ACTE III, SCÈNE
Lafouraille, à part.
Pauvre homme ! elle est en prison, ménageons sa sensibilité !...
Fil-de-Soie.
Enfin nous vous obéissons à la condition d'être de la société des dix mille13, c'est-à-dire de ne jamais voler moins de dix mille francs, de ne jamais risquer notre tête et nous n'avons pas encore le moindre capital14, quand serons-nous capitalistes ?...
Vautrin.
Avez-vous fini ? ah ! ça vous faites la noce ici depuis six mois, vous mangez comme des diplomates, vous buvez comme des cochers, rien ne vous manque.
Buteux.
On se rouille.
Vautrin.
Vous êtes bien vêtus, la police vous a oubliés, vous me devez cette existence heureuse, vous dont la vie est menacée, je suis la tête qui conçoit, vous n'êtes que les bras.
Buteux.
Suffit!
Vautrin.
Obéissez-moi aveuglément.
Aveuglément.
Sans murmurer.
Sans murmurer.
Lafouraille.
Vautrin.
Fil-de-Soie.
Vautrin.
Ou partez et laissez-moi, si je dois trouver de l'ingratitude chez des forçats !... à qui désormais rendrais- je service15 ?...
FlL-DE-SoiE.
Jamais mon Empereur36 !...
Plus souvent notre grand homme.
Je l'aime plus que je n'aime Adèle.
Vautrin.
Je veux vous assommer de coups !...
Lafouraille.
Frappe sans écouter.
Vautrin.
Vous cracher au visage, jouer votre vie comme des sols au bouchon.
Buteux.
Ah ! ça, tout ce que vous voudrez mais ici ! je joue des couteaux !
Vautrin.
Tue-moi donc.
Buteux.
On ne peut pas se fâcher avec lui, allons, allons, on sera sage, voulez-vous que je rende la lorgnette, c'était pour Adèle.
Tous V entourent.
Lafouraille.
Vautrin, grand Vautrin, notre vieux compagnon de chaîne, fais de nous ce que tu voudras.
Vautrin.
Oui, je puis faire de vous ce que je veux, même d'honnêtes gens.