‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 14 sur 632 · MADEMOISELLE DE VAUDREY, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE VAUDREY, LA DUCHESSE

Mademoiselle de Vaudrey, montrant la tête16.

Il est parti !... ma nièce, vous me direz vos raisons de haine contre Ferdinand à moins que vous ne teniez plus ni à mon estime, ni à ma tendresse.

La Duchesse.

Ah ! vous me demandez un secret de vie et de mort !

Comment se fait-il que le duc ait montré tant de calme quand vous manifestez votre aversion pour votre fils.

La Duchesse.

Il y est habitué.

Mademoiselle de Vaudrey.

Vous êtes donc mauvaise mère.

La Duchesse.

Non. (Elle pense.) Je ne puis me résoudre à perdre l'affection de la seule personne que j'aie au monde. (Elle V attire à elle.) Je ne suis pas la mère de Ferdinand...

Mademoiselle de Vaudrey.

Un étranger a usurpé la place, le nom, le titre, les biens du véritable enfant !...

20 vautrin, i.

La Duchesse.

Étranger !... non, c'est son fils !... ou du moins il le croit. Après la fatale nuit où mon enfant me fut enlevé pendant mon sommeil, quand Monsieur de Montsorel m'eut arraché l'aveu qui me laissait une chance de retrouver un jour son enfant17 et de prouver mon innocence, il y eut entre nous une séparation éternelle. La femme était aussi cruellement outragée que la mère, mais Monsieur de Montsorel me vendit encore ma tranquillité.

Mademoiselle de Vaudrey.

Je n'ose comprendre.

La Duchesse.

Je me suis prêtée à donner comme de moi ce Ferdinand, l'enfant d'une Espagnole... il lui fallait un héritier.

Et vous avez consenti !...

J'y ai été forcée, il me menaçait de laisser périr Fernand. A travers les secousses de la révolution en Espagne cette supercherie n'a jamais été soupçonnée... et vous ne voulez pas que tout mon sang s'agite à la vue du fils de l'étrangère qui occupe la place de l'enfant légitime ! mais le duc a été trompé par cette femme qui a tenté de se défaire de moi... Voilà pourquoi nous quittâmes l'Espagne pour l'Angleterre. Vous savez tout maintenant.

Mademoiselle de Vaudrey.

Il fait grand jour. Allons à l'église y implorer le secours de Dieu et consulter l'abbé Giraud18.

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