ŒUVRES
jamais cependant les souverains n'annoncè -rent des dispositions plus pacifiques. Ce ne
sont pas aujourd’hui les rois qui veulent
œuerroyer, Ce S0nt les peuples. Ce ne sont plusles peuples qu'il faut défendre contre ambition des rois, ce sont les rois qu'il faut défendre contre les factions qui veulent soulever les passions des peuples, ou pour parler plus juste, ce sont les peuples qu’il faut défendre d'eux-mêmes dans la personne de leurs rois. Depuis qu’on les a proclamés souverains, ils doivent regarder tout autre souverain Comme un usurpateur. Aussi il a fallu partout créer ou doubler les gardes royales, et ces gardes royales, du moins en france, sont l’objet d’une haine désespérée, et dans ce qu’elles ont de plus cher et de plus sacré, leur fidélité, et dans ce qu'elles ont de plus honorable pour notre nation, son antique fraternité d'armes avec ce peuple si estimé pour ses vertus, notre plus fidèle et
plus ancien allié, et qui a versétant de sang
pour notre défense.
La France veut la paix; elle en a besoin, et un parti en France épouvante l'Europe de ses doctrines , et provoque la guerre par ses menaces. Si quelques journaux avertissent les ministres, ou même leur font la suerre (ce qui est toujours sans danger pour l'Etat, et souvent sans conséquence pour le ‘uinistère), d’autres, en plus grand nombre, ‘ont la guerre à la société. Ils réchauffent toutes les erreurs dont nos malheurs et nos forfaits ont été l'application, sans se douter que les erreurs ne sont plus que des sottises iorsque l'expérience en a fait connaître le danger. L'opinion que la terre était une écornure de je ne sais quelle planète, pouvait n'être qu'une erreur lorsqu'elle fut avancée ; aujourd’hui elle serait de plus une absurdité, et l’on peut dire la même chose le toutes les doctrines religieuses et politiques du dernier siècle qu'on renouvelle ausaurd'hui, et qu est en vérité honteux à «es hommes d’esprit de soutenir.
Qu'on daigne réfléchir une fois à ce quia été it si souvent : une nation dont toute l’Euope parle la langue, est responsable à toutes de tout ce qu’elle laisse écrire et publier; elle est responsable de ses doctrines et même de ses lois, qui sont des doctrines autorisées ; et c’est pour elle le comble de l'honneur, et pour les autres le comble du danger, qu’elle ae puisse rien dire ou rien faire qui ne soit exemple ou scandale.
Bonaparte nous aurait laissé un juste su-
jet de guerre, s’il était possible et prudent
de la faire, dans la vente qu’il fit aux Américains de la Louisiane, possession précieuse, non pour ce que nous pouvions en tirer des productions du sol, mais pour ce qu’elle pouvait recevoir d'hommes et les occuper.
Une politique habile et prévoyante eût même dû, pour le repos de l’Europe, laisser à la France le Canada; et cette nouvelle France aurait maintenu le juste équilibre de l’ancienne avec ses voisins. Une puissance peut, par le résultat d’une guerre malheureuse, céder des provinces ou en échanger par
convenance; mais elle n’en aliène pas pour de l'argent; et je me suis toujours étonné, que des Français aient pu regretter l’homme | qui, après avoir sacrifié notre marine sur les; et nos plus belles armées:
côtes d'Egypte, dans les glaces de la Russie,a vendu la Loui-
siane, et même à vil prix. En réfléchissant à ses expéditions même les plus brillantes ; en
observant qu’en dernier résultat, après nous
avoir épuisés d'hommes et d'argent, elles ont
toutes, absolument toutes, tourné à notre ruine et à l’avantage de nos voisins, on ne
peutse défendre de lui soupçonner une haine : secrète et profonde du nom français, sucée :
avec le lait, et fortifiée par des ressentiments ! nationaux et peut-être paternels, et on com- :
prend plus facilement qu’un membre de la chambre des communes d'Angleterre ait dit
en plein parlement que les Anglais devraient :
lui décerner une statue d’or eomme à Fhom- :
me qui avait ie mieux mérité de leur pays.
Bonaparte, en compensation de notre capitale envahie, de quelques parties de notre ancienne frontière cédées à nos voisins, et d'énormes contributions qu'il a fallu payer pour la libération de notre territoire, a lais-
sé une soif inextinguible de guerre dans :
quelques esprits qui y voient des chances favorables à des projets désespérés ; soit que des succès rerdissent encore une fois un homme entreprenant maître de l’armée, soit que des revers fournissent un moyen d’indisposer l’armée contre le gouvernement.
D'autres enfin, plus innocemment peutêtre, verraient dans la guerre une occasion d'occuper des courages oisifs et mévontents, et comparent peut-être, sous €e rapport, cette expédition à quelques autres du même genre qu'ils trouvent dans notre histoire, sans faire attention à la différence des temps et des esprits, et qu'il s’agit bien moins aujourd’hui de calmer des hommes que de calmer, si je peux Île dire, les doctrines qui
les agitent, et que d'ohseurs littérateurs pèsent sur la France beaucoup plus que de braves soldats.
Le parti qui, après avoir on creusé une mine sous l'Europe, impatient d'y mettre le feu, pousse à la guerre, n’ignore pas les progrès de ces doctrines en Allemagne, et surtout dans J'Allemagne septentrionale. Il sait qu'il ne serait pas difficile d'y soulever les peuples au cri de haine à la France; mais il sait aussi qu’il y trouverait, dans toute leur énergie, les mèmes passions qui, dans les premières années de la révolution, ont bouleversé.la France, et qui s’y sont amorties. Il sait que les souverains, maîtres de donner l'impulsion, ne le seraient plus de la direction, et que ces mêmes passions se tourneraient. contre les gouvernements devenus, malgré les vertus et les hautes qualités de leurs chefs, odieux à des peuples imbus de leur souveraineté prétendue. Ils le savent, et cette conflagration générale, à à laquelle un homme ns ne pense pas sans frémir, même lorsqu'il ne pourrait en être atteint, est précisément. ce qui les tente. Elle offrirait tant de moyens de. satisfaire les haines, les cupidités, les jalousies qui les dévorent! Hs sourient à la pensée de ce. vaste désordre, comine une troupe.embusquée 3 la vue d’un riche-convoi faiblement escorté ; et le moyen de résister à. cette image séduisante qui leur montre la religion anéantie, les trônes renversés, la noblesse exterminée, la propriété envahie, la société enfin démolie jusqu’en
ses vieux fondements, et sur ce sol vide de toutes constructions, s’élevant des doctrines, des fortunes, des gouvernements, des hommes tout nouveaux, et un nouveau Dieu pour un nouvel univers! Ce sont. là les espéran-.
Il, POLITIQUE. — CONSIDERATIONS POLITIQUES.
ces ou les illusions de l’illuminisme et de ses diverses branches, en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne. Ce sont là les prétendues lumières qui ne pouvaient.naître qu’au sein des plus épaisses ténèbres de l’entendement et de la plus profonde corruption du cœur. Serait-il vrai que des hommes d'Etat, en Europe, en auraient autrefois favorisé les progrès et partagé les doctrines ? Serait-il vrai qu’ils ne connussent pas en-
core toute l'étendue et toute la gravité du
mal, trompés par des subalternes, initiés sans doute eux-mêmes à ses horribles mystères? Qu'on y prenne garde, la force et les moyens extérieurs des gouvernements né peuvent rien contre les sociétés secrètes.
C’est aussi une religion d'autant plus dangereuse, qu’elle ne demande pas, celle-là, de tolérance, et n’en accorde pas; que l’obscurité dont elle s’enveloppe est son culte, et que-ses pratiques sont des mystères comme ses doctrines. Cette religion de l'enfer a aussi son sacrifice, son sanglant sacrifice, et tout à l'heure l'Europe y a assisté. La religion du Cielet la religion qui oblige à l'aveu même de ses pensées criminelles ; lä religion, qui sonde les profondeurs de l'esprit et du cœur, peut seule désormais fermer un abîme qui menace d'engloutir l'Europe; et c'est, qu'on n’en doute pas, à la crainte des révélations qu’elle reçoit ou qu’elle commande, qu’il faut attribuer le déchaînement dont elle est l’objet, et le projet opiniâtrément suivi d'y substituer des doctrines qui ne règlent dans l’homme que le maintien, et sur tout le reste, l’abandonnent à ses propres inspirations , et bientôt par conséquent aux inspirations des visionnaires ou à la fourberie des imposteurs.
ve
ga , CONSIDÉRATIONS POLITIQUES: