POLITIQUE. —- DE L'ESPRIT DE CORPS ET DE L'ESPRIT DE PARTI
se glisser parmi les membres de la chambre des pairs. Je ne veux accuser les sentiments d'aucun d’eux; mais combien n’y en a-t-il pas qui nourrissent un ressentiment secret sous leurs manteaux d’hermine, et qui s’indignent du rang secondaire auquel ils sont descendus ! Combien d’autres se laisseraient séduire par l'illusion d’un nouveau pouvoir plus simple dans ses rapports avec les grands fonctionnaires destinés à l’approcher! Combien céderaient à l’espérance de concentrer ce pouvoir dans un petit nombre de familles illustres dont les leurs feraient partie! »
La chambre des pairs a manqué, dans cette session, l’occasion la plus favorable qui pt s'offrir à elle de conquérir la seule popularité qu'il soit digne d’elle d’ambitionner auprès des hommes éclairés et vertueux, en rejetant les lois désastreuses votées par la chambre des députés, en prêtant de la force au gouvernement contre de fatales exigences, en repoussant, ainsi qu’elle le devait, tout ce qui a été ajouté d’étrange au budget, et les amendements sur la loi de finances improvisés en courant, sans proposition du roi, sans avoir été communiqués à la commission ni aux bureaux; exemples dangereux, contre lesquels s’est élevé avec force M. le duc de Raguse, et où M. Pasquier à vw une chambre entraînée par l’amour du bien public hors des limites d’une sage réserve. Par un amour du bien publie mieux entendu, il fallait l’y faire rentrer. El y a toujours, pour un corps, beaucoup de considération à acquérir en combattant avec courage pour la défense de grands intérêts, et ici la chambre des pairs était assurée de la victoire. Quoi qu’en dise M. Cottu, la chambre des pairs aura beaucoup de force quand elle appuiera la royauté, ets’appuiera sur elle.
« S'ilne peut exister, » continue M. Cottu, «de gouvernement constitutionnel sans la liberté de la presse, il n’en peut exister non plus avec la loi de la presse réunie à la loi actuelle des élections, car avec ces deux lois la royauté est impossible; » et ailleurs il dit qu'avec notre système de gouvernement, la censure préalable est une des premières nécessités du trône.
Ce que dit ce magistrat de l'impossibilité de la royauté avec la liberté de Ia presse et
(3) Elle pourra beaucoup quand elle le voudra,
(4) La force ne doit pas être dans les membres, mais dans le corps.
la loi des élections est l’avis unanime de tout ce qu’il y à en France et dans l’étranger d'hommes vraiment éclairés, amis de l’ordre et de leur pays; et il serait fâcheux, disons mieux, 1] serait honteux pour la chambre des pairs de setrouver, sur ces hautes questions, en contradiction avec le bon sens de toute l’Europe.
Mais si M Cottu voit parfaitement les dangers qui menacent la monarchie avec l’ordre de choses actuel, il semble ignorer ceux qui menacent un bien qui nous est beaucoup plus précieux encore que la monarchie, et qui périrait infailliblement avec elle. Comme le parti révolutionnaire en France (car je ne pense pas que l’on pousse la niaiserie jusqu'à nier son existence), comme ce parti n’ignore pas que la religion catholique est le plus ferme appui de la légitimité, il veut changer à la fois, s’il le peut, la religion et la dynastie ; et les libéraux, ces libéraux qu’un écrivain du Conservaleur attaquait sans relâche, lorsqu'ils étaient bien moins redoutables qu’aujourd'hui, tournent sans cesse leurs regards vers la révolution d'Angleterre de 1688, comme vers le but qu’ils s’efforcent d’atteindre. Ils ne font même plus mystère de leurs projets, et selon les circonstances, ils commenceraient par le schisme pour arriver à
l’usurpation, ou par l’usurpation pour finir
par le schisme. 11 me semble qu’ils trouveraient en ce moment plus de facilité et d’espoir de succès à commencer par la religion :
de là ces violentes déclamations contre f'ultramontanisme, dont ils ont fait un épouvantail pour les esprits faibles et les ignorants qui oublient ce que disait plaisamment le docteur Johnson, que ceux qui crient de notre temps contre le Pape auraient crié au feu pendant le déluge ; de là ces attaques continuelles contre la religion, son chef, ses pratiques, ses dogmes, ses ministres, dont ils relèvent avec tant de complaisance les fautes et les faiblesses, lorsqu'ils ne les inventent pas; de 1à ces morts philosophiques, dont ils sont si fiers, et qu’ils imiposeraient aux mourants même par force, s’il en était besoin ; de là surtout ce redoublement de rage contre cette compagnie célèbre, le plus ferme rempart de la société contre les fausses doctrines qu'on veut y introduire. Et les pères de familles le savent bien, et un ministre du roi le savait aussi, lorsqu'à la session dernière, il défendait ces vertueux instituteurs à la tribune. Heureux s’il les avait
défendus dans le cabinet avec aulaut de zèle, ou plus de succès!{!
Puisque j'ai cité M. Cottu, je me permelttrai sur son dernier écrit quelques observations que je soumets à son Jugement, et que je présenterai avec tous les égards qui lui sont dus.
Ce magistrat voit très-bien le précipice où l’on entraîne Ja monarchie : il fait à ce sujet les réflexions les plus justes, et ne nous épargne aucune vérité; mais les moyens qu’il propose pour éloigner le danger me paraissent impraticables, et, s’il n’en reste pas d’autres, il n’y a plus qu’à périr.
Comment en effet nous fera-t-on entendre, à nous qui avons vu tant d’électeurs et d’é« lections sans en être plus avancés, l'utilité et surtout la possibilité de cette machire d'élection si compliquée d’électeurs grands et petits, mobiles et en expectative, royaux ou populaires, tous héréditaires, tous titrés ? Les royalistes y verront un système usé; fes libéraux, un système de féodalité et de privilége. ÿ
La distinction des grands ou nobles et du peuple était fondée en raison et sur la nature même des choses, parce que les uns étaient occupés de service publie, les autres de travaux domestiques; que les uns avaient autorité dans l'Etat, les autres, moins avancés, seulement, dans la famille. Aussi cette: distinction se retrouve-t-elle partout où il y a.des hommes et des sociétés, et elle s’est montrée même dans les îles de la mer du.
Sud que Cock a découvertes. Mais où est la raison de la distinction d’électeurs grands et: petits, fixes ou mobiles, actuels ou expectants, entre des hommes tous occupés du même service public, du service électoral ?:
et les petits, les mobiles, les expectants n'ÿ verront-ils pas un privilége sans motif en faveur des autres?
Les moyens proposés par M. Cottu peuvent être un arrangement plus ou moins ingénieux, mais ne forment pas une institution durable.
Je m'attendais, je l’avoue, a une autre conclusion, et entrant, ce me semblait, dans la pensée de l’auteur, mieux que l'auteur luimême, après ce qu'il avait dit des dispositions peu monarchiques de certaines professions, et de l'aristocratie territoriale comme la seule base sur laquelle les gouvernements puissent être affermis, je croyais qu’il allait proposer, pour faire des élections monarchiques et populaires à la fois, de les confier à
un collége unique par département, composé uniquement de propriétaires fonciers, et À l'exclusion de tous ceux qui retirent salaire ou profit d’un service quelconque auprès des particuliers, et à l’exclusion encore de tous ceux qui occupent un emploi public à la nomination du gouvernement.
M. Cottu veut certainement être juste envers tout le monde, et je crois qu'il ne l’est pas envers les derniers ministres, et moins encore envers le clergé.
11 veut que ce soit le clergé qui ait perdu les ministres. Est-ce pour l'avoir trop favorisé? Est-ce pour l'avoir négligé? Est-ce pour avoir appuyé ses prétentions ultramontaines ? Cette dernière supposition ne pourrait que prêter à rire à ceux qui ont connu les ministres un peu mieux que ne les a connus M. Cottu, et à qui l’on voudrait persuader que M. de Corbière, ancien avocat au parlement de Rennes, est un ultramontain, ou que M. de Villèle, jeté dès l’âge de treize ans, dans la carrière militaire, et depuis dans les affaires publiques, est un
théologien. Serait-ce pour avoir introduit:
des évêques dans la chambre des pairs, seule place de l’ordre civil qui soit occupée par
des membres du clergé? Mais, outre qu’il était décent et. convenable que la chambre des pairs réunît les chefs ecclésiastiques comme les chefs militaires et civils, les évêques n’occupent pas encore dans notre chambre des pairs le rang qu’ils occupent dans celle d'Angleterre, et n’y forment pas un banc particulier ; car, en Angleterre, ce n’est pas à la personne, mais au siége que la pairie est attachée, et elle l’est à tous. Ce qui a valu aux ministres la haine implacable des libéraux et qui les a perdus, c’est d’avoir repoussé par la force publique des violences populaires ou des révoltes à main armée dont on attendait des résultats décisifs, et surtout d'avoir donné un milliard d'indemnité à la noblesse émigrée et dépouillée ; car on ne pardonne pas plus l’indemnité qu’on ne pardonne l'émigration. La déplorable accusation n’a cependant pas osé parler de ce dernier grief, crainte de démasquer aux yeux des royalistes dissidents des intentions qu'il est prudent de tenir secrètes; et cette accusation qui parle de tout, hors «de ses véritables motifs, cette accusation si hautement, si solennellement commencée, si misérablement, si honteusement terminée, cette montagne en travail qui a abouti à un enfantement si ridicule, n’a été qu’une
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