l'appelle la mission qui lui est confiée.

Pendant les jours qui précèdent le départ, Sénanges s'est plus d'une fois retrou \ é près d'Emma ; mais l'œil attentif d'Arthur et la tendre surveillance de madame de Terny ne lui ont |>as permis d'adresser à la jeune lille autre chose que des mots sans suite, que son habitude du monde pouvait seule faire arriver jusqu'à elle. Qu'importe a Sénanges'!* son esprit devine le coMir d'Kmma, et quelijuefois il sait y répondre sans que d'autres qu'elle puisse le comprendre.

Sans doute ce mystère, qui n'a point laissé entendre à Emma le mot d'amour , cause cet abandon avec lequel elle se livre "a un sentiment qui l'aurait effrayée sous son véritable nom. Son cirur eût été en garde contre un jeune homme qui aurait parlé d'amour, il était sans défense contre l'expression de l'atlachomont d'un honuno que son à^rc et son rangsemblaiont séparer d'elle. Sa jeunesse cédait involontairement à l'ascendant de la supériorité do Sénanges , et s'abandonnait avec délices au bonheur d'être appréciée par lliommc qu'elle plaçait audessus de tous les autres. Peut-être ce pouvoir, que la célébriié exerce sur les fenmies , est-il moins l'effet de la vanité qui les porte a rechercher un

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hommage envié, que cet iûstinct naturel de leur cœur qui leur fait trouver, dans la supériorité de celui qu'elles aiment, une raison de plus de se conûer à cette protection dont leur faiblesse éprouve le besoin.

Emma voit avec plaisir les préparatifs du départ, car son imagination lui représente déjà tout ce que la solitude peut avoir de charmes. Un matin , tandis que raailame de Terny causait dans le salon avec quelques personnes qui lui rendaient visite , Emma , pour être moins distraite des douces rêveries qui l'occupent, s'est approchée de la fenêtre ouverte qui donne sur le jardin ; les rayons du soleil viennent ranimer la nature et entr'ouvrir les premiers boulons ; Emma pense aux frais ombrages de Terny qui vont s'embellir d'une nouvelle parure.

Tout ce qui l'entoure a disparu; elle ne voit, n'entend plus rien; mais une voix qui prononce fiiiblement son nom lui fait lever ses beaux yeux où brillent des larmes qui n'ont rien d'amer. Ce ne sont point ces pleurs qui expriment les regrets ou la souffrance, et qu'on ne peut voir sans éprouver un sentiment pénible ; mais ces larmes causées par un doux attendrissement, et qui parent le joli visage d'Emma, comme les gouttes de la rosée embellissent la fleur nouvelle que le matin fit éclore.

La voix qui arrache Emma à sa rêverie est celle d'Arthur ; il se trouble, car il se méprend à l'émotion do la jeune fille.

« Emma , dit-il à demi-voix , qui peut vous affliger?

Un sourire d'Emma détruit son erreur.

— Je n'ai pas de chagrin , répond-elle.

— Ah! qu'en vous quittant j'emporte au moins cette idée consolante : Emma est heureuse! C'est le vœu le plus cher à mon ca^ur , c'est le seul espoir du malheureux Arthur! »

Emma est étonnée de ces paroles, et plus encore du ton avec lequel elles sont prononcées : Arthur avait usé toutes ses forces a cacher son amour aux yeux de la jeune fllle; il n'eût pas cru pouvoir sans crime chercher à le lui faire partager. Il avait poussé le courage jusqu"a éviter de lui parler ; mais, au moment de s'éloigner d'elle, il avait voulu lui dire un dernier adieu , et son émotion trahissait le secret de son cœur. Sa noble figure était si expressive, elle peignait si bien le sonliment d'une douleur prolonde et un amour passionné, quEmma rougit involontairement.

« Emma, dit-il, je vous quitte; j'ignore si je

vous reverrai; et , en supposant que je vous revoie, peut-être qu'alors...» Il s'arrêta, les mots expirèrent sur ses lèvres ; il pensait que peut-être elle ne serait plus libre , et il n'eut pas la force d'achever.

« Emma , reprit-il , il n'y a que le sentiment que vous m'inspirez qui puisse avoir assez de force pour me décider au sacrifice que j'ai fait : je vous aime, vous êtes, vous serez l'unique objet de toutes mes affections ; mais cet aveu , qui s'échappe de mon cœur, jamais ma bouche ne le prononcera de nouveau , jamais vous n'entendrez une seconde fois ces mots qui ont décidé du sort de ma vie ! ... . Emma, ne m'interrompez pas, ne me fuyez pas, écoutez-moi, je vous en supplie, je u'attends, je n'espère rien ! Que votre cœur soit a un autre; je n'étais pas digne d'un si grand bonheur ; mais qu'il soit le prix de l'amour et de la vertu! Craignez la séduction qui vous environne; qu'Emma, ce bien au-dessus de tous les trésors de la terre , n'appartienne qu'à un homme digne de l'apprécier ! Emma , au nom du ciel , évitez les pièges qu'on tend à votre innocence ! »

Arthur parlait vivement et à voix basse ; l'accent de la vérité , ce pouvoir qu'exerce toujours une âme fortement émue, porte le trouble dans le cœur d'Emma; elle veut parler, mais ses lèvres ne laissaient échapper que des mots inarticulés.

En ce moment, les personnes, qui causaient dans le salon avec madame de Terny , se levant pour se retirer, la marquise les accompagna jusqu'à la pièce voisine, et laissa quelques instants Arthur seul auprès d'Emma. Il prit sa main , et la serrant avec force :

« Tant que je vivrai, dit-il, souvenez-vous qu'il existe dans le monde un être qui vous est entièrement dévoué, un cœur qui ne bat que pour vous , et si , quelque jour , le sacrifice de mon existence pouvait être utile à votre bonheur, je croirais ne pas l'acheter trop cher en vous donnant ma vie ! I)

Sans lui laisser le temps de répondre, il s'éloigna d'elle, et madame de Terny, qui rentrait, ne put s'empêcher de remarquer l'émotion d'Arthur et le trouble d'Emma. Arthur annonça à la marquise que le lendemain il partait pour la Provence, et il prit congé d'elle.

S'approcliant alors de sa fille adoplive, et la pressant sur son cœur, madame de Terny lui dit avec tendresse :

« Mon enfant , as-tu quelque secret 'a confier a

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ta mère? Ton trouble près d'Arthur m'apprend qu'il te parlait d'amour; si tu l'aimes, Emma, jamais , tu le sais , je n'aurai le courage de m'opposer à tes vœux.

— Ma mère , répond Emma d'une voix douce et calme, je ne forme d'autre vœu que de passer mes jours près de vous ; aucune pensée de mariage ne s'est encore présentée U mon esprit. Mon trouble n'est pas causé par l'amour, njouta-t-elle en souriant, je ne désire pas être la femme de M. Arthur, je suis trop heureuse pour vouloir rien changer a mon sort ! »

Ces paroles, l'air paisible d'Emma, ne laissent aucun doute à madame de Tcrny , et elle se réjouit, convaincue que le cœur innocent de son Emma n'a rien encore à redouter des orages des passions.

Peu de jours après celte conversation, la marquise , accompagnée d'Emma , se mit en route pour le château de Terny.

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