SUR L’AUGMENTATION DE LA CHAMBRE DES PAIRS
(Conservateur, mai 1819.)
La Charte attribue au roi le droit de nommer des pairs à volonté. Cet acte de la royauté et quelques autres s'appellent en Angleterre la prérogalive royale; expression à peu près synonyme de privilége, qui n'est ni vraie ni assez morale en bonne politique où l’on ne doit connaître que pouvoir, fonctions et devoirs.
Je n’examine pas icis’il en est de la pairie comme d’un régiment dont la force augmente avec le nombre, ni s’il y aurait à tel nombre
de pairs plutôt qu’à tel autre d'autre raison naturelle qu’une distribution à peu près égale entretousles départements, seul moyen de centraliser sans effort la force morale, puisqu'il est question de tout centraliser. Je dis une distribution égale : car une distribution numériquement inégale, comme ceile des députés, calculée sur Ja population et les contributions, ne représente que des forces © physiques, tandis que ia chambre des pairs, . semblable à la royauté à laquelle elle parti-
cipe, ne peut représenter el même ne peut exercer qu’une force morale, qui doit être la ième et également représentée dans chaque fraction du royaume. Je n’ignore pas que certains départements renferment en plus grand nombre de riches propriétaires; mais si larichesse donne de la consistance à un particulier ou à une famille, c’est une erreur de croire que la richesse individuelle, nécessairement très-inégale entre les particuliers mewbres du même corps, ajoute quelque chose à la force du corps lui-même.
C’est uniquement lorsque les biens sont la dotation de l'institution elle-même, comme étaient en France les biens du clergé, que l’opulence donne de la force à l'institution. Les membres du parlement de Paris qui, dans les derniers temps, se rendaient au Palais dans de brillants équipages, y allaient autrefois montés sur une mule, et le parlement était à cette époque plus puissant et plus considéré qu’il ne l’a jamais été La richesse même du particulier n’est objet de respect que dans les temps ou Îles pays pauvres : dans les temps et les pays riches, elie est objet d'envie et bientôt de haine; et une institution politique, sans dotation publique et commune et dont tous les membres seraient individuellement des millionnaires, serait certainement beaucoup moins forte que l'institution riche dont les membres seraient pauvres. Privutus illis census erat brevis, commune, magnum, dit Horace (1) des anciennes institutions du peuple romain.
Mais, en laissant à part ces questions d’un haut intérêt, je me borne à considérer l'effet moral de cette nombreuse augmentation de la chambre des pairs, et l'influence que doit avoir cette mesure sur l'esprit de la mation.
Il faut remarquer avant tout qu’iln’y a plus aujourd'hui en France d’autre dignité ou supériorité politique, c’est-à-dire héréditaire, que la pairie. On demande ou l’on accepte toutes les autres places pour vivre : on aspire à la pairie pour honorer sa famille; car, quoi qu'on fasse, même après l'argent, l’homme sent quelque chose de plus noble et de plus digne de lui qui manque à son existence sociale, et il veut pour lui et pour les siens de l’honneur et de la considération.
1) Horar., Carm., L. 11, od. xv, 13, 14.
2) Les présidents à mortier avaient même, je me le rappelle, disputé aux pairs la préséance : et les fonctions des pairs dans le parlement n'é-