‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 134 sur 306 · PART. JE POLITIQUE. — CONSIBERATICNS POLITIQUES · texte numérisé non relu

PART. JE POLITIQUE. — CONSIBERATICNS POLITIQUES

invétérées, devenues une seconde nature, par ses besoins et ses rapports avec les Etats voisins, doit être gouvernée par un roi, il faut bien qu'il y ait des royalistes; il faut même qu'il n’y ait que desroyalistes; ets’il n'y en avait pas, il faudrait en faire, ce qui eût été incomparablement plus facile que de faire des démocrates, par la même raison qui fait qu’il est plus facile de tracer une perpendiculaire qu’une courbe, Il ne failait pour cela que laisser aller les esprits et les cœurs, là où ils se portaient d'eux-mêmes, car la société en corps veut la religion, la justice, la morale, la paix, l’ordre entin, fruit naturel de la monarchie légitime, même lorsque tes passions des individus ne le veulent pas.

On ne devait pas s’attendre que, pour contrarier celle tendance si naturelle, on mettrait les inféréts moraux de la révolution en opposition avecles intérêts de la société. Les intérêts moraux d’une révolution! certes, je ne crois pas que, depuis qu’il existe des langues, expression fidèle des pensées des hommes et des idées deschoses, on ait vu une alliance de mots aussi étrange et aussi absurde. Les intérêts moraux d’une révolution, c'est-à-dire de l’état de société le plus immoral et le plus corrompu, où des hommes étrangers à toute morale et à toute humanité, disposaient arbitrairement de la vie, de la liberté, de l'honneur, de la propriété de leurs semblables, et faisaient une société tout exprès pour leurs passions.

Parlez des intérêts matériels de la révolution, et l’on vous entendra; mais, au nom de la raison et du bon sens, n’y mettez pas la morale, qui certainement n'a rien à faire dans cette orgie de folies et de crimes.

Cependant le temps presse, et les événements vont plus vite même que le temps. Le ministère, absorbé par les soins du gouvernement, ébloui par les illusions de la grandeur, ne fait pas assez d'attention à la terrible responsabilité dont il est chargé envers la France, l’Europe et la postérité, pour tout le mal qu'il a pu empêcher et tout le bien qu’il a pu faire. Dominé par d’ambitieux intrigants, avides de toutes les places, jaloux de toutes les égalités, qui, n'osant pas s'asseoir parmi les libéraux, et craignant de n'être pas assez distingués parmi les royalistes, se sont dits constitutionnels à ou trance, pour être les premiers quelque part, et pouvoir disposer de la constitution à leur fantaisie, le ministère marche les yeux fer-

més vers un but qu’on a l’adresse de lui cacher. Au lieu de proposer aux autres peuples la France, leur aînée, comme un modèle d’ordre, de sagesse et de véritable régénération, et de lui rendre ainsi cette honorable magistrature qu’elle a si longtemps exercée parmi les puissances, il la laisse chanceler comme un homme ivre, sans vérité, et même sans fixité dans les doctrines, sans force dans ses tribunaux, sans établissement pour sa religion, sans autre organisation définitive que celle de ses dettes et de ses francs-maçons, insultant les rois, scandalisant les peuples, vraie pestiférée contre laquelle les nations voisines sont forcées de prendre des mesures de précaution et de sûreté. Avec la chambre de 1815, if aurait pu prendre cette noble initiative en Europe; avec des libéraux, et même les ministériels, il est réduit à en laisser l'honneur et l’avantage à une nation voisine peu accoutumée à nous servir d'exemple ; et la diète germanique vient de donner au monde civilisé une grande leçon qu'ilaurait dû recevoir denous.

Les royalistes, immobiles au point d’où le inistère et eux sont partis en 1815, peuvent aujourd’hui lui servir de point. de comparaison pour mesurer l’écartement prodigieux de la ligne qu’il a suivie; ils peuvent Jui dire : « Qu’avez-vous fait de la monarchie qui vous avait été confiée, plus forte :9rsque vous l’avez reçue qu’elle ne l'avait jamais été, puisque ce qui n’était qu'habitudes était devenu enthousiasme ? Qu’en avezvous fait, et où la chercher maintenant?

Vous ne la trouverez nulle part, puisque, au grand scandale des peuples, ses plus fermes défenseurs, ses amis les plus dévoués, ont été bannis de son service, et qu'ils défendent ja dernière brèche sur le dernier rempart.

La trouverez-vous danS ces persécutions odieuses, dirigées contre de braves et fidèles généraux, pour les punir d’avoir étouffé des conspirations trop réelles, ou dans ces manœuvres infâmes dévoilées même par les tribunaux pour impliquer de loyaux serviteurs du roi dans des conspirations imagipaires? La trouverez-vous dans les lois démocratiques d'élection, de conscription, de recrutement, dans le système démocratique de crédit public élevé à force de dettes appelées de toutes époques, et même de celle des cent-jours? La trouverez-vous dans les

lenteurs de l'établissement religieux, et des »

chicanes sans cesse renaissantes contre l’autorité du Chef de l'Eglise; dans les promes-

ses d'amélioration du sort du clergé, si souvent démenties dans le système déiste d’instruction populaire ? La trouverez-vous dans cette haine furieuse contre la chambre, qualifiée par le roi lui-même de chambre introuvable, et la vogue donnée à cette atroce et lâche plaisanterie de terreur de 1815, calomnie qu’il vous était si aisé de confondre, en observant que les lois d’exeeption dont on Se plaignait avaient été rendues sur votre proposition, et que ces destitutions dont on faisail tant de bruit, qui n’avaient été alors qu'un accident, étaient, depuis 1816, devenues un Sysième?

« On a parlé d'union et d’oubli, et l’on a tout fait pour diviser les hommes et rappeler le souvenir des maux. Le gouvernement était placé entre les oppresseurs et les opprimés.

Un peu plus de connaissance du cœur humain et de l’histoire lui aurait appris qu'il est plus facile d’oublier.le mal qu’on a souffert que celui que l’on a fait; que la. prospérité, qui est un calmant pour les gens de bien, est un irritant pour les méchants ; et que si les uns peuvent oublier ce qu'ils ont perdu, les autres n’oublient jamais ce qu’ils ont manqué, et se serviront de leurs succès

pour le ressaisir. Méprise à jamais déplo—"

rable! On a.eu. peur. de l'enthousiasme du!

bien, et l'on n’a pas craint. la fureur et le! fanatisme du mal; et, entre deux partis également animés à faire triompher des doctrines opposées, on a cru maintenir l'équilibre, en mettant, tantôt d’un côté, tantôt de l’au-: tre, des opinions tièdes et insignifiantes ; et! parce qu'on n’a pu réussir par celte conduite. qu'à exciter davantage les sentiments opposés, on a appelé la violence des mesures au : secours de la modération des opinions; un homme en place suspect, ou seulement soupconné d'étre suspect de peu d’attachement à un système si pâle et si mal défini qu’on ne pouvait pas même l’apercevoir, à été un homme destitué, et jamais on n'avait vu plus de violence et d’arbitraire que sous un gouvernement de modérés. ;

. #Le ministère se plaindrait-il de Ja li-

berté de la presse? Mais, à voir l'usage qu’on faisait de la presse contre les royalistes, quand elle était sous la main de la police, leurs ennemis eux-mêmes ont reconnu qu’il fallait que cette arme-fût commune à tous les combattants, et qu’il convenait que ceux qu’on attaquait pussent se défendre. Pourquoi, d’ailleurs, laisser impunies les insultes à tout«e qu'il y a de plus sacré; et qui

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