‹ Œuvres complètes de M. de BalzacChapitre 47 sur 632 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

nesse !... comme son sang pétille ! allez, tous les sentiments au grand galop, eh bien ! Raoul voici ce que j'appelle des raisons !...

Raoul.

Ah!

Vautrin.

Tu me demandes des comptes de tutelle. Les voici. Tu n'avais rien, je t'ai fait riche, je ne suis pas encore quitte envers toi, mais ce n'est pas les raisons de ta mélancolie et des lectures de lettres cachées dans certain coffre à secret et des contemplations d'un portrait en miniature accompagnées de ah ! (Il soupire.)

Vous avez...

Vautrin.

J'ai... tu es donc touché à fond.

Raoul.

A fond.

Vautrin.

Imbécile.

Raoul.

Oui, car je mourrai de douleur ou d'un coup d'épée.

Vautrin.

Qu'est-ce que cet enfantillage ?

Raoul.

Tu n'y comprends rien, ce n'est pas la peine de te le dire ?...

Vautrin.

Je te le dirai donc. Tu aimes Inès de Christoval, de son chef princesse d'Arjos48, fille d'un duc banni par le roi Ferdinand, une Andalouse qui t'aime et qui me plaît, non comme femme mais comme un adorable coffre-fort qui a les plus beaux yeux du monde,

une dot bien tournée, la plus délicieuse caisse, svelte, élégante comme une corvette noire à voiles blanches, apportant les galions d'Amérique, si impatiemment attendue et versant toutes les joies de la vie absolument comme la fortune peinte au-dessus des bureaux de loterie, je t'approuve, tu as tort de l'aimer parce que cela te fera faire mille sottises, mais je suis là !...

Raoul.

Ne me la flétris pas de tes horribles sarcasmes.

Je mettrai les sourdines à mon esprit et un crêpe à mon chapeau.

Raoul.

Oui, car il est impossible à l'enfant apporté je ne sais par qui à un vieux pêcheur d'Alghero en Sardaigne de devenir prince d'Arcos et j'en mourrai.

Vautrin.

Cinq cent mille livres de rentes, la grandesse d'Espagne, le titre de prince et des économies, il ne faut pas voir cela en noir.

Raoul.

Pourquoi plaisantes-tu, toi qui m'aimes, quand je suis au désespoir ! quand le duc et le marquis m'ont tout à l'heure insulté chez eux, devant elle.

Vautrin.

Ah ! c'est là !... qu'allais-tu faire chez ton rival ?

Raoul.

Tu sais donc tout.

Vautrin.

Et bien d'autres choses, enfin tu veux Inès de Christoval, tu peux te passer cette fantaisie !...

Raoul.

Ceci dépasse la plaisanterie, ne te joue pas...

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