‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 46 sur 632 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

bienfait au cœur comme on attache un boulet au pied, des !... suffit le contrat sublime où celui qui donne est l'obligé devient alors pour eux un contrat de rente, ces hommes-là je les écraserais comme des chenilles ; je t'ai prié de m'adopter pour ton père, mon cœur doit être pour toi ce que le ciel est pour les anges, un espace libre où tout est confiance et bonheur, tu peux tout me dire, me confier toutes les pensées même les mauvaises, parle, allons, je suis ton ami, je comprends tout, même une lâcheté.

Raoul.

Dieu et Satan se sont réunis pour fondre ensemble ce bronze.

Peut-être...

Je vais tout te dire.

Vautrin.

Raoul.

Allons mon enfant, asseyons-nous.

Raoul.

Eh bien ! tu as été cause de mon opprobre, de mon désespoir !...

Vautrin.

Où ? quand ? sang d'un homme ! qui t'a blessé ?... qui t'a manqué ? Dis le lieu. Nomme les gens, la colère de Vautrin passera par là.

Raoul.

Tu ne peux rien.

Vautrin.

Enfant ! il est deux natures d'hommes qui peuvent tout.

Raoul.

Qui?

Vautrin.

Les Rois qui sont au-dessus des lois et !... tu te fâcheras !... et les criminels qui sont au-dessous46.

62 vautrin, i.

Raoul.

Si tu n'es pas Roi !

Vautrin.

Eh ! bien je règne au-dessous.

Raoul.

Quelle plaisanterie affreuse me fais-tu là ! Vautrin.

Vautrin.

N'as-tu pas dit que le diable et Dieu s'étaient cotisés pour me fondre ?

Vous me glacez, Monsieur.

Vautrin.

Du calme, mon enfant, tu ne dois t'étonner de rien, sous peine d'être un homme ordinaire.

Raoul.

Suis-je entre les mains d'un démon, eh bien ! puisque tu as aiguisé mon esprit, étendu ma vue, éveillé ma perspicacité, dismoi d'où vient ta fortune ? a-t-elle une source honorable, pourquoi me défends-tu de dire qui je suis, pourquoi m'avoir imposé le nom du village où tu m'as trouvé, pourquoi me courber sous des mensonges ? tu fournis à tous mes besoins, je mène un train qui me fait l'égal d'un fils de duc et pair, pourquoi ne m'as-tu pas achevé ?... tu me donnes une éducation et pas d'état !... tu me lances dans l'empire du grand monde et l'on me crache au visage qu'il n'y a plus de Frescas ! l'on me demande une famille ! je suis à la fois un grand seigneur et un paria... il faut dévorer des affronts qui me poussent à dévorer47 vivants des marquis, des ducs ! j'ai la rage dans l'âme, je périrai en duel, je vais avoir vingt duels !... Veux-tu qu'on m'insulte ? Prométhée infernal, finis ton œuvre ou brise-la... mais plus de secrets pour moi !...

Vautrin.

Et qui resterait froid devant la générosité de cette belle jeu-

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