‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 142 sur 632 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

J'aime mieux le feu, ça s'éteint !

Philosophe.

L'autre, ça s'étouffe.

Lafouraille.

Bah ! Il s'est fâché pour des niaiseries.

Buteux.

Encore de la morale, merci !

Fil-de-soie.

Ce n'est pas pour moi, je ne sors point.

Vautrin, à Fil-de-soie.

Toi ! le soir que je t'ai fait quitter ton bonnet de coton, empoisonneur...

Fil-de-soie.

Passons les titres.

Vautrin.

Et que tu m'as accompagné en chasseur chez le feld-maréchal, tu as, tout en me passant ma pelisse, enlevé sa montre à l'hetman25 des Cosaques.

Fil-de-soie.

Tiens ! les ennemis de la France.

Vautrin.

Toi, Buteux, vieux malfaiteur26, tu as volé la lorgnette de la princesse d'Arjos, le soir où elle avait mis votre jeune maître à notre porte.

Buteux.

Elle était tombée sur le marche-pied.

Tu devais la rendre avec respect ; mais l'or et les perles ont réveillé tes griffes de chat-tigre.

Lafouraille.

Ah çà, l'on ne peut donc pas s'amuser un peu ? Que diable ! Jacques, tu veux...

Vautrin.

Hein?

Lafouraille.

Vous voulez, Monsieur Vautrin, pour trente mille francs, que ce jeune homme mène un train de prince ? Nous y réussissons à la manière des gouvernements étrangers, par l'emprunt et par le crédit. Tous ceux qui viennent demander de l'argent nous en laissent, et vous n'êtes pas content.

Fil-de-soie.

Moi, si je ne peux plus rapporter de l'argent du marché quand je vais aux provisions sans le sou, je donne ma démission.

Philosophe.

Et moi donc, j'ai vendu cinq mille francs notre pratique à plusieurs carrossiers, et le favorisé va tout perdre. Un soir, Monsieur de Frescas part brouetté par deux rosses, et nous le ramenons, Lafouraille et moi, avec deux chevaux de dix mille francs qui n'ont coûté que vingt petits verres de schnick.

Lafouraille.

Non, c'était du kirsch !

Philosophe.

Enfin, si c'est pour ça que vous vous emportez...

Fil-de-soie.

Comment entendez-vous tenir votre maison ?

Page 1