‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 184 sur 306 · RÉPONSE A M. DE JOUFFROY · texte numérisé non relu

RÉPONSE A M. DE JOUFFROY

Paris, 7 novembre.

La discussion qui s’est élevée entre M. Achille | de Jouffroy et moi, sur la légitimité, vient | d'une inadvertance dans laquelle cet estimable

écrivain est tombé.

Tavais dit, dans mon article sur les Grecs .

(Journal des Débats du 20 septembre dernier) : Je distingue deux légitimités : la légitimité des choses et celle des personnes. Cette dernière s'établit, etc., etc.; l'alinéa, je raisonne sur cette dernière légitimité.

Au second alinéa ,je reviens à la première, celle des choses ou des institutions, et je dis : Mais il y a une autre légitimité, et la plus sacrée de toutes : celle de la raison et de la vérité, etc. Là-dessus, M. Achille de Jouffroy, ne faisant pas assez attention que la légitimité des choses ne peut être que la raison et la vérité, qui ne se trouvent que dans les choses, c'est-à-dire les lois ou les institutions, croit que j'ai voulu établir une troisième espèce de légitimité, autre que celle des choses ou des personnes, et me fait dire : Il y a trois sortes de légitimité, etc., etc. (Gazette de France, 23 septembre.)

Je ne conçois pas comment mon noble adversaire est tombé dans cette méprise, puisque, après avoir raisonné sur la légitimité des personnes ou des familles royales, je devais, pour suivre ma division première, traiter de la légitimité des institutions; et il est facile de voir que j'en traite effectivement dans le reste du passage. Cer la légitimité de la raison et de la vérité, abstractivement considérées, et sans application positive à des choses, des lois cu des institutions vraies et raisonnables, <erait un mot vide de sens à force d’être vrai. Et qui jamais a nié que la raison et la vérité fussent légitimes? M. Achille de Jouffroy a donc vu trois espèces de légitimité là où je n'avais entendu parler que de deux, et je

crois avec raison; Car On dit en bon français

des choses légitimes, comme on dit un rot légitime ; et certainement M. Achille de Jouffroy né conteste pas qu'il y ait des lois ou des institutions de société bonnes, naturelles, légitimes, divines (tous mots synonymes), et d'autres qui ne sont rien de tout cela. Il ne pense pas, par exemple, que le roi de France el sa monarchie ne soient pas autrement légi

mon noble adversaire, contre lequel je me‘ times que le roi africain de Dohomay; qu,

et jusqu’à la fin de !

ço1 chaque fête solennelle, fait éventrer, décapiter égorger quelques centaines de ses sujets,

corne nous faisons tirer un feu d'artifice ou distribuer au peuple des comestibles.

"Je ne peux même comprendre l'intérêt que prend mon adversaire à la légitimité chez les peuples barbares, qui n’en connaissent pas même le nom; et lorsqu'il me demande si, sous le prétexte de l'illégitimité de leurs lois, nous pourrions les attaquer, je lui répondrai que, si nous étions leurs voisins, le plus noble usage que nous pourrions faire de nos forces et de nos lumières serait de les contraindre à renoncer à leurs abominables coutumes : la force n’a été donnée aux nations chrétiennes que pour étendre les bienfaits de la civilisation; et en attendant que la politique, distraite par de misérables querelles de commerce ou de déplorables systèmes, veuille ou puisse y concourir, la religion toute seule s’en est chargée par ses missions chez les peuples sauvages ou barbares.

Mais enfin la légitimité des familles anciennement régnantes est un dogme sacré chez les peuples chrétiens, et dogme religieux autant que politique, subordonné toutefois à la volonté de Dieu, qui transporte, quand il lui plaît, l'empire d'une famikle et d’un peuple à une autre famille et à un autre peuple; c’est Bossuet qui le dit, et l’histoire le dit encore mieux. Mais la légitimité des choses ou des institutions, ou leur conformité aux rapports naturels des êtres en société ou aux règles de la justice naturelle, comme l’a dit M. Malte- Brun, que je remercie d’avoir commencé ma justification, est, comme les essences des choses, indépendante de Dieu même, puisqu'elle est l'expression de sa volonté, qui ne peut changer, et qu'elle constitue les lois générales de l’ordre moral ou physique, que l on appelle aussi la nature des choses.

“Eten effet, si le Créateur a donné à la société des abeilles et des fourmis des lois générales qui en assurent la durée et en règlent la destination, peut-on penser qu'il n’en ait pas donné à la société des êtres intelligents faits à son image, et qui doivent le connaître et le servir? En veut-on la preuve dans les doctrines religieuses? Per me reges regnant, dit la Sagesse, el legum conditores justa decernunt : « C'est par moi que les princes règnent, et que ceux qui font des lois en donnent aux peuples de justes, de naturelles et de rasonnabies. » Et c’est avec raison que la Sagesse dit que c’est par Dieu, et en conformant leurs lois à ses volontés, que les princes règnent; Car, Sans cette conformité,

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