acte iii, scène
Vautrin.
Vous êtes architecte, et vous venez traiter avec moi ; mais j'ai déjà des offres superbes.
Saint-Charles.
Pardon, votre Allemand vous aura mal dit mon nom. Je suis le chevalier72 de Saint-Charles.
Vautrin, levant ses lunettes.
Oh ! mais, attendez donc ?... nous sommes de vieilles connaissances. Vous étiez au congrès de Vienne, et l'on vous nommait alors le comte de Gorcum, joli nom.
Saint-Charles, à part Enfonce-toi, mon vieux. (Haut.) Vous y êtes donc allé aussi73 ?
Parbleu ! Et je suis charmé de vous retrouver, car vous êtes un rusé compère. Les avez-vous roulés ? ah ! vous les avez roulés.
Saint-Charles, à part.
Va pour Vienne ! (Haut.) Moi, Monsieur le baron, je vous remets parfaitement à cette heure, et vous y avez bien habilement mené votre barque.
Vautrin.
Que voulez-vous ? nous avions les femmes pour nous ! Ah çà ! mais avez-vous encore votre belle Italienne ?
Saint-Charles.
Vous la connaissez aussi ? C'est une femme d'une adresse...
Vautrin.
Eh ! mon cher, à qui le dites-vous ? Elle a voulu savoir qui j'étais.
Saint-Charles.
Alors, elle le sait.
Vautrin.
Eh bien ! mon cher ?... — vous ne m'en voudrez pas ? — Elle n'a rien su.
Saint-Charles.
Eh bien ! baron, puisque nous sommes dans un moment de franchise, je vous avouerai de mon côté que votre admirable Polonaise...
Vautrin.
Aussi ! vous ?
Ma foi, oui !
Vautrin, riant.
Ah ! ah ! ah ! ah !
Saint-Charles, riant.
Oh ! oh ! oh ! oh !
Vautrin.
Nous pouvons en rire à notre aise, car je suppose que vous l'avez laissée là ?
Saint-Charles.
Comme vous74, tout de suite. Je vois que nous sommes revenus tous deux manger notre argent à Paris, et nous avons bien fait ; mais il me semble, baron, que vous avez pris une position bien secondaire75, et qui cependant attire l'attention.
Vautrin.
Ah ! je vous remercie, chevalier. J'espère que nous voici maintenant amis pour longtemps ?
Saint-Charles.
Pour toujours.