‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 186 sur 632 · ACTE V, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE

sommes énormes pour tremper dans la conspiration ourdie contre la famille de Christoval. Pour me tirer de ce repaire, j'ai feint d'accepter; mais au moment où j'allais prévenir l'autorité, dans la rue, deux hommes m'ont jeté par terre en courant, et si rudement, que j'ai perdu connaissance ; ils m'ont fait prendre à mon insu26 un violent narcotique, m'ont mis en voiture, et à mon réveil j'étais dans la plus mauvaise compagnie. En présence de ce nouveau péril, j'ai retrouvé mon sang-froid, je me suis tiré de ma prison, et me suis mis à la piste de ces hardis coquins.

Vous venez ici pour Monsieur de Montsorel, à ce que nous a dit Joseph ?

Saint-Charles.

Oui, Madame.

La Duchesse de Montsorel.

Et qui donc êtes-vous, Monsieur ?

Saint-Charles.

Un homme de confiance dont Monsieur le duc se défie, et je reçois des appointements pour éclaircir les choses mystérieuses.

Mademoiselle de Vaudrey, à la duchesse.

Oh ! Louise !

La Duchesse de Montsorel, fixant Saint-Charles. Et qui vous a donné l'audace de me parler, Monsieur ?

Saint-Charles.

Votre danger, Madame. On me paie pour être votre ennemi. Ayez autant de discrétion que moi, daignez me prouver que votre protection sera plus efficace que les promesses un peu creuses de Monsieur le duc, et je puis vous donner la victoire26. Mais le temps presse, le duc va venir, et s'il nous trouvait ensemble, le succès serait étrangement compromis.

260 vautrin, ii.

La Duchesse de Montsorel, à Mademoiselle de Vaudrey.

Ah ! quelle nouvelle espérance27 ! (A Saint-Charles.) Et qu'alliezvous donc faire chez Monsieur de Frescas ?

Saint-Charles.

Ce que je fais en ce moment auprès de vous, Madame.

Ainsi, vous vous taisez.

Madame la duchesse ne me répond pas : le duc a ma parole, et il est tout-puissant.

La Duchesse de Montsorel.

Et moi, Monsieur, je suis immensément riche ; mais n'espérez pas m'abuser. ( Elle se lève.) Je ne serai point la dupe de Monsieur de Montsorel, je reconnais toute sa finesse dans cet entretien secret que vous me demandez ; je vais compléter, Monsieur, vos documents. ( Avec -finesse.) Monsieur de Frescas n'est pas un misérable, ses domestiques ne sont pas des assassins, il appartient à une famille aussi riche que noble, et il épouse la princesse d'Arjos28.

Saint-Charles.

Oui, Madame, un envoyé du Mexique a produit des lettres de Monsieur de Christoval, des actes extraordinairement authentiques. Vous avez mandé un secrétaire de la légation d'Espagne qui les a reconnus, les cachets, les timbres, les légalisations... ah ! tout est parfait.

La Duchesse de Montsorel.

Oui, Monsieur, ces actes sont irrécusables.

Saint-Charles.

Vous aviez donc un bien grand intérêt, Madame, à ce qu'ils fussent faux ?

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