FO.M)I
Croyez-moi , \ errina , l'amour sacré des lois
FIESQUE. —ACTE I
Veille encore en secret dans le cœur des Génois.
VEHRINA.
Non, Fondi, resclavage a dégradé leurs âmes ! Ne les voyez-vous jias fiers de plaire à des femmes, De leurs concitoyens (uibliant les revers , Dans ces vastes salons aux voluptés ouverts , A de lâches plaisirs abandonner leur vie. Sous le joug cependant Gênes [»leure asservie : Que leur importe ? Au sein des fêtes et des jeux , Savent-ils seulement s'il est des malheureux ? Ah! de (pielques vertus s'ils se paraient encore. De nos deux oppresseurs (pie leur bassesse honore , Viendraient-ils encenser les coupables excès ? André , vengeur de Gène et vainqueur des Français , S'arniant de notre amour , au joug de Tesrlavage Enchaîna les Génois sauvés par son courage. Sur son front sa couronne a flétri son laurier ; Je vois en lui le doge, et ncm plus le guerrier! A ses concitoyens qu'uuporte sa victoire? Trente ans de tyrannie ont passé sur sa gloire ; Mais je veux qu'aux Génois, tremblants à son aspect, Son front cicatrisé commande le resi>ecl; Que de nos sénateurs l'inilolente mollesse D'un hommage timide entoure sa vieillesse. Du lâche Octavio quels sont ici les droits? 11 est neveu du doge!... Il est sujet des lois. Dt\jà de Doria , faible et vaincu par Fàge , Son audace impunie usurpe l'héritage : ]\ous gémissons! Le traître insulte à notre deuil , Et compte les sujets promis à son orgueil. Ses insolents regards, profanant nos familles , Poursuivent en tous lieux nos femmes et nos filles, Que sert de dénoncer ses forfaits et nos maux? JN'a-t-il pas nos trésors pour payer nos bourreaux ? Allez, lâches Génois, courbés sous ses caprices, iJe sa grandeur future adorer les prémices ! l'oiir moi que la douleur, que les ans ont flétri. A la tr»mbebient»>t demandant un abri , .l'y vais radier ma honte , et dire à vos ancêtres Que leur gloire est trahie et (pie Gêne a des maîtres.
lONDJ.
Ah! jugez mieux de nous; l'or dont ils sont couverts A notre orgueil séduit ne cache point nos fers. Il est des s(''nateiirs dont le iiiAle courage iJe la faveur du doge a repoussé l'outrage : <>eux m(>mes qui , brûlant de la .soif des plaisirs , Consument dans les jeux leurs frivoles loisirs . Oes |)oria peut-être accusant rinsoknce, A vos linrdis desseins s'unissent en silence.
Fiesque...
VEUUINA.
Oui , je l'avoiirai , de ma longue douleur Je demandais le terme à sa jeune valeur; Je me flattai longtemps (pie, fidèle à sa gloire , Dédaigneux de sa vie , et regardant l'histoire , Ce guerrier , que mes soins formaient pour son pays , Vengerait Gène esclave et nos droits envahis! Oh ! que j'aimais à voir sa belliqueuse enfance, De l'honneur des Génois embrassant la défense , Pour ce peuple tremblant sous un joug odieux , Conquérir en espoir des destins glorieux ! Je me disais : Le ciel qui de la tyrannie A fait peser sur nous la longue ignominie , A ma patrie un jour veut rendre sa faveur , Dans ce héros futur il nous garde un sauveur. Je le croyais ! . . . Hélas ! de notre délivrance Le temps a dans sa fuite emporté l'espérance. Pour(pioi nous égarer en des vœux superflus? Fiesque lespire encore, et le héros n'est plus ! Voyez , (juand tous les maux s'amassent sur nos tètes, Fiesque s'environner de la pompe des fêtes , Et, livrant au plaisir .ses inutiles jours , Promener en tous lieux ses coupables amours. La tendre Léonor, dévorant son outrage , Pleure auprès d'un époux son précoce veuvage , Et lui , portant sa joie aux pieds de nos tyrans, Détourne de ses pleurs des yeux indifférents.
FONDI
Et si ce front serein , cet oubli de soi-même, r^'iin courageux espoir utile stratagème, Abusant tous les yeux, cachait à nos bourreaux Les vœux lYxm citoyen et l'àme d'un héros? Je ne sais , mais hier j'observais son visage. Son sourire a vingt fois démenti son langage. Quel était son dessein lorsque .ses prompts secours Oui soustrait à nos lois , qui réclamaient ses jours , Cet esclave africain dont la fureur sauvage Promenait dans nos murs le meurtre et le pillage ? VÀen souvent , m'a-t-on dit , de cet agent discret Qu'il admet près de lui , qu'il consulte en secret, II fl.itie en rougissant la bassesse docile : Si Fies(pie l'a sauvé , c'est qu'il le croit utile. Ah ! puissent mes soup(;ons par le temps confirmés Présenter un vengeur aux Génois opprimés ! Sans le secours de Fiesque à la patrie en larmes , En vain, braves amis , nous consacrons nos armes ; Le peuple craint le doge, et , courbé sous ses lois , Pardonne son pouvoir en copiptant ses exploits ;
FIESQUE. —ACTE I
Mais si Fies(iue , paré des grâces de son âge , Fier , brillant , adoré , fameux par son courage , Veut servir les Génois si longtemps outragés , Alors à nos complots, de son nom protégés , Associant les cœurs soumis à son empire , Nous combattrons armés de l'amour qu'il inspire ! Épions ses projets !
VERRINA
Vous le voulez? eh ! bien, Sous les traits du flatteur cherchons le citoyen ; Voyons si, démentant sa jeunesse flétrie , Son cœur palpite encore au nom de la patrie ! Mais! quel bruit?...
MANFREDl.
On approche, et mon œil étonné. . . ,
VERRINA
Oui , des nobles Génois Fiesque est environné ,
Il porte jusqu'ici sa frivole allégresse ,
Et partout des plaisirs va ranimer l'ivresse.
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