ACTE III, SCÈNE
FlL-DE-SOIE.
Sans murmurer.
Vautrin.
Ou rompons notre pacte et laissez-moi ! Si je dois trouver de l'ingratitude chez vous autres, à qui désormais peut-on rendre service33 ?
Philosophe.
Jamais, mon empereur !
Lafouraille.
Plus souvent, notre grand homme !
Buteux.
Je t'aime plus que je n'aime Adèle.
Fil-de-soie.
On t'adore34.
Vautrin.
Je veux vous assommer de coups !
Philosophe.
Frappe sans écouter.
Vautrin.
Vous cracher au visage, et jouer votre vie comme des sous au bouchon.
Buteux.
Ah ! mais ici, je joue des couteaux !
Vautrin.
Eh bien, tue-moi donc tout de suite.
Buteux.
On ne peut pas se fâcher avec cet homme-là. Voulez-vous que je rende la lorgnette ? c'était pour Adèle !
Tous, V entourant.
Nous abandonnerais-tu, Vautrin ?
Lafouraille.
Vautrin ! notre ami35.
Philosophe.
Grand Vautrin !
FlL-DE-SOIE.
Notre vieux compagnon, fais de nous tout ce que tu voudras.
Vautrin.
Oui, je puis faire de vous tout ce que je veux. Quand je pense à ce que vous dérangez pour prendre des breloques36, j'éprouve l'envie de vous renvoyer d'où je vous ai tirés. Vous êtes ou en dessus ou en dessous de la société, la lie ou l'écume ; moi, je voudrais vous y faire rentrer. On vous huait quand vous passiez, je veux qu'on vous salue ; vous étiez des scélérats, je veux que vous soyez plus que d'honnêtes gens.
Philosophe.
Il y a donc mieux ?
Buteux.
Il y a ceux qui ne sont rien du tout37.
Vautrin.
H y a ceux qui décident de l'honnêteté des autres. Vous ne serez jamais d'honnêtes bourgeois, vous ne pouvez être que des malheureux ou des riches38 : il vous faut donc enjamber la moitié du monde ! Prenez un bain d'or, et vous en sortirez vertueux.
Fil-de-soie.
Oh ! moi, quand je n'aurai39 besoin de rien, je serai bon prince.
Eh bien ! toi, Lafouraille, tu peux être, comme l'un de nous, comte de Sainte-Hélène40 ; et toi, Buteux, que veux-tu ?