‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 182 sur 306 · ART. I POLITIQUE. — SUR ZA TURQUIE · texte numérisé non relu

ART. I POLITIQUE. — SUR ZA TURQUIE

que par elle-même, et, comme un immense fleuve, elle ne peut s’affaiblir qu’en s’étendant. Constantinople et Pétersbourg n’apparüendraient pas longtemps au même maître.

La famille, fût-elle russe, qui régnerait en Grèce, n'aurait bientôt d'affection que pour les intérêts de son pays, et deux peuples, pour être limitrophes, n'en sont pas plus amis.

Si même la Grèce faisait partie de l'empire

russe, déjà si étendu, les Russes, pour être tranquilles en Europe, seraient obligés de repousser les Turcs del’Asie. Un siècle de guerre commencerait pour la Russie, qui ne pourrait faire ni paix nitrêve avec des ennemis qui, voyant de leurs rivages ce beau pays de Grèce qu'ils auraient été forcés d'abandonner, tenteraient continuellement de s'en ressaisir ; Ils feraient sur les côtes de la Grèce ces continuelles incursions que leurs frères les Barbaresques font sur les côtes d'Espagne ou d’Italie, et ne serait-il pas heureux aux yeux de ceux qui rêvent encore la chimère surannée de l'équilibre politique entre les puissances, que les forces de la Russie fussent ainsi occupées aux extrémités de l’Europe plutôt que dans le centre? Après tout, les nombreuses provinces qui forment aujourd’hui la Turquie européenne, n'ont jamais été un Etat un, pas même sous les Turcs, et la politique copurtageante de l'Europe pourrait, en cas de conquête, s’y arranger tout à son aise, et, de proche en proche, contenter beaucoup d'ambitions, s’il peut y avoir encore dans la tête des souverains des projets d’agrandir des Etats qu'ils peuvent à peine gouverner.

Il y aurait en Grèce de la terre ferme pour les ambitions continentales, et des îles pour les ambitions maritimes. Les Grecs, au sortir de ce long esclavage, ne peuvent se gouverner eux-mêmes, et continuellement attaqués ou menacés par leurs anciens maîtres, ils auraient besoin d’intéresser à leur défense plus d’ung puissance. Plût à Dieu que l'Angleterre trouvât en Grèce une compensation au Canada, qu’elle a si impolitiquement enlevé à la France, et que, pour son propre intérêt et le nôtre, l'Europe détournâtsur ces contrées lointaines ce torrent dont elle a eu tant de peine à contenir les eaux ! La retraite des Turcs.de l'Europe, qui porterait un coup mortel à la puissance des Etats barbaresques , faciliterait l'établissement de colonies chrétiennes sur les côtes d'Afrique, et l'Europe doit désormais former des colonies, sous peine de sedissoudre en républiques.

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