‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 16 sur 632 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

quelques jours le ministre qui l'a rencontré s'est inquiété de lui en sachant qu'il se posait comme le rival du fils de Monseigneur ; tout nous paraît suspect et la prodigieuse affluence d'étrangers qui encombre Paris par suite de l'occupation de la France...

Le Duc.

Ah ! quelle plaie !...

De Saint-Charles.

Monseigneur serait de l'opposition ?

Le Duc.

Je suis Français et au désespoir de l'occupation étrangère, continuez...

De Saint-Charles.

Ce concours de gens riches qui se ruinent, de princes capitaines, de capitalistes sans capitaux nous oblige à beaucoup de circonspection, nous ne pouvons plus distinguer un honnête homme d'un intrigant, d'autant plus que rien ne ressemble davantage à un honnête homme qu'un fripon. Mais il faudra bien que Monsieur Raoul de Frescas tombe dans un de nos pièges, il montrera ses passe-ports, ses papiers... il est domicilié, il a pris une maison rue Taitbout3, ses gens qui d'ailleurs ont l'air d'honnêtes domestiques sont d'une discrétion qui a fortifié nos soupçons, sa maison est une bastille4.

Le Duc.

Sachez où il est né, ce qu'il a fait depuis sa naissance, fouillez toute sa vie... Voici le plus important ! a-t-il été dans son enfance jeté sur les côtes de Sardaigne5... regardez ceci comme un secret d'État !...

De Saint-Charles.

Oui, Monseigneur ; serons-nous soutenus si nous l'arrêtons ?

Le Duc.

Mauvais moyen, votre habileté, mon cher, doit consister à tout découvrir sans compromettre personne.

OCB. T. XXII. th. 2. 3

24 vautrin, i.

De Saint-Charles.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous admirons la profondeur de votre excellence.

Le Duc, voyant entrer son fils.

Adieu, mon cher, faites promptement, il importe que la famille de Christoval ne soit pas trompée par un intrigant et que la princesse d'Arcos n'en soit pas la dupe ; si Raoul de Frescas est un gentilhomme et qu'elle le préfère, mon fils ne manquera jamais de femme6.

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