acte i, scène
Anatole.
Riez, Messieurs, nous verrons qui gagnera la partie.
Marignac.
Il devait vaincre Bonaparte dans son ménage, et le voilà mis à la porte comme un homme sans conséquence.
Verville.
Et si demain il ne triomphe pas au faubourg Saint-Antoine il perdra son pari.
Marignac.
Nous devons être modérés dans la victoire.
Il me semble que vous êtes des enragés de modérés.
Marignac.
Mon cher, avoue cependant que tes succès devenaient scandaleux par un temps où il n'y avait plus de scandale.
Anatole.
Messieurs, nous sommes à la veille d'une crise et il n'est pas sûr que ce soit Bonaparte qui l'emporte24.
Marignac.
Mon cher, Madame Bonaparte25 fait comme tout le monde, elle passe du côté de son mari.
Anatole.
Eh bien, j'ai de quoi me consoler !...
Verville.
Tu te marieras avec Mademoiselle de Drancey.
Marignac.
Mademoiselle de Drancey ne l'épousera jamais, c'est encore un nouveau pari que je lui propose26.
426 richard cœur-d'éponge, iii.
Anatole.
Parie avec mon père, moi je suis trop indifférent au gain ou à la perte27.
Verville.
Tu m'as l'air amoureux de la fille de Richard Cœur-d'Éponge.
Firmin.
Monsieur est trop élevé28 pour tomber si bas.
Voyez-vous ce vieux drôle ? Mes habits d'ouvrier sont là.
Firmin.
Oui, Monsieur.
Anatole.
Et tout est préparé pour le mariage.
Firmin.
Oui, Monsieur. J'ai trouvé un officier public qui jouera son rôle si parfaitement que vous y serez pris le premier. Quant à des témoins, ces messieurs ont donné leur parole de vous en servir.
Marignac.
Mais nous n'y manquerons pas.
Firmin29.
J'aurai ceux de la mariée.
Verville.
Ah ça, mon cher Anatole, tu nous garantis la protection de Barras si l'on trouvait la farce un peu trop illégale, moi qui suis un clichien signalé pour ses mauvaises opinions, on ne se ferait pas scrupule de procéder30 contre moi.