acte iii, scène
Vautrin.
Vous pouvez m'être extrêmement utile, je puis vous servir énormément, entendons-nous ? Que je sache l'intérêt qui vous amène, et je vous dirai le mien.
Saint-Charles, à part.
Ah çà, est-ce lui qu'on lâche sur moi ou moi sur lui76 ?
Vautrin, à part.
Ça peut aller longtemps comme ça.
Je vais commencer.
Vautrin.
Allons donc !
Saint-Charles.
Baron, de vous à moi, je vous admire.
Vautrin.
Quel éloge dans votre bouche !
Saint-Charles.
Non, d'honneur ! créer un de Frescas à la face de tout Paris, est une invention qui passe de mille piques celle de nos comtesses au congrès. Vous péchez à la dot avec une rare audace.
Vautrin.
Je pêche à la dot77 ?
Saint-Charles.
Mais, mon cher, vous seriez découvert, si ce n'était pas moi, votre ami, qu'on eût chargé de vous observer, car je vous suis détaché de très-haut78. Comment aussi, permettez-moi de vous le reprocher, osez-vous disputer une héritière à la famille de Montsorel ?
210 vautrin, ii.
Vautrin.
Et moi, qui croyais bonnement que vous veniez me proposer de faire des affaires ensemble, et que nous aurions spéculé tous deux avec l'argent de Monsieur de Frescas, dont je dispose entièrement ?... et vous me dites des choses d'un autre monde! Frescas, mon cher, est un des noms légitimes de ce jeune seigneur, qui en a sept. De hautes raisons l'empêchent encore pour vingt-quatre heures de déclarer sa famille, que je connais : leurs biens sont immenses, je les ai vus, j'en reviens. Que vous m'ayez pris pour un fripon, passe encore, il s'agit de sommes qui ne sont pas déshonorantes ; mais pour un imbécile capable de se mettre à la suite d'un gentilhomme d'occasion, assez niais pour rompre en visière aux Montsorel avec un semblant de grand seigneur... Décidément, mon cher, il paraîtrait que vous n'avez pas été à Vienne ! Nous ne nous comprenons plus du tout.
Saint-Charles.
Ne vous emportez pas79, respectable intendant ! Cessons de nous entortiller de mensonges plus ou moins agréables, vous n'avez pas la prétention de m'en faire avaler davantage. Notre caisse80, se porte mieux que la vôtre, venez donc à nous ? Votre jeune homme est Frescas comme je suis chevalier et comme vous êtes baron. Vous l'avez rencontré sur les côtes d'Italie81 ; c'était alors un vagabond, aujourd'hui c'est un aventurier, voilà tout.
Vautrin.
Vous avez raison, cessons de nous entortiller de mensonges plus ou moins agréables, disons-nous la vérité.
Saint-Charles.
Je vous la paie.
Vautrin.
Je vous la donne. Vous êtes une infâme canaille82, mon cher. Vous vous nommez Charles Blondet ; vous avez été l'intendant de la maison de Langeac ; vous avez acheté deux fois le vicomte, et vous ne l'avez pas payé ! C'est honteux ! Vous devez quatre-vingt