‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 319 sur 632 · PROLOGUE, SCÈNE · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE

QUINOLA

Ah ! Madame, chaque homme de génie a le sien. Sangodémi54, il est si rare de faire honnêtement sa fortune et celle de l'État, sans rien prendre aux particuliers, que le phénomène mérite d'être favorisé55.

La Marquise.

Enfin, de quoi s'agit-il ?

Quinola.

Encore une fois ! ne riez pas, Madame ! Il s'agit de faire aller les vaisseaux sans voiles, ni rames, malgré le vent, au moyen d'une marmite pleine d'eau qui bout56.

La Marquise.

Ah ! ça, d'où viens-tu ? Que dis-tu ? Rêves-tu ?

Quinola.

Et voilà ce qu'ils nous chantent tous ! Ah ! vulgaire, tu es ainsi fait que l'homme de génie qui a raison dix ans avant tout le monde, passe pour un fou pendant vingt-cinq ans57. Il n'y a que moi qui croie en cet homme, et c'est à cause de cela58 que je l'aime : comprendre, c'est égaler59 !

La Marquise.

Que, moi, je dise de telles sornettes au roi ?

Quinola.

Madame, il n'y a que vous60 dans toute l'Espagne à qui le roi ne dira pas : taisez-vous !

La Marquise.

Tu ne connais pas le roi, et je le connais, moi ! (A part.) Il faut ravoir ma lettre. (Haut.) Il se présente61 une circonstance heureuse pour ton maître : on apprend en ce moment au roi la perte de l'Armada62, tiens-toi sur son passage et tu lui parleras.

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