‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 140 sur 306 · SUR LES INQUIÉTUDES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES INQUIÉTUDES PUBLIQUES

( Conservateur, Janvier 1820 ).

Tous les ans, à l'approche du budget, l’horizon politique s’éclaircit; des bruits plus favorables circulent dans le public, comme ces vents plus doux qui, au sortir de la saison des frimas, viennent attiédir l'atmosphère. On fait quelques concessions à l’opinion publique, et un avenir plus heureux est offert, dans le lointain, aux craintes comme aux espérances : c’est véritablement le printemps de l’année politique.

Le budget provisoire est - il accordé? le ciel se rembrunit , les craintes reparais sent, les espérances s’éloignent. Il y a eu quelque changement dans le personnel de l'administration, il n’y en a aucun dans le système du gouvernement, et quelques jours moins nébuleux sont suivis d’une année de brouillards ou d’orages.

J'ai fait l’histoire du passé, et n’ai pas prétendu faire celle de l’avenir ; peut-être pouvons-nous en ce moment nous attendre à des jours plus longtemps sereins. J’en embrasse volontiers l’espérance, et j'en attends la garantie.

Quoi qu’il en soit, la demande qui se renouvelle tous les ans, d’un crédit provisoire et de quelques douzièmes à percevoir sur quelques impôts, en attendant la loi définitive des finances, tous les ans a été accordée.

Tous les ans les chambres ont alloué tous les comptes, accordé tous les crédits, consenti tous les impôts; et si, rarement encore, elles ont fait quelque diminution sur Île crédit particulier de quelques ministres, elles l'ont exigée, bien moins pour faire toutes les économies possibles, que pour ne pas laisser prescrire leur droit et leur intention d’en obtenir de réelles.

L’octroi des fonds nécessaires aux divers services publics, est le seul point par lequel les chambres touchent à l’administration.

Tout le reste dépend du gouvernement. Il prend, pour ainsi dire, à forfait, de la nation, moyennant les contributions qu’elle lui donne en argent et en hommes, le maintien

de la tranquillité, et le soin du bien-être.”

public, bien différent de la tranquillité et du bonhear domestiques sur lesquels il ne

peut rien. Une fois le payement assuré, es chambres n’ont plus rien à faire qu’à examiner si le gouvernement a rempli les conditions de l’entreprise.

Cependant, dans le discours émané du trône, à l'ouverture de la session actuelle, le roi qui, placé au sommet de l'Etat, juge tous. les besoins et connaît toutes les souffrances, nous apprend « que de justes motifs de craintes se mêlent à nos espérances, et réclament aujourd’hui notre plus sérieuse attention; qu'une inquiétude vague, mais.

réelle, préoccupe tous les esprits; que chacun demande au présent des gages de sa sûreté, et que la nation ne goûte qu’imparfaitement les premiers fruits du régime légal et de la paix... »

C’est donc entrer dans les vues du roi lui-même, que de faire une attention sérieuso-

à cet état de malaise et d'inquiétude; et

quel moment plus favorable pour en rechercher les causes, que celui où le gouvernement demande aux chambres les moyens infaillibles avec lesquels on dissipe tant d’inquiétudes privées et publiques, de l’argent ?

Quoi que nous ayons pu dire des devoirs.

et des engagements du gouvernement envers.

la nation, il est vrai,cependant qu’il peut y avoir des causes d’inquiétudes et de désor.

dre qu’il ne dépend pas du gouvernement de faire cesser.

Mais est-ce dans les dispositions maiveillantes de la nation que nous devons chercher la cause de ces inquiétudes vagues, mais réelles ? Non : leroi a daigné nous dire que « partout les lois avaient trouvé une facile exécution, et que nulle part la tranquillité publique n’avait été essentiellement tronblée. »

Sont-ce les dispositions hostiles des étrangers, à notre égard, qu'il en faut accuser ?

Non ; le roi nous a dit « que nos relations.

amicales avec les divers Etats des deux mondes continuaient à être le gage d’une longue paix. »

Est-ce à l’état malheureux de nos finances et de notre crédit qu’il faudrait l’attribuer ? Non : le ministre des finances, parlant am

nom du roi, nous a dit que nos finances n’avaient jamais été dans une situation plus prospère, et la hausse progressive de nos fonds publics, au milieu de toutes les inquietudes, parle encore plus haut que le ministre en faveur de Ja solidité de notre crédit, | Est-ce enfin à la nature qu'il faut s’en prendre? Non : Ja nature a été libérale envers nous, et le roi nous a dit « que deux années d’abondance avaient réparé en partie les maux de la disette. »

Toutes ces causes d’inquiétude seraient, j'en conviens, plus ou moins indépendantes du gouvernement, et auraient putromper ses intentions et déconcerter ses mesures.

Mais il faut le dire : quand on ne peut trouver ni dans les dispositions de la nation, ni dans celles deses voisins, ni dans le désordre de ses finances, ni dans les rigueurs de fa nature, le principe de cette inquiétude vague, mais réelle, qui se méfie du présent, étredoute l'avenir, il faut la chercher dans legouvernement, et l'entrepreneur amanqué à quelque clause de son bail. Il a employé de mauvais matériaux, et refusé, peut-être, comme trop exigeants, les meilleurs ouvriers.

Parlons sans figure. Un système indécis et faible de gouvernement, serait la seule cause desinquiétudes vagues, mais réelles ; et par cela seul qu’elles sont vagues, et cependant réelles, il ne faudrait pas la chercher ailleurs, parce qu’avec un système indécis, tout est incertitude, et qu'avec un système faible, tout est danger.

Le discours du roi nous autorise à le juger ainsi, lorsqu'il ajoute « que la nation craignait de se voir arracher par la violence des factions, les biens dont elle jouit ; » car les factions, qui ne sont jamais que des fractions dans une nation, ne sont à craindre que lorsque le gouvernement ne sait pas les comprimer.

Que peut, en effet, craindre des factions un gouvernement qui dispose avec sagesse et fermeté des ressources d’un Etat tel que la France, et du caractère d’un peuple tel que le Français? Des factions; il y ena toujours eu, il y en aura toujours la réalité ou l’apparence, dans un gouvernement où le pouvoir est partagé entre le roi et le peuple, parce qu’il y aura toujours opposition de lun à l’autre, et lutte entre eux: et que chez un peuple ardent et spirituel, tous les sentiments, même les plus purs, même les

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