ACTE II, SCÈNE
m'enquérir auprès de Madame, si les Frescas d'Aragon ne sont pas éteints73 ?
La Duchesse de Christoval, au duc.
Nous avons connu tous deux le vieux commandeur à Madrid, le dernier de cette maison.
Le Duc.
Il est mort nécesssairement sans enfant.
Mais il existe une branche à Naples.
Oh ! Mademoiselle ! comment ignorez-vous que les Medina- Cœli, vos cousins, en ont hérité ?
La Duchesse de Christoval.
Mais vous avez raison, il n'y a plus de Frescas.
La Duchesse de Montsorel.
Eh bien, si ce jeune homme est sans nom, sans famille, sans pays, ce n'est pas un rival dangereux pour Albert, et je ne vois pas pourquoi vous vous en occupez.
Le Duc.
Mais il occupe beaucoup les femmes.
Inès.
Je commence à ouvrir les yeux74...
Le Marquis.
Ah!
Inès.
... Oui, ce jeune homme n'est peut-être point tout ce qu'il veut
paraître : il est spirituel, il est même instruit, n'exprime que de nobles sentiments, il est avec nous d'un respect chevaleresque, il ne dit de mal de personne ; évidemment, il joue le gentilhomme, et il exagère son rôle75.
Le Duc.
H exagère aussi, je crois, sa fortune ; mais c'est un mensonge difficile à soutenir longtemps à Paris.
La Duchesse de Montsorel, à la duchesse de Christoval. Vous allez, m'a-t-on dit, donner des fêtes superbes76 ?
Monsieur de Frescas, Mesdames, parle-t-il espagnol ?
Inès.
Absolument comme nous.
Le Duc.
Taisez-vous, Albert, ne voyez-vous donc pas que Monsieur de Frescas est un jeune homme accompli ?
La Duchesse de Christoval.
Il est vraiment très-aimable77, et si vos doutes étaient fondés, je vous avoue, mon cher duc, que je serais presque chagrine de ne plus le recevoir78.
La Duchesse de Montsorel, à la duchesse de Christoval.
Vous êtes aussi belle ce matin qu'hier, vraiment j'admire que vous résistiez ainsi aux fatigues du monde.
La Duchesse de Christoval, à Inès.
Ma fille, ne parlez plus de Monsieur de Frescas, ce sujet de conversation déplaît à Madame de Montsorel.
Inès.
H lui plaisait hier79.