‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 160 sur 306 · DE LA RÉUNION DES ROYALISTES DANS LES DEUX CHAMBRES · texte numérisé non relu

DE LA RÉUNION DES ROYALISTES DANS LES DEUX CHAMBRES

(Conservateur, décembre 14818.)

L'auteur de cet article avait dit, il y a peu de temps, dans le Conservateur « que si jamais la monarchie était menacée par la démocratie, les deux parties de la chambre des députés, désignées par côté droit et centre, se réuniront infailliblement, parce qu’elles avaient un point de ralliement dans ivur affection pour la personne du roi et leur attachement à la monarchie. » !

Ce qui n'était alors qu’une supposition est devenu une réalité; et l'évidence incontestable du progrès, non {qu’on ne s’y trompe pas) des principes démocratiques, mais des hommes quiles professent, a amené un rapprochement entre des hommes quelquefois divisés d'opinions, toujours unis de principes et de sentiments.

” Sile côté droit avait formé un parti dans l'Etat, il aurait traité sur le pied de légalité, et aurait demandé pour lui autant de suffrages qu'il en apportait aux autres. Mais il n'est, il ne veut être qu’une partie de la

nation, toute réunie sous l'autorité du roi,

‘et dans une sincère affection pour sa persenne, et il lui a suffi de savoir que le ministère, parlant au nom du roi, exprimait la volonté de repousser désormais les doctrines démocraliques, pour s’empresser de faire une entière abnégation de toute prétention personnelle et de tout amour-propre, et de porter aux dignités de la chambre les membres les plus connus par leur attachement au ministère, et leur constante adhésion à ses vues.

Si cette attente n’avait pas été complétement remplie, ce n’est point au côté droit qu'il faudrait s’en prendre ; il a satisfait avec fidélité à ses engagements, et il a évité avec soin de porter ses voix sur ceux de ses membres qu’il avait accoutumé de nommer.

Ce sacrifice n’a rien coûté à l’ambition, puisque ces voix, cette année-ci, comme les précédentes, auraient été sans résultat, mais il a coûté à l’amitié.

Si l’on revient aujourd’hui sur des points

importants à des opinions que le côté droit a constamment professées, il est loin d’en tirer avantage contre qui que ce soit. L'honneur en est aux principes et non aux hommes qui tous peuvent se tromper, surtout sur des institutions non encore éprouvées, etle côté droit oublie volontiers qu’il a longtemps combattu seul, pour combattre encore, et avec plus de succès, appuyé de ceux qu'il a pu considérer comme des adversaires, jamais comme des ennemis.

L'auteur de cet article n’entrera point dans les détails d’une négociation à laquelle il n'a pu assister ; il se contente d'en montrer le résultat et d’en faire espérer les plus heureux effets, pour une meilleure application de la loi fondamentale,

La funeste tendance de la loi des élections n’est que trop connue ; elle est évidente pour la majeure partie des députés, et sera avouée par tous les autres, lorsqu'une discussion solennelle aura permis d'entendre nos honcrables collègues, ceux Surtout qui, ayant présidé des colléges électoraux, ont été plus à portée de juger les vices de leur composition actuelle. Cette loi sera donc changée.

Les mezzo termine ne serviraient de rien. Ge n’est pas pour faire ou prolonger, même provisoirement, de mauvaises lois, qu’il faut un corps législatif, Une institution qui a contre elle le raisonnement et l’expérience ne saurait convenir à une nation sensée et spirituelle, et les tempéraments qui en conserveraient le fonds, même pour un temps, ne feraient que prolonger le désordre, nourrir l’esprit de parti, en entretenant de coupables espérances ou de douloureuses craintes, et ils ne rempliraient l'intention d’aucun côté, et moins encore les vœux de la saine partie de la nation.

Les opinions du côté droit sont connues, et même sur tous les points, puisqu'ils ont presque tous été traités dans les sessions précédentes. Comme il les a soutenues avec une entière conviction, et qu'aucune expé-

rience contraire ne l’a, du moins jusqu’à présent, averti qu’il se soit trompé, il persistera dans ses sentiments, toujours prêt à revenir de ses erreurs, s’il en avait commises. Ses pensées, ses affections, ses opinions sont pour la monarchie et la légitimité, et pour tout ce qui est monarchique dans les institutions politiques et religieuses ; convaincu qu'il est, avec le plus grand nombre de ses collègues, que tout ce qui est trop démocratique dans les institutions, serait un principe de révolutions nouvelles, et ne pourrait que flétrir, aux yeux de la postérité, les hommes qui, chargés des destinées de leur patrie, l'auraient volontairement exposée à de nouveaux et irrémédiables malheurs.

Ces pensées et ces sentiments sont ceux de la nation tout entière, qui veut l’ordre et la paix, qui ne peut pas ne pas les vouloir; et si l’on y aperçoit encore quelques différences d'opinions, c’est que dans un grand peuple, tous les hommes, faute de lumières ou de vertus, ne sont pas également éclairés sur les moyens d’obtenir le bien qu'ils désirent. C’est donc aux pouvoirs chargés de diriger les opinions politiques, comme de régler les actions civiles, à leur indiquer à tous et à leur prescrire les meilleurs et les plus sûrs moyens d'ordre et de bonheur, et ce n'est ni pour l’égarer, ni pour Fabandonner à elle-même que la nation a choisi des guides. -

Tout est franc, simple et amical dans cet exposé. L'auteur a voulu seulement prouver que lorsque le côté droit a vu une porte entr'ouverte à un rapprochement, il s’y est porté avec ardeur et désintéressement, Cette honorable coalition ne sera pas trompée

dans ses espérances et ne trompera pas la

juste attente de la nation; mais si les “Chambres peuvent aider au grand œuvre de l'amélioration, c’est du gouvernement que la France doit en attendre et le commencement et la fin; il a aujourd’hui dans les mains le puissant levier de tout gouvernement représentatif : une majorité honorable dans les deux chambres; cette raajorité, qui, dans ces sortes d'Etats, coûte souvent tant de soins et de peines à former, et que l'expérience du passé et la crainte .de l’avenir ont toutes seules formée tout. à coup parmi des hommes tous sincèrement attachés à leur patrie, éclairés sur ses besoins, et décidés à suivre avec ensemble et fermeté la direction qui convient à ses intérêts. Ils la demandent au gouvernement, cette direction qui peut tout

Ps

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