‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 130 sur 306 · PART, I. POLITIQUE, — CONSIDERATIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

PART, I. POLITIQUE, — CONSIDERATIONS POLITIQUES

moine tombé entre les mains de pupilles qui n'auraient pas de tuteur, et sur lesquels les voisins usurpent de tous côtés : la maison privée est habitée ; maïs la maison publique ou l’Etat est déserte, et l’on y entre comme dans un lieu abandonné. Comme il n’y a dans ces Etats que des familles privées et non une famille publique, à qui l'Etat appartienne dans ce sens qu’elle ne s’appartient plus à elle - même et appartient tout entière à l’Etat, et que l'invasion el même Île partage des provinces, jaissent chez les nations chrétiennes, à toutes les familles privées, leurs droits etleurs propriétés, ces familles sont sans intérêt direct et domestique à la défense de l'Etat. Il n’en étail pas ainsi chez les peuples anciens, où le droitde guerre, que la religion chrétienne 8 aboli, permettait au vainqueur d'ôter aux vaincus « biens, femmes, enfants, temples et sépulture même, » dit Montesquieu; et de là ces défenses désespérées des peuples de l'antiquité, dont nos philosophes ont voulu faire honneur à l’amour de la patrie, el qui avait pour principe unique J’amour de la famille et le désir naturel à l’homme de sa conservation. Ce qui le prouve, est que ce même sentiment.ne s’est montré chez les modernes au même. degré .d’exaltation, que lorsque le conquérant a: voulu ravir aux peuples la première de leurs propriétés même. domestiques, la religion, ou que du moins les peuples ont pu le craindre.

Disons-le donc, il n’y a aujourd’hui et dans le droit. moderne des nations, et avec les idées de justice et de propriété, affermies par une longue civilisation, que la lé- - gitimité de succession d’une famille régnante, qui défende efficacement un Etat contre l’envahissement et le partage ; ce qui p'exclut pas une régularisation de frontières que-la nature, dans des vues de paix, amène peu à peu entre des Etats limitrophes, C’est Ja.souverainété du peuple et l'absence d’une succession héréditaire de rois, qui ont perdu la Pologne ; elle a perdu son indépendance ou plutôt son individuelité, pour s'être obstinée à retenir, dans un temps, une constitution qui ne convenait-qu’à une autre époque. Lorsqu'elle était entourée de voisins barbares, et exposée à des incursions fréquentes et subites, il fallait à sa république un dictateur perpétuel, ou plutôt un général, que les chances de l’hérédité pouvaient ne pas toujours lui donner. Alors l’enfance, la minorité, lafaiblesse physique et morale d’un

souverain peu guerrier auraient pu COMpPremettre sa sûreté ; mais depuis que ses voisins s'étaient éloignés, affaiblis ou civilisés, il n’y avait plus qu'une famiHe régnante qui püût 1a défendre. En un mot, elle avait eu besoin d’un général perpétuel’contre les Tartares et les Borusses ; it lui eût fallu un roi quine mourût pas, c’est-à-dire une famille royale contre les Russes et les Prussiens. La force physique ne manquait pas au peuple polonais ; il lui a manqué la foree morale de la royauté héréditaire ; cette force, qui a conservé et toujours agrandi le Piémont entre deux grandes puissances, et qui conserve encore à la Navarre l’indépendance de son titre et la dignité d’unroyaume, même à côté du royaume de France.

Certes, la France a fait une grande et-dernière expérience de la force que iui donnait: sa famille royale, même exilée, et pendant si longtemps abandonnée. C’est à elle que nous devons l'intégrité de notre territoire envahi par les plus nombreuses et les plus fortes armées qu'ait vues le monde: depuis l'origine des sociétés. Elles n'auraient respeeté ni la souveraineté du peuple ni la domination de Bonaparte; et leurs justes ressentiments se sont apaisés à la grande pensée de cette succession Jégitime de tant de.

rois, leurs égaux, leurs alliés, leurs amis, et de cette famille royale, l’aînée ou la contemporaine de toutes les autres. C'est: là le boulevard de la France, et son palladium.

Ceux qui portent atteinte au respect et à Pamour qui lui sont dus veulent livrer à l'ennemi une des portes de la place jet s’il y avaiten Europe, ce que je ne crois pas, une puissamce qui eût formé des desseins contre la France et l'intégrité de son territoire, ellene pourrait, dans son habile prévoyance, rieninspirer de plus utile à ses desseins ambitieux. « Tout pouvoir. divisé en Jui-même sera. détruit, » a dit le grand Livre en morale (Matth. xu, 25), qui, dans cette maxime comme dans bien d’autres, est encore le grand Livre-en politique, et dans tout Etat démocratique ou seulement mêlé dans sa constitution de démocratie, de ce principe qui ne doit se trouver que dans l’administration, le pouvoir est divisé en lui-même, et de Ià la faiblesse de toutes les républiques modernes, réduites à se défendre; ce qui arrive tôt ou tard, même à celles qui ont montré le plus de force pour attaquer.

L'exagéralion de la force militaire est aujourd'hui la grande plaie de l'Europe, et

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