SCÈNE IV
MANFREDl, VERRINA , FONDT.
MANFREDI
Viens , cher Fondi , fuyons ces indignes Génois , Qui , pour de vils honneurs trafuiuant de nos droits, Aux pieds des Doria , perdus dans la mollesse , De leurs antiques noms prosternent la noblesse ! Viens près de Verrina.
Qu'entends-je , Manfredi?
Quel discours 1
MANFREDI
Verrina , ne craignez pas Fondi !
Adoucissez ce front et ce regard austère, De ses secrets desseins je connais le mystère; Il est digne de vous ! Le destin des Génois, Doria, s'élevant sur les débris des lois , De la i)atrie en deuii la splendeur éclipsée , Même au sein de nos jeux , accablent sa pensée ;
Au chemin de l'honneur il est enfin rendu , Croyez-en Manfredi !
VERRINA
L'ai-je bien entendu?
Toi qui , sous Doria , courbant un front servile , Traînais dans les plaisirs ta jeunesse inutile !
FONDI
Oui , m'indignant d'un joug qui pèse à ma fierté , J'ose sous deux tyrans rêver lahberté.
VERRINA
Se peut-il ?
FONDI. 0
Ecoutez ; au sein de l'asclavage J'ai laissé jusqu'ici sommeiller mon courage; Jeune, fier d'un grand nom, sans frein dans mes désirs, Livrant aux voluptés mes fastueux loisirs, Aux plaintes des Génois j'ai pu fermer l'oreille. Tout mon sort est changé, le malheur me réveille !
Je t'ai compris ; rebelle aux leçons du passé ,
Ebloui du haut rang où le ciel t'a placé,
Tu vis , dans ces plaisirs si chers à ton jeune âge ,
De tes nobles aïeux s'écrouler l'héritage ;
De tes profusions entretenant le cours ,
Des juifs t'ont vendu cher leurs avares secours;
Ils menacent!... Demain leur cupide exigence
Peut à des fers honteux livrer ton indigence ;
Dans un vaste complot , ton orgueil irrité
Pense avec le succès trouver l'impunité,
Ou du moins , à l'oubli disputant ta mémoire ,
Tu veux , s'il faut périr, succomber avec gloire.
FONDI
Puisse un jour votre bras s'armer pour nous venger !
VERRINA
C'est alors seulement qu'on pourra te juger ?
MANFREDI
Ah ! de grâce, abjurez un soupçon qui l'offense! O'iui sort heureux encor j'entrevois l'espérance.
VEPxRINA.
L'espérance , en est-il ? Non , Gêne est ilans les fers ! Où sont-ils ces Génois, fiers souverains des mers, Qui, parla liberté façonnés à la gloire, .*^ur l'Océan soumis promenaient la victoire? Ils sont morts ! Gène on deuil, plemantsur leurs tombeau v. Dans ses ports a^ ilis voit languir ses vaisseaux , Et secouant en vain ses honteuses entraves , Cherche des citoyens et compte des esclaves.