PART. 11. POLITIQUE. — CONSIDERATIONS SUR LA NOBLESSE
duelle des familles est dansle système régulier de la monarchie (1); l'élévation brusque des individus, dans le système irrégulier et orageux des républiques.
Jusqu'à la révolution, la noblesse française, malgré les vicissitudes des temps et l’altération des lois et des mœurs, fidèle à sa destination naturelle, plus occupée au service public, quoique plus pauvre que dans les autres Etats, avait retenu ses fonctions spéciales de conseiller et de servir.
La distinction utile à la cour, funeste partout ailleurs, de noblesse de robe et de noblesse d’épée, cette distinction contraire à l'esprit de la constitution, et inconnue à nos pères, tendait tous les jours à s’effacer. On avait vu réunies, dans les mêmes familles, les plus hautes dignités de la milice et de la magistrature; et presque partout, les puînés des familles de robe occupaient des rangs dans l’armée. Enfin lorsque la révolution n’a plus laissé à la noblesse française que la fonction de combattre, on a vu des magistrats et des guerriers, réunis sous les mêmes drapeaux, servir la même cause ; et si les républiques ont eu leurs braves, les monarchies ont eu leurs fidèles.
Mais si la société est fondée ou rétablie par des prodiges, elle s’affermit et se maintient par des lois sages et de fortes institutions, car la Providence ne fait jamais que ce que les hommes ne peuvent pas faire. La première, et peut-être la seule institution qui manque à nos sociétés d'Europe, est l'institution ou la constitution du corps chargé du ministère public. La noblesse, longtemps gouvernée par les mœurs, devrait l'être aujourd’hui par des lois: car, lorsque les mœurs sont perdues, il faut les écrire pour les retrouver. fl faudrait donc instituer ja noblesse dans son état politique, et même dans son état domestique ; en faire réellement un ordre, c’est-à-dire un corps de familles dévouées au service publie, et tout régler enfin dans les hommes qui doivent être la règle vivante de tous. Elle est aujourd'hui un objet de jalousie par de vaines
(1) 1 faut remarquer que lesystème monarchique qui élève une famille déjà enrichie par une profession lucrative est plus économique que le système républicain qui élève des individus qui ne portent au service de l'Etat que leurs talents ou leur intrigue, et qu’il faut payes fort cher. On a beaucoup déclamé contre les priviléges pécuniaires de la noblesse; inais on n’a pas fait attention que tout moyen ordinaire de fortune lui était interditsous peine de dérogeance, par les mœurs, plus puissantes que les lois. Montesquieu, qu'on ne cile jamais, comme
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