‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 550 sur 560 · LA PROVOCATION · texte numérisé non relu

LA PROVOCATION

Profondément absorbé dans ses tristes réflexions, Arthur sortait à pas lents de l'hôtel, lorsqu'il fut rencontré par le général IMelcourt qui rentrait. Ne doutant pas que le désir de le rejoindre n'eût seul conduit Arthur à Baden , le général se hâta de l'entraîner dans son appartement ; mais il découvrit bientôt sur son visage les traces d'une douleur amère et les marques d'une agitation récente dont il ne put cependant obtenir la confidence.

« Ah! lui disait Arthur, laissez au fond de mon âme des maux qui sont sans remède, des regrets que rien ne peut effacer ! Mon ami , parlons d'autre chose ; mon esprit pourra peut-être encore être distrait , mais mon cœur ne peut plus que souffrir ! »

Ils s'entretinrent longtemps : le nom d'Emma ne fut pourtant point prononcé, on ne parla pas du comte de Sénanges. 11 semblait qu'Arthur et Melcourt craignissent également l'un et l'autre ce qu'ils pouvaient dire ou apprendre à ce sujet. Le tendre attachement du général porta quelque consolation dans l'âme d'Arthur , mais sans l'amener à renoncer à la réserve qu'il s'était imposée; il évitait avec soin tout ce<iui pouvait avoir rapport a lui, a ses sentiments, à ses pensées, à ses projets et à ses espérances. On voyait qu'une idée dominante occupait son esprit , et parfois son visage exprimait l'indignation et même la colère ; mais rien ne trahit aux yeux de son ami le secret de son trouble. Melcourt, renonçant à l'espoir d'obtenir en cet instant la confidence des sensations pénibles qui l'agitaient , voululau moins essayer de l'en distraire , etiui proposa de l'accompagner à la fête qu'on donnait le soir même au comte de Sénanges.

A ce nom , Arihur parut un moment hors de lui , et il repoussa cette proposition avec un emporlement qui effraya Melcourt; mais tout à coup il se calma , écouta les raisons du général qui le pressait de céder a ses vœux , et bientôt il mit autant d'empressement à promettre d'assister à cette fête, qu'il en avait mis d'abord à en éloigner l'idée.

En traversant la ville pour se rendre au bal , ils

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virent l'allégresse publique , ils entendirent les témoignages delà reconnaissance générale proclamant en tous lieux le nom de Sénaugcs : Arthur demeura silencieux et renferma dans son âme toutes les émotions auxquelles il était en proie.

Aussi nombreuse que brillante, la société qui s'était réunie pour fêter le comte présentait un aspect piquant par la variété des gens remarquables qui la composaient. Rendez-vous habituel de plusieurs princes étrangers , les eaux de Baden attirent môme quelques personnages augustes, qui, sous le voile de l'incognito, se délassent parfois du poids d'une couronne. Le nom modeste sous lequel ils sont censés cacher leur nom trop illustre permet de les approcher avec une familiarité inaccoutumée : peutêtre est-ce là une des raisons qui donnent un si grand prix à ce séjour; peut-être y a-t-il des gens pour qui le plaisir de vivre quelque temps presque sur un ton d'égalité avec ceux que le sort a placés si haut , est un des grands avantages qu'offrent les eaux , et un des motifs de leur salutaire influence.

Quoi qu'il en soit , l'opulence et la grandeur se réunissaient dans celte occasion , sans nuire au l'iaisir et à la gaieté. On retrouvait là une foule de jolies femmes que Paris avait admirées pendant les amusements de l'hiver ; et la beauté , qui n'abdique jamais son empire, seule essayait encore de régner despoliquement.

Mais il faut l'avouer , là , comme partout ailleurs, les femmes avaient perdu l'influence qu'on les vit exercer jadis. Lorsque le talent de plaire était un moyen de réussir; quand le pouvoir arbitraire accordait tout à la faveur , les femmes durent être une puissance qu'on cherchait à se rendre propice : les qualités qui constituent ce que le monde appelle un homme aimable , étaient autrefois un mérite et devenaient un droit pour arriver aux emplois comme à la fortune. De-là naissaient ce goiit, cette délicatesse dans l'esprit que le changement de notre situation politique a pres(jue fait disparaître ; car, si la présence des grands intérêts remis sans cesse en question a, depuis quelques années, ajouté à l'énergie de l'àme et donné plus de force au caractère, en les occupant d'objets plus importants, elle a détruit cette sécurité qui peut seule permettre à l'esprit d'appliquer toutes ses facultés à des objets frivoles, de faire de l'art de plaire une espèce d'étude, et de mettre un grand prix à toutes ces nuances délicates qui composaient jadis le caractère français. Des md'urs nouvelles sont nécessairement la suite

de nouvelles institutions; et si , à l'époque de sa nomination , le comte de Sénaoges nous a montré ce que, dans ce siècle, le talent de plaire peut encore obtenir , ce n'est qu'une de ces rares exceptions qui rattachent le présent au passé.

Parmi les femmes les plus agréables qui ornaient la fête, madame Derbin se faisait remarquer par sa fraîcheur, son élégance et la vivacité de sa gaieté naturelle. Klle était encore à cet âge heureux où chaque jour donne un nouveau charme, développe une nouvelle grâce; son étourderie faisait naître trop d'espérances pour qu'elle ne devînt pas le buè de soins nombreux et empressés ; et elle était trop recherchée pour que le bonheur de lui plaire ne fût pas ardemment désiré : choisie pour faire avec une autre femme les honneurs de ce bal, madame Derbin se retrouvait naturellement près de Sénanges.

Arthur crut remarquer dans l'assiduité du comte, et surprendre dans l'expression de ses regards quelque chose qui ressemblait au désir ou à l'espoir; mais ce qu'il ne put révoquer en doute, ce fut le mécontentement visible de Sénanges lorsqu'il rencontrait les yeux du jeune homme constammeni attachés sur lui et épiant tous ses mouvements. En effet, se plaçant toujours à peu de distance du comte, Arthur, au milieu de l'allégresse générale, présentait un contraste frappant avec tout ce qui l'entourait : pâle et triste , sa belle figure avait quelque chose de sombre et de sinistre que ses cheveux , ses sourcils et ses longs cils noirs rendaient encore plus remarquable. Il suivait tous les pas de Sénanges, et se tenait assez près du comte pour qu'aucune de ses paroles ne put lui échapper. C'était en vain (]ue celui-ci tentait de se soustraire à cette surveillance fatigante, il le retrouvait toujours, et toujours cette figure froide et sévère faisait sur lui l'effet d'un témoin accusateur envoyé pour troubler la joie de son triomphe.

Cependant le comte, voulant dérober à Arthur quelques mots qu'il adressait à madame Derbin, se pencha vers elle et parla à voix basse ; mais Arthur aussi s'était approché , et, dans le moment où Sénanges ne croyait être entendu (|ue de la jeune femme qui était l'objet de ses soins , Arthur fit retentir à son oreille ces mots : « Souvenez-vous d'iiunna ! »> Le comte ne fut pas maître de retenir un mouvement d'impatience ; bientôt pourtant il le réprima , et , feignant de n'avoir rien entendu , il s'éloigna d'Arthur. Mais le jeune homme s'attache à sa poursuite , et son désir de le joindre semble d'au-

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tant plus- vif, que Séuanges prend plus de soin pour l'éviter : déjà quelques mois jetés au milieu de la foule viennent allumer la colère du comte ; son visage s'enflamme , il lance sur Arthur un regard courroucé , puis la pâleur subite de son front trahit un sentiment secret qui paraît coaibatlre dans son cœur une légitime indignation. Cependant il s'aperçoit que tous les yeux se tournent vers lui ; il croit lire dans les traits de ceux qui l'environnent l'élonncmeut qu'excite sa patience, et, se dirigeant vers Arthur, il lui dit à demi-voix'et d'un ton ému : « Monsieur Brémont, pourquoi cette persécution? Retirez-vous, imitez ma prudence. »

Arthur, saisissant cette occasion de prononcer une de ces phrases qui exigent du sang, et que l'honneur ne permet pas de souffrir, répond à haute voix : « Votre prudence n'est que de la lâcheté.

— Malheureux !

— Vous me rendrez raison , ou vous êtes le dernier des hommes. »

Il n'est plus possible à Sénanges d'écouter cette voix intérieure qui Ta retenu jusqu'ici : que penseraient les nombreux spectateurs de cette scène , que dirait le monde s'il paraissait hésiter encore ?

« Monsieur, reprend-il avec un trouble visible, de telles paroles se paient de la vie.

— Je le sais.

— Insensé, qu'avez-vous fait?

— Ce que j'ai dû.

— Jeune imprudent, si vous connaissiez...

— Trêve de discours ! Vous avez refusé de me satisfaire, j'ai voulu vous y contraindre.

— Oui , sans doute , il le faut !

— Je vous attends.

— C'est vous qui m'y forcez!... c'en est fait!... Eh bien ! demain , à sept heures, sous les remparts : j'aurai deux témoins. »

Sénanges s'éloigua brusquement. En moins d'une minute, toute la société apprit qu'un jeune homme venait d'insulter Sénanges , et qu'un duel en devait êlre la suite. On attribua celte provocation , qui n'avait point de motif apparent , à des idées politiques opposées a l'opinion qui se manifestait dans cette fête; chacun se crut personnellement offensé, et s'indigna contre celui qui avait osé , en s'attaquaut ainsi au comte, outrager en lui toute l'assemblée. Un murmure général s'éleva contre Arthur, qui éprouvait en ce moment un trouble effrayant dont il ne pouvait deviner la cause.

Il ne s'était rendu à ce bal que danslinlcnlion

d'obliger Sénanges , par quelque injure publique, à se battre avec lui. Craignant qu'il ne s'y refusât encore , sa colère avait imaginé mille moyens d'arriver à ce but ; mais il n'avait pas eu besoin d'y avoir recours, et, dès les premiers mots , le comte s'était empressé de le satisfaire. Pourquoi donc ce mécontentement, ce poids qui oppresse son cœur? Arthur est surpris de se sentir agité d'une émotion qui ressemble a la crainte ; il essaie de se rendre compte de ce qu'il éprouve, et, en examinant le fond de son âme , il croit en découvrir la cause dans lidée qu'il est coupable. Il craint d'avoir cherché beaucoup moins à venger Emma qu'à se venger lui-même; il se soutient alors qu'Emma l'a conjuré de respecter la vie de Sénanges; il pense que le sang d'un homme va couler, parce que cet homme lui a été préféré ; que c'est 'a ses passions qu'il va immoler le comte ; et un effroi involontaire s'empare de lui. Déj'a son imagination lui représente son adversaire expirant à ses pieds , et cette image lui fait horreur. Il ne songe pas un instant que lui-même peut succomber, cette pensée le soulagerait. Immobile, décoloré, il ressemble à un criminel qui vient d'écouter sa sentence.

Melcourt , instruit de ce qui se passe , accourt près d'Arlhur, qui, absorbé par ses idées, ne voyait et n'entendait plus rien. « Venez , » lui dit-il. Et il l'entraîne. La terreur se peint sur les traits du général; Arthur est tremblant; la foule le poursuit d'un regard méprisant ; tous les regards expriment l'indignation; Sénanges, seul , est calme ; un sourire est sur ses lèvres; il semble étranger aux mouvements qui agitent l'assemblée, et, en lâchant de ranimer la gaieté , il emploie tous ses efforts à écarter le nuage de tristesse qui s'est répandu sur la fête.

Pendant que chacun admire son sang-froid , sa grandeur d'âme, et que l'enthousiasme qu'il inspire est à son comble, Arthur, emmené hors de la salle par Melcourt, sent s'évanouir ses craintes involontaires en entendant son ami blâmer sa conduite et louer l'objet de son ressentiment.

(( Qu'avez-vous fait? lui disait le général; pouviez-vous oublier à ce point mes avis et vos promesses? Votre folle jalousie est-elle un motif pour insulter un homme d'honneur que vous devez estimer?

— Moi! l'estimer! Non, le mépris et la haine sout les sentiments qu'il mérite, les seuls qu'il m'inspire!

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— Arlliur, vous avez tort ! Que jamais ces mots ne sortent de votre bouche I Revenez h des idées plus justes, reconnaisse/ votre erreur, et le comte, j'en suis sûr, accueillera vos excuses.

— Des excuses ! s'écria Arthur avec emportement, moi I jamais ! Croyez-vous que ce soit pour cire témoin de son triomplic que j'ai conseuli a assister h celte fête? Non , je le cherchais pour l'amener enlin à ce combat que sa lâcheté voulait évitci'. Vous ignorez toutes les raisons que j'ai dele haïr ; il m'est justement odieux , et sa mort doit venger ses victimes.

— Ciel! sa mort! Que dites-vous, malheureux?

— Oui , ma main doit le punir !

— Arrêtez!

— Je n'écoute plus rien.

— Vous n'exécuterez pas cet horrible projet.

— Je le répète, sa mort seule peut satisfaire ses victimes.

— Encore une fois, Arthur, rétractez ces affreuses paroles.

— Qui pourrait me retenir?

— Ce vœu seul est un crime! Je ne puis l'entendre ! Vous me forcez, Arthur, a manquer à mon serment! Puisque mes prières , puisque les efforts de votre vieil ami ne peuvent vous arrêter, apprenez un secret que j'avais juré do taire à jamais.

— Que voulez-vous dire?

— Le comte a droit à vos respects.

— A quel titre?

— Le plus sacre de tous!

— Grand Dieu!

— 11 doit vous être cher !

— Lui!... N'achevez pas.

— Oui, malheureux, le comte de Sénanges...

— Je ne veux rien entendre !

— Le comte de Sénangcs est votre père !

— Juste ciel! » s'écria Arthur ; et l'agitation violente qui, depuis quelques instants, imprimait à tous SCS membres un mouvement convulsif, se calma subitement. 11 poussa un cri plaintif qui ressemblait à un gémissement, et il sembla perdre avec la vie le sentiment desa douleur. Il resta longtemps sans connaissance : Mclcourt, lui prodiguant les plus tendres soins, fut le premier objet qui s'offrit à sa vue lorsqu'il revint b lui. Il allait le repousser, lorsque ses yeux s'attachèrent sur cette figure vénérable où se lisaient un intérêt véritable et un attachement sincère ; il vit des larmes sillonner le visage de ce vieillard que le temps aurait dû

mettre a l'abri des émotions violentes. Attendri à cet aspect , il sentit des pleurs s'échapper de ses yeux ; son cœur s'élança vers le seul co'ur (pii répondît au sien ; et , se précipitant dans les bras de Melcourt : « Mon ami , dit-il , mon unique ami , mon père ! ... Je n'en veux pas connaître d'autre ! »

Ses larmes coulèrent longtemps, et le général fut convainc* que les seules consolations qui pussent arrivera son âme étaient celles que son amitié lui prodiguait. A chaque mot qu'il prononçait, Arthur, inquiet, semblait craindre d'entendre de nouveau le secret qui venait de le frapper d'un coup si imprévu; et Melcourt, devinant sa pensée, cherchait k éloigner de son esprit un souvenir si pénible. Mais combien de soins il leur fallait a tous deux pour soutenir une conversation sur des objets indifférents , quand toutes leurs idées étaient fixées sur un sujet qui les occupait si fortement. Les mots leur manquaient à chaque instant ; ils restaient silencieux , et de nouveaux efforts n'amenaient que quelques paroles sans suite qui expiraient bientôt sur leurs lèvres.

Melcourt, voyant Arthur plus calme, le quitta en lui faisant promettre d'attendre son retour; et il se rendit chez le comte pour lui parler au moment où il rentrerait du bal qui devait se prolonger fort avant dans la nuit.

Arthur resta seul : les émotions et les sentiments divers qui se combattaient dans son àme avaient tant d'impétuosité que , pendant longtemps, il lui fut impossible do s'arrêter 'a aucun projet au milieu de ce chaos d'idées contradictoires. La dernière illusion que le présent lui eût laissée pour l'avenir venait de se dissiper. « Mon père! s'écriait-il, lui, mon père! n El, se levant brusquement, ses mouvements vifs et pressés, sa main , qui passait rapidement sur son fi ont brûlant, somI)laient chercher à écarter cette pensée cruelle, qu'il était lo fils du comte de Sénangcs.

« Tout est donc fini pour ce monde !... Je n'ai plus rien à att.ndiedela vie!... Sentimenis de la nature, gloire, amour, bonheur, tout a di>paru ! Que faire de cette existence inutile et mi>érable? Que me reste-t-il à perdre? Cet isolement horrible n'est-il pas la mort?... La mort!... C'est pour vivre qu'il faudrait un courage au-dossus des forces humaines : vivre au milieu des hommes qui seront tous pour moi indifférents ou injustes! Non ! Cet égoïsme cruel , qui me repousse même des bras d'un père, rompt pour toujours mes liens avec la

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société; je n'ai point le courage d'être seul , seul a jamais 1... 0 ma mère! loi qui m'aurais aimé, loi aussi tu fus sa victime ! ... Il a causé la mort ; que le mienne soit aussi son ouvrage !... Je veux te rejoindre 1... »

En disant ces mots, Arthur porta la main sur la lettre de sa mère, qui reposait sur son cœur depuis le jour où Melcourt la lui avait remise ; il l'ouvrit et voulut relire, pour la dernière fois , ces avis dictés par la tendresse et la douleur. A mesure qu'il parcourait cet écrit , sa figure exprimait des sensations nouvelles; car les émotions de sou âme perdaient de leur amertume. De douces larmes vinrent mouiller ses yeux lorsqu'il lut cette phrase qui terminait la lettre de sa malheureuse mère :

« Jeté bénis, mon fils! Que le ciel veille sur toi; » qu'il te donne le premier de tous les biens , la ») vertu ! Que des principes sévères règlent tes ac- » lions ; la fortune et le plaisir ne seront pas le prix » de tes sacrifices , mais la vie est si courte ! Et, » d'ailleurs , la vertu est si consolante , qu'il n'est » aucun mal qu'elle ne puisse adoucir. Je meurs » plus tranquille avec l'espoir qu'un jour les vertus » de mon fils obtiendront grâce pour sa mère. »

« Non, ma mère, s'écria-l-il , ce n'est point en vain que le dernier vœu de votre cœur aura été entendu de votre fils! Voire espoir ne sera point trompé! Pardonnez si j'ai conçu la pensée d'être infidèle au serment que j'ai fait de consacrer ma vie a la vertu ! Je le renouvelle aujourd'hui. Ah ! je le sens , ce bonheur dont mon âme éprouvait le besoin, ce n'est pas dans celle vie qu'il faut l'espérer et l'attendre. Résignons-nous donc à notre sort, quelque affreux qu'il soil!.... Oui, sans doute, il le faut ! Et il existe dans le monde un être à qui mes jours peuvent encore être utiles! Tu me l'as dit, ma mère , la vie est bien courte! Et ce n'est point sur celte terre , c'est plus haut qu'est placé le prix de la vertu ! »

Cet élan sublime des émotions religieuses, qui , en dépit de l'esprit d'analyse et de doute, vient, dans les maux sans remède , apporter h notre âme le consolant espoir d'un monde meilleur, pouvait seul faire entrer dans celle d'Arthur la résignation nécessaire pour supporter la vie.

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