PART.IT. POLITIQUE. — DO GOUVERNEMENT REPRESENTATIF
qui ne peuvent lire les livres qui les contiennent; et par conséquent ils placent avant le peuple Dieu, auteur de toute inspiration salutaire. |
Nos politiques ne remontent pas si haut :
comme ils veulent que la loi soit athée, ils ont garde de faire leur législation même déiste, et les premiers et les seuls de tous les législateurs, ils rejettent absolument l’idée, et même l’expression de Dieu de leur œuvre politique.
Non, le peuple n’est pas souverain public ou politique ; ilest souverain domestique, pouvoir dans la famille où il a son ministre, ses sujets, ses serviteurs, l’administration de ses biens; où il a, dans des proportions privées, tout ce qui constitue le pouvoir. Et ils sont des insensés ou des corrupteurs, ceux qui, l’enivrant de l’idée de sa
prétendue souveraineté politique, lui ôtent
le goût de son pouvoir domestique, et lui en font mépriser ou négliger les devoirs.
- « Aussi ce n’est pas le peuple laborieux qui réclame la souveraineté, c’est le peuple parleur et oisif qui veut faire le peuple occupé souverain malgré lui, pour gouverner sous son nom et vivre à ses dépens. »
Cependant, comme le peuple souverain est incapable d’exercer sa prétendue souveraineté, qu'avec cent bras, dit Montesquieu, il renverse tout, el qu'avec mille pieds ilne va que comme un insecte, force a été qu’il se donnât ou qu’il reçût quelqu'un qui pût le représenter, et dans lequel cette abstraction se réalisât, et dans le gouvernement représentatif, la démocratie s’est donné un roi, autre fiction, fiction de royauté comme le peuple est une fiction de souveraineté; un roi qui n’a pas de sujet, et qui est lui-même le premier sujet du peuple souverain, un roi qui règne, el ne gouverne pas; Un roi enfin qui ne peut parler et agir que par les ministres qui, eux-mêmes, avec une fiction de responsabilité, représentent la raison, l'intelligence et la volonté du roi (2).
Au fond, la démocratie ne pouvait pas mieux faire ni créer un pouvoir plus fort
jusqu’à ses difformités, s’il en a ; cet homme, dis-je, s’il n’a pas reçu du Ciel ce genre d'esprit et d’humeur qui ne voit que le côté risible des objets, tombe dans le découragement, et il est tenté de désespérer de la raison bumaine.
(2) On entend dire continuellement qu'une bonne loi sur la responsabilité des ministres est diflicite à faire. Je le crois bien, elle est impossible. Une pareille loiest injurieuse pour les ministres verlueux, inulile pour ceux qui ne le sont pas, el ceux-ci, elle les conseille bien plus qu'elle ne les menace.
qu’elle-mème. Jamais la royauté, j'entends Ja royauté indépendante, la royauté qui régne et gouverne, la royauté qui est, non pas, comme disait naguère un journal, au-dessus de toutes les lois, mais qui est au-dessus de tous les hommes ; jamais cette royauté n’est sortie de la démocratie, et si elle lui succède, c’est en la détruisant. Cette royauté ne tire son origine que des grands d’une nation, ou des aînés de la grande famille.
Pharamond ou Clovis furent élevés sur le pavois par les chefs de leur nation. Hugues- Capet s’éleva au milieu de ses égaux ; même dans l’autre siècle, le prince d'Orange reçut la couronne d'Angleterre de la main des pairs. C’est que l'aristocratie est un corps complet et homogène et tout corps ainsi constitué, et qui n'a qu’un intérêt, celui de son existence, pour ne pas rester acéphale, tend à se donner une tête ou un chef. Si ce corps le fait semblable à lui-même et héréditaire comme lui, l'Etat conservera son indépendance, et c’est ainsi que se maintiennent sans troubles les grandes monarchies de l’Europe. Si les grands, par ambition du pouvoir, ou par jalousie les uns des autres, font leur chef viager ou révocable, l'Etat sera sans garantie au dedans et au dehors, et tôt ou tard perdra son indépendance. C'est ce qui est arrivé à la Pologne et à Venise dont les puissances auraient respecté l’existence en corps de nation, si ces Etats eussent pu leur présenter, au lieu de quelques individus, une royauté héréditaire, une famille royale, propriété inaliénable de Ja nation, contemporaine de tous ses âges, témoin de tous ses événements, associée à toutes ses prospérités comme à tous ses revers, que chaque génération a reçue de celles qui l'ont précédée, dont elle répond à celles qui lui succéderont : famille dans laquelle il n’y a ni enfants ni vieitlards, mais un seul être-roi dont l’histoire n’a pas constaté la naissance et dont le temps ne verra pas la fin; famille qui est la nation même réduite à sa plus simple expression, et qui dans sa perpétuelle et impérissable unité représente à la fois la nation passée, la nation présen'e, la nation à venir; et n'est-ce pas eette famille qui seule et sans autre force a de nos jours sauvé la France du démembrement et de la conquête?
La démocratie ne fait pas et ne peut pas faire corps; elle est une agrégation fortuite d'une multitude de petits corps, sociétés ou familles indépendantes les unes des au-
tres, qui ont chacune leurs intérêts, chacune leur pouvoir domestique, sociétés par conséquent toutes monarchiques, et dont sortira tôt ou tard, comme de son élément, la monarchie politique : car la démocratie dans un Etat indépendant de droit et de fait, dans un grand Etat, ne peut être que la transition orageuse de la monarchie de la famille à la monarchie de l'Etat, et du système de Part à celui de la nature.
Quand la démocratie veut se donner un :
chef, si elle est civile, elle ne peut se donner qu’un mannequin, un fantôme de chef, comme le doge de Venise ou de Gênes; si elle est militaire, elle se donne un général, un despote comme l’empire romain ou les Etats d'Orient; et si la démocratie représentative se donne un roi, comme en Pologne et en France, elle ne lui confère que le titre et les vains honneurs de la royauté, et il n’est au fond ni civil ni militaire.
Nous avons vu le principé du gouvernement représentatif, il nous reste à en examiner les effets.
Ces effets ne se développent pas également ni en même temps dans toutes les sociétés. En Angleterre, bien moins occupée de politique que de commerce et d'entreprises maritimes, et qui s'attache bien plus à troubler la politique des autres Etats qu’à affermir la sienne, les effets du gouvernement à trois pouvoirs et à chambres délibérantes ne se sont fait sentir depuis 1688 que dans ce moment, et même avant cette époque la royauté accrue ou plutôt amoindrie par la suprématie religieuse dont la Réforme f'avait grevée, était même en présence des chambres un véritable despotisme.
Er- France, plus occupés de politiqüe rationnelle que d'intérêts matériels, et où tout va plus vite, hommes et choses, nous en sommes, après quarante ans de gouvernement représentatif, aux derniers résultats, et déjà les journaux, confidents des douleurs et des sollicitudes ministérielles, nous déclarent «qu’il ne faut plus se faire d’illusion..….
que le torrent de l'anarchie gronde tout autour de nous » (Journal des Débats), et menace de tout emporter, en sorte que l’on peut dire que le gouvernement représentauffinit en Angleterre et qu’il est fini en France.
En effet, cinquante ans bientôt de démocratie, ou populaire, ou militaire, ou royale, et de révolution religieuse ct politique, ont conduit la France à l'état déplorable où nous
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la voyons aujourd’hui, à un état qui fait horreur et pitié à ses voisins, et qui est tel , qu’à aucune époque de sa longue existence dr elle n’avait donné à ses amis plus de sujets , de crainte et de découragement. La France
{a x) avait essuyé de grands revers ; elle avait vu
| ses rois périr sur la plage africaine, captifs
chez l’ennemi, assassinés par leurs sujets, un roi d'Angleterre couronné roi de France À Paris, son roi en démence, ou réduit à
n'être que le roi de Bourges; elle avait vu : V’Anglais maître de la moitié du royaume, et l’autre moitié ravagée par des bandes indis- : ciplinées, la division parmi la famille royas ‘le, le désordre partout; mais tant que la foi
à ja royauté et à la religion se conservait
dans le cœur des peuples, le mal n’était qu’à fa surface, et l'édifice un moment ébranié, bientôt raffermi sur ses bases antiques, s’était relevé plus solide et plus imposant.
— Mais à l’époque de la Réforme le mal pénétra dans les entrailles même du corps so-
<ial ; la nouvelle doctrine, en substituant le
£<ystème de discussion à celui d'autorité, ruina à la fois le pouvoir de commander et Île devoir d’obéir, sur lesquels reposaient depuis tant de siècles la chrétienté et ses augustes enfants. Une fausse philosophie, sortie de la Réforme, s’est emparée de ce principe, et l’a poussé à ses dernières conséquences, et jusqu’à la haine de toute autorité et au mépris de toute subordination. Tous les désordres qui depuis cette fatale époque ont efligé l’Europe, toutes les guerres qui l'ont ensanglantée, la révolution de ses lois, de ses mœurs, de ses gouvernements, n’ont pâs d'autre principe. Le mal n’a fait que s'accroître, et il semble parvenu à son dernier période, depuis que des insensés ont voulu faire une nouvelle société d’un genre humain vieux de six mille ans. Ce qu’il y a de désespérant dans la maladie qui nous travaille, est que nous en cherchons le remède dans ce qui la cause et l’entretient, je veux dire dans un gouvernement impossible et une royauté impuissante.
En effet, depuis plus de quarante ans, et surtout depuis 181%, que nous poursuivons de session en session cette chimère de démocratie royale, pour satisfaire l’orgueil de quelques-uns et la jalousie de quelques autres, l'ambition et la cupidité de tous, qu’avons-nous obtenu, qui avons-nous afferrmi, et ne sommes-nous pas aujourd’hui bien moins avancés que le premier jour ? Il y a eu dans cette longue période quinze ans de