G8 II. — DE LA NOBLESSE
On confond perpétuellement, et le peuple surtout, l'aristocratie et la noblesse ; ce sont cependant choses fort différentes, et en politique comme en toute autre matière, deux mots exprimant deux idées.
La noblesse n’est pas plus que l’aristocratie, naissance, fortune, titres ou décorations.
La naissance, qu’on confond avec elle, est l'ancienneté de la noblesse et n'est pas la noblesse. ;
La fortune n’est pas la noblesse, mais elle lui était nécessaire pour remplir ses devoirs, sans être à charge à l'Etat.
Les titres, les cordons ne sont pas la noblesse, et l’ont plutôt affaiblie ; et quand des distinctions, jadis inconnues, ont mis la vanité à la place de la conscience, la jalousie a pris la place du respect.
L'aristocratie est la participation héréditaire au pouvoir législatif.
La noblesse est le service héréditaire du pouvoir exécutif.
Faire des lois avec le pouvoir législateur, le pouvoir qui gouverne, c’est gouverner comme lui et avec lui.
Faire exécuter les lois sous les ordres et par la direction du pouvoir qui exécute, c’est le servir. o
Ainsi l'aristocratie partage le pouvoir, la noblesse le sert.
La noblesse n’est donc ni une prérogative, ni un privilége ; elle est un service et un devoir envers le pouvoir.
Le premier besoin de la société, et même le seul, est sa conservation, c'est-à-dire sa défense contre l’ennemi intérieur ou le méchant, contre l'ennemi extérieur ou l’étranger.
La défense de la société doit donc être je première loi du pouvoir qui fait les lois, et la fonction essentielle, spéciale du pouvoir qui les exécute.
La défense de la société contre l'ennemi intérieur est confiée à la justice rendue par les tribunaux ; et contre l’ennemi extérieur, elle est dans le nr livré par la force des armes.
Aïnsi juger et combattre sous les ordres et sous la direction du pouvoir exécutif, est Ja fonction spéciale ou plutôt la raison de l'institution de la noblesse, et il n’y en a pas d'autre.