POLITIQUE. — DU GOUVERNEMENT REPRESENTATIF
prospérité encore toute matérielle due à l'élément monarchique de Jarestauration ; mais l'influence de l'élément contraire a-t-elle cessé d'agir, manifestée par les éternels combats de majorités et de minorités, de côté droit et de côté gauche, par les changements perpétuels de ministère, par des conspirations fréquentes, par des attaques à la religion: et a-t-il été permis aux hommes prévoyants de goûter un instant de pleine et entière sécurité, et celte lutte intestine et cette guerre d'opposition, n'ont-elles pas fini par la terrible explosion de juillet?
Je n’ignore pas que j'aitoujours été sur ce point en désaccord avec des hommes dont j'honore le caractère, dont j’admire les talents, et qui croient à la possibilité, peutêtre à la nécessité du gouvernement représentatif, Mais sans entrer dans une discüus= sion, de laquelle il résulterait que ce gouvernement, sans unité de pouvoir comme sans union des cœurs et des intérêts, et dans lequel une opposition, souvent injuste et toujours passionnée, est un ingrédient indispensable, est directement contraire à la nature de l’homme et à la nature de la société; ne nous suflit-il pas de l’expérience que nous venons d’en faire, et de celle dont nous menace la session qui va s'ouvrir sous de si tristes auspices, el de l'expérience encore de tous les Etats qui ont subi cette forme de gouvernement, pour en conclure qu’il n’y a pas d’habileté, pas de talent, pas de sagesse, pas de bonheur qui puisse, avec cet instrument de désordre, garantir la tranquillité de l'Etat, l'influence de la religion, la paix des familles, la liberté civile, la libre possession de ses propriétés, tous biens sans lesquels la société n’est qu’un lieu de désalation et de désespoir ?
Ces biens, on ne peut pas davantage les attendre de la royauté constitutionnelle, regardée dans cette forme de gouvernement comme un ennemi public, contre lequel on ne saurait prendre trop de précautions, et qui ne peut être que le témoin impuissant des désordres, si même elle n’est pas forcée d’en être l'instrument.
Si le corps humain est affecté d’une maladie organique, qu'il y ait lésion ou organisation vicieuse du foie, du cœur, du cerveau, un régime sage peut bien en relarder quel que temps les effets, mais l’on ne saurait en guérir la cause qui, tôt ou tard, conduit l’homrne au tombeau. La démocratie est la maladie organique du corps social, elle en
ne on, rortte
affacte les parties nobles, le pouvoir et les devoirs; et si des circonstances de temps, de lieux ou de personnes en suspendent momentanément les ravages, aucun moyen ne peut en corriger le principe. « Si le législateur, » dit J.-J, Rousseau, « établit un principe différent de la nature des choses, l'Etat ne cessera d'être agité jusqu’à ce qu’il soit changé ou détruit, etque l’ invincible nature ait repris son empire. »
Et qu’on ne dise pas que la stabilité ne
peut être le partage des institutions où l’homme est agent nécessaire, et que c’est quelque chose, si ce n’est assez, disait naguère un journal libéral, pour un gouvernement représentatif d’une durée de trois ou quatre générations. I ne faut pas même tant de temps à la démocratie pour succomher sous le vice de son principe ; mais la monarchie ne peut périr que par la corruption du sien, et les sociétés chrétiennes et monarchiques doivent durer autant que le monde, puisque le christianisme est la seule raison de son existence et de sa durée.
Lorsque nous avons dit que la démocratie était la maladie organique de la société, parce qu’elle en détruisait le pouvoir, la preuve en est sous nos yeux. Dans ce gouvernement, le pouvoir de l’homme est tout ; tout y est puissant hors la puissance publique. L'esprit y est une puissance, le talent une puissance, la richesse une puissance, et il ne me scrait pas difficile d’y appliquer les noms. Ïl y a aussi la puissance des partis, hélas ! et la puissance même du crime; et n’avons-nous pas vu naguère la scélératesse ou Le délire rendre une espèce de culte à la puissance de l'enfer sous l’invocation de Marat et de Robespierre ? |
Mais le plus grand danger et le plus prochain dont pes gouvernements à plusieurs pouvoirs et à assemblées délibérantes et législatives menacent un Etat, est la facilité qu’ils offrent aux étrangers d'intervenir dans ses affaires par leur argent ou leurs intrigues. On connaît l’ affreuse vénalité qui régnait dans les diètes de Pologne ou le sénat de Suède avant sa dernière révolution. Sous Louis XIV, l'argent de la France soldait les républicains d'Angleterre contre les Stuarts, et jusqu'au fameux Algernoon Sydney, le coryphée des tétes rondes, modèle, disails on, de patriotisme et de désintéressement.
C'est ce que les mémoires secrets du temps et les propres dépêches de nosambassadeurs nous ont révélé, et qui sait ce que de pa-
reils documents révèleront un jour à nos neveux ? L'influence des guinées anglaises sur les premiers. “événements de notre Rs à fut plus que soupçonnée, cet l’on. peut aflirmer que les ennemis de la France, jaloux de sa prospérité, n'auraient jamais cru pouvoir trop payer le mal que lui ont fait nos jacobins et nos libéraux, « Si l’on connaissait les ténébreuses intrigues des gouvernements les uns contre les autres pour se nuire et s’affaiblir réciproquement, » à dit ailleurs l’auteur de cet article, « on serait effrayé de leurs résultats pour ceux qui y ont été 5 plus habiles et même les plus heureux. »
L’acharnement des libéraux à accuser +R royalistes d’appeler l'étranger à leur secours, malgré l'évidence d’un intérêt contraire, n’est qu’une autre scène de .la comédie de quinze ans, et une ruse infernale pour masquer des manœuvres dont le résultat infaillible est de provoquer les armes de l'étranger. En.effet, les libéraux n'ignorent pas que l’Europe n’est armée que contre la propagande dont ils la menacent. Ils ne se dissimulent pas la force de la coalition. qui entoure et presse nos frontières, et l’insufhsance des moyens que nous pouvons [ui 0pposér, insuffisance avouée dans unefameuse lettre par celui qui doit les diriger. S'il restait dans le cœur de ces hommes quelque affection pour leur pays, quelque principe de vertu, ou seulement quelques sentiments d'humanité, ils chercheraient à conjurer l’orage, non par des lâchetés et des cuncessions, mais en rassurant l’Europe et en s’abstenant de ce qui peut l’alarmer. Mais, Ô prodigieux empire de l'orgueil sur le cœur de l’homme ! jamais, au contraire, ils n’ont plus travaillé à soulever les peuples contre leurs souverains, et jamais bravé avec plus d’imprudence et de légèreté les chances terribles d’une invasion; et cependant, si l'Europe coälisée contre nous a rêvé des projets d’indemnitéet d’agrandissement lorsque nos provinces étaient défendues par les fureurs de la convention ou le génie de Bonaparte, ne pourrait-elle pas les réaliser aujourd’hui que ses moyens d'attaque sont bien supérieurs à ceux de ses premières campagnes, et nos moyens de défense bien inférieurs à ce qu'ils étaient alors ?
Peut-être il résulterait d’une guerre générale contre toute l’Europe de nouvelles per tes pour la France, mais comme elles diminueraient sa puissance au profit de celle de l'Angleterre, terre promise du libéralisme