DE LA CHAMBRE DE
( Conservareur, Juillet 1819. }
es
Le public a été constamment trompé sur les. véritables causes de la haine que les libéraux de toutes les époques et de tous les noms ont jurée à la chambre de 1815.
Il a cru sur parole que cette haine n'avait d’autre motif que la sévérité de cette chambre envers quelques personnes ; et c’est pour le lui persuader qu’a été inventé heureux parallèle des égarements de 1793 et de la terreur de 1813. |
Ce ridicule contraste par lequel les hommes de 93, qui l’ont imaginé, ont voulu sauver leur honneur aux dépens de leur raison, aurait dû tout seul avertir les bons esprits
que le mal n’était pas là, et qu'on ne faisait
tant de bruit des prétendues violences de la chambre de 1815, que pour distraire l’attention publique, et l’empêcher de se porter ailleurs.
En général les révolutionnaires au-dessus des faiblesses de l'humanité comptent la révolution pour tout, et pour rien la vie des hommes, même des leurs; et comme en 1793 ils tuaient :les honnêtes gens par pur amour des principes; aujourd’hui c’est encore par amour des principes qu’ils veulent sauver les coupables.
Encore une fois il faut chercher ailleurs la cause de celte haine active et opiniâtre :
ce n'est pas pour avoir banni quelques ré-
volutionnaires, que la chambre de 1815 est poursuivie par la calomnie, mais pour avoir arrêté la révolution, et lavoir même forcée de rétrograder.
Le lien conjugal est le fondement de tout l'édifice social, et c’est pour cela que la religion, garantie et amie naturelle de Ja société, en a consacré l’indissolubilité, et que la révolution, ennemie naturelle de la société, a voulu à tout prix établir en principe la faculté de le rompre.
Aussi remarquez qu’il n’y a pas eu dans le moude de grande erreur de doctrine qui n'ait attaqué sous une forme ou sous une autre la sainteté du mariage, tantôt par excès de sévérité, tantôt par excès de relâchement, tantôt en défendant les secondes noces, tantôt en permettant les noces indéfinies ; dans l'Orient, en autorisant, comme Mahomet, la polygamie actuelle; en Occident, en permettant, avec Luther et Calvin, LS polygamie | éventuelle ou le divorce.
Cette faculté du divorce, qui flatte à la fois toutes les faiblesses de l’homme, les dépravations de son cœur, les inconstances de son esprit, l'entraînement de ses sens, devait
‘ avoir de nombreux partisans ; les uns en dé-
fendaient la théorie, les autres se contentaient de la mettre en pratique; mais la religion, gardienne inflextble de toutes les vé-
rités, en condamne le principe, parce que la pratique en est mortelle pour la société domestique, et incompatible avec le bon ordre de la société publique.
Chargé du rapport sur l'abolition de la faculté du divorce, l’auteur de cet article ne fut pas longtemps à s’apercevoir de l'intérêt qu'on portait à cette question. H fut accablé de lettres anonymes écrites par des plumes exercées; les unes discutaient, les autres menaçaient, d’autres injuriaient; mais ce qui le frappa le plus alors dans ces lettres, et qui aujourd’hui se retrace le plus vivement à son esprit, ce furent les prédictions ou les avertissements qu’elles contenaient, et qui lui parurent alors bien hasardés, Ainsi, on prévenait le rapporteur que, même Je divorce aboli, le gouvernement n'irait pas plus loin, et ne porterait aucune loi pour en régulariser les effets, ou ceux de Ja séparation qui rétablissait l'abolition du divorce; que malgré les désirs de la majorité de la chambre, la tenue des registres civils neserait pas confiée aux ministres de la religion; et qu’enfin tôt ou tard le divorce serait rétabli : prédictions dont les unes se sont vérifiées, et les autres le seront certainement, dès que la loi des élections aura porté tous ses fruits, et livré aux partisans des révolutions la législation de la France et son administration, La loi portée contre le divorce sera la première attaquée.
Le divorce fut donc mis en délibération; mais ce qui désola ses partisans, est qu'ils ‘n'osèrent pas le défendre, tant l'opinion publique d’un peuple raisonnable en demandait impérieusement l’abolition! Is se rendirent donc sans combat, comptant, pour reprendre ce poste important, sur des intrigues dont certainement le succès à cette époque pouvait, aux plus prévoyants, paraitre une chimère.
La révolution perdit donc dans cette occasion ce qu’elle regardera toujours comme sa plus précieuse conquête : à la vérité elle en recula le moment tant qu’elle put, et l’abolition du divorce ne fut décrétée qu'aux dernières séances de cette mémorable session, . =
Le bannissement des hommes du 21 janvier avait précédé. Les libéraux les auraient, pour tout autre motif, abandonnés à la juslice de la chambre; mais ces hommes avaient fait la plus rigoureuse et la plus solennelle application du principe de la souveraineté du peuple; et leurs amis soutenaient la légitimité du principe, tout en blämant ou en