PART. 11. POLITIQUE. — CONSIDERATIONS POLITIQUES
d’entre nous, en demandant la liberté de la presse, a entendu en demander la licence?
Il semble, au contraire, qu’on lui ait laissé le champ libre pour pouvoir accuser de ses excès ceux qui l'ont défendue; triste vengeance, qui livre à la dérision et à l’outrage tout ce qu'il y a de plus respectable, pour en tirer quelque avantage contre des opposants à ses volontés! Quelques ministres, dit-on, se sont plaints d’avoir été humiliés ! qu’estce que cela veut dire? Est-ce qu’on peut humilier un homme de bien, et son honneur est-il à la disposition de qui que ce soit? Des classes entières de citoyens et des plus respectables, ne sont-elles pas journellement l’objet des déclamations les plus furieuses ct des calomnies les plus dégoûtantes, et s'en croient-elles humiliées? Que sont, après tout, des sarcasmes, des injures même, si l’on veut, des calomnies, auprès des intérêts de sos pays, des devoirs de ces hautes fonc tions, et un homme, quel qu'il soit, est-il quelque chose à côté de si grands objets?
Croit-on que d’Amboise, Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert, Fleury, n’eussent pas des ennemis ou des jaloux? Et la royauté, en confiant son pouvoir et ses intérêts à un ministre, fait-elle avec son amour-propre le pacte que, dans les affaires délicates dont il sera chargé, dans les relations nombreuses et variées qu’il aura avec les hommes, jamais sa vanité ne sera froissée, ou même sa probité méconnue? Et n’y a-t-il pas, après tout, dans ces grandes places, de grands dédommagements à ces petites contrariétés ; et la fortune, les dignités, la faveur du maître, ne sont-elles pas quelque chose? Qui que vous soyez, qui ne pouvez pardonner d’avoir été humilié, laissez à la société son utile préjugé contre les élévations subites qui troublent la marche ordinaire et naturelle des hommes et des choses; et s’il n’a pas dépendu de vous de mériter votre élévation par des actions brillantes, vous pouvez la justifier par d’utiles services, et les plus grands que jamais homme d'Etat ait rendus à son roi et à son pays. Laissez faire au temps qui fait oublier tant de choses an-ciennes, et en consacre tant de nouvelles; mais il vous otirira aussi des exemples d’éelatantes fortunes précipitées pour s’être endormies aux doux sons de la flatterie, et
(4) H ne faut pas s’y tromper. La nomination d’un regicide est un calcul. En même temps que l'on insulie tous les rois ou plutôt la royauté même, on leur suscite à tous des embarras chez eux, et l'on sent tout le parti que des factieux pourront ti-
avoir fermé l'oreille aux accents sévères de la vérité.
Voudrait-on, enfin, se précautionrer à l’avance contre la légitimité, et rivaliser d’hérédité avec elle ? Le calcul serait coupable, et n’en serait pas plus sûr. C’est de la petite politique, mille fois essayée, mille fois déjouée ; de la politique d’antichambre ou de boudoir, qui peut venir à l’esprit de valets ou de maîtresses qui conspirent pour leur propre compte; mais ce n’est pas de ia haute politique, de la politique d’un véritable homme d’Etat, qui occupe sa place avec gloire, qui la résigne avec grandeur ; et le ministre qui emporte, en se retirant, les bénédictionsdes peuples, l'estime desgens de bien, et la sienne propre, n’a pas tout perdu.
Quoi qu’il en soit, le système que l’on suit est faux, qu'il soit antimonarchique ou seulement antilégitimaire; car il faut prendre garde aux fausses attaques, et les intérêts moraux de la révolution seraient de bonne composition sur les garanties, de quelque côté qu’elles vinssent. ‘La république, pure et simple, est un bon appât à prendre Îles ignorants et les imbéciles ; mais les chefs y voient clair sur la possibilité où
l'impossibilité de l'établir; les principes,
même les leurs, sont ceux quilesoccupent le moins, et ils savent bien comment on fait des républiques, même avec des rois. Heureusement des exemples ne sont pas plus des moyens que des raisons de succès ; et en France, quelque chose qu’on n’a pas prévu, dérange souvent les calculs. Le système, je le répète, est faux, et il n’est plus permis, même aux plus incrédules et aux plus prévenus, d'en douter après le résultat qu'il vient de donner, et qui est une insulte à la majesté royale et à tous les rois de l’Europe (1). Nous suivons donc un système opposé à la nature des choses; nous le suivons depuis trente ans, et nous avons la simplicité de nous étonner de ne pouvoir surmonter cette opposition insurmontable de la nature, et nous accusons les hommes d'une résistance qui est toute dans les choses. Nous nous dépitons comme des enfants qui battent leur nourrice, parce qu’elle ne peut pas leur donner ce qu’elle ne peut pas atteindre.
Là, et là seulement est la cause de tous
rer de cette double combinaison, contre leur pays et contre l’Europe. C’est pour détourner les esprits et les porter ailleurs qu’on accuse les royalistes de cette nomination,
les malheurs, de toutes les violences et de tous 1es crimes que nous avons vus, et serait la cause de tout ce que nous verrions encore. Nous destituons donc les hommes qui ne veulent pas marcher dans notre sens ; nous en trouvons de plus complaisants, et les choses ne sont pas plus complaisantes.
Nous destituons encore, et les résistances se multipHent. Nous nous enfonçons toujours plus avant dans l’abîme, sur la foi de guides infidèles qui sondent et qui segardent bien d’en rapporter la profondeur. Aux royalistes succèdent les ministériels, aux ministériels les libéraux, aux libéraux les régicides; nous destituons, d’autres tueront, tout aussi épris de leurs systèmes, tout aussi passionnés pour leurs intérêts, tout aussi disposés à ne voir de résistance que dans des hommes qu'ils peuvent sacrifier, et à ne pas la voir dans des choses qui sont hors de leur puissance. Alors épouvantés eux-mêmes d’un progrès de désordre qu'ils n'avaient pas prévu, les premiers moteurs de ce mouvement rapide veulent l'arrêter et se retenir sur la pente où ils se sont placés. Devenus odieux aux hommes du moment, et plus odieux, parce qu'ils leurs paraissent des réfractaires et des traîtres, ils sont les premières viclimes du monstre qu'ils ont déchaîné; et ils n'échappent à l'échafaud que pour aller finir de honte et de désespoir, Jaissant à leurs enfants l’aflreux héritage d’un nom flétri, et qu’ils n’ont pas même la triste ressource de dérober à l’histoire, dénoûment tout à fait naturel de tout ce qui se veut soutenir malgré la nature... Telle est l’histoire de toutes les révolutions, telle a été surtout l’histoire de la nôtre; et par