SUR UN PASSAGE DE L'ESPRIT DES LOIS
(Défenseur, novembre 1820.) ù
Montesquieu commence par poser en fait et comme en principe, que les Anglais sont un peuple libre et leur gouvernement un gouvernement libre, sans trop examiner ce que c’est que la liberté d’un peuple ou d’un gouvernement; et une fois préoccupé de celte idée, tout ce qu’il remarque de particu-
lier à l’état social de ce peuple et de ce gouvernement, il le généralise, il en fait une condition, une règle, un principe de la liberté politique, et même ce qu’il aurait jugé partout ailleurs être un excès ou un inconvénient du despotisme.
Cette manière de convertir des faits en
principe et des accidents ou exceptions en règles positives, est le défaut radical de l'Esprit des lois, où il y a tant d’esprit, mais qui nest, s’il faut le dire, que le plus profond de tous les ouvrages superficiels.
* La première chose qui le frappe est l'excès des impôts, et il en fait aussitôt un principe, une, règle de l’état de liberté politique, et même une règle naturelle. « C’estune règle, » dit il, « qu’on peut lever des impôts plus forts en proportion de la liberté des sujets ;
. et que l’on est forcé de les modérer à mesu-
re que la servitude augmente. C’est une règle de la nature. qui ne varie point ; on la
, trouve dans tous les pays, en Angleterre, en
Hollande, dans tous les Etats où la liberté ya se dégradant, jusqu’en Turquie. »
Nous reviendrons ailleurs sur cette singulière assertion, qui ne signifie rien, si l’auteur a voulu dire que là où le gouvernement est modéré et le peuple heureux et riche, on peut lever des impôts plus forts que là où le peuple pauvre gémit sous un gouvernement tyrannique, ce qui serait une vérité triviale qui ne vaudrait pas la peine d’être écrite, mais qui signifie beaucoup trop, si, abstraction faite de l’aisance ou de la misère des peupies, on regarde la. liberté ou la servitude comme Ja mesure de l'impôt.
Un écrivain qui remarquerait que le
| spleen, le suicide etla démence sont extré- | mement fréquents en Angleterre et presque endémiques, pourrait, avec tout autant de
raisou, avancer que ces accidents sont une règle, une condition des pays libres, de cette liberté telle qu’on l'entend aujourd’hui, et il ne lui serait peut-être pas difficile de prouver que. tout gouvernement qui, nivelant les hommes.et les rangs, ouvre à toutes les ambitions et à toutes les cupidités des chances subites-et inespérées d’ honneurs et de fortune, et.exalte au plus haut degré dans tous les âges et toutes les conditions la fièvre des désirs et les illusions de l'espérance, doit
| produire de nombreux mécomptes.que le
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Si la fureur du jeu ou les chances des loteries sont les causes les plus ordinaires de ces profonds chagrins qui dérangent le cerveau ou portent un malheureux à attenter à
letle tempérament des inc individus,
Sa propre vie, un gouvernement libre tel qu’on l’entend aujourd’hui est-il autre cho-
se qu'une immense table de jeu ouverte