‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 185 sur 306 · PART. I. POLITIQUE. — SUR LA TURQUIE · texte numérisé non relu

PART. I. POLITIQUE. — SUR LA TURQUIE

ils ne règnent pas sur les hommes, ils les dominent. En veut-on la preuve dans les doctrines philosophiques? Ecoutez J.-J. Rousseau, qui n’a jamais mieux dit : « Si le légis-

lateur, se trompant dans son objet, établit un principe différent de celui qui naît de la nature , des choses, l'Etat ne cessera d’être agité jus- ! qu'à ce qu'il soit détruit ou changé, et que !|

l'invincible nature ait repris son empire. »

Enfin, en veut-on demander la preuve à |

l'histoire ? Elle parle plus haut encore, et vous montre les deux plus puissants Etats du monde policé où le principe qui naît de la nature des choses a été le plus méconnu : Le: république romaine et la république française; l’une malgré la profonde habileté de son sénat et la bonté de ses premières mœurs, l'autre malgré tout l'esprit de ses philosophes et la violence surhumaine de ses mesures ; toutes deux malgré leur force, leurs succès et leurs conquêtes, continuellement agitées jusqu’à ce qu’elles aient été détruites et changées, et que l’invincible nature ait repris son empire, en les ramenant plus tôt ou plus tard à leur état naturel, ou en les faisant disparaitre de la scène du monde, si elle n’a pu les y ramener. Et certes, les tristes destinées de la république romaine prouvent bien davantage Ja vérité du principe de J.-J. Rousseau que

- celles de la république française, puisque la

haute sagesse de la première n’a pas eu une autre issue que les extravagances et les fureurs de l’autre. 2

Je ne peux m'empêcher de relever, en passant, une singulière contradiction du philosophe de Genève. Il dit, dans le passage que je viens de citer, qu’un Etat ne cesse pas d’être agité, tant que le principe des lois n’est pas conforme à la nature. Ailleurs, il dit que tant qu'un Etat est tranquille on peut assurer que la liberté n’y est pas : en sorte que si les lois sont naturelles l'Etat est tranquille, mais la liberté n’y est pas; et si l'Etat est agité il y a liberté, mais les lois n’y sont pas naturelles : d’où il faut conclure que la liberté, telle qu'il l'entend et que l’entendent ses partisans, et le principe natif des lois s’excluent mutuellement; ce qui veut dire, en dernière analyse, que cette liberté n’est pas dans la nature de Îa société. Mais continuons.

Ainsi, j'ose assurer à M. Achille de Jouffroy que nous connaissons les volontés de l’auteur de la nature sur les sociétés humaines, ou les lois générales de leur conservation et de leur stabilité; et nous n'avons, pour les connaître, qu’à prêter une oreille attentive à 1a voix éloquente d'une expérience qui remonte à l'ori-

rt .

gine même des sociétés, et à juger entre elles et les doctrines opposées par leurs effets, comme on juge l'arbre par ses fruits. Elle nous dit que si le dogme fondamental de toute religion est : Un seul Dieu tu adoreras, le dogme fondamental de toute société politique indépendante, et qui a en elle-même le principe de sa force et de son pouvoir, est : A un seul roi tu obéiras; et l’unité du pouvoir politique est, du moins à mes yeux, une conséquence naturelle de l’unité de pouvoir religieux. C'est alors, et dans ce sens, que le pouvoir des rois est de droit divin, et qu’ils peuvent s’intituler rois par la grâce de Dieu. Ainsi, plus les lois (les lois politiques, car les lois civiles sont indifférentes et toutes à peu près également bonnes, quand les peuples en ont fait une habitude), plus les lois politiques sont justes, naturelles, légitimes, conformes au principe qui naît de la nature des choses, et plus il y en a de telles dans un Etat, plusil y a de force, de Stabilité, de conservation ou de restauration, de prospérité, de prospérité publique, bien différente de la prospérité individuelle ou domestique, qui dépend de la bonne conduite de chacun, et du plus ou moins d'aptitude à gérer ses affaires. Toutefois toutes les lois politiques ne sont pas également importantes à la stabilité de l'Etat, et il y a pour les Etats comme pour les particuliers des fautes vénielles et des fautes mortelles.

Ainsi, comme jusqu'à la révolution fran- ‘ çaise, ou plutôt européenne, les lois politiques fondamentales étaient à peu près les mêmes dans toutes les monarchies chrétiennes, il y avait dans toutes paix intérieure, stabilité,

Aussi dans tout Etat où les principes. des lois sont légitimes et conformes à la nature,

le pouvoir doit sans cesse avoir devant les

yeux cette parole du grand apôtre : Qui tenet, teneat, même des commentateurs appliquent à des circonstances PRE peut-être pas trèséloignées de nous. « Que celui qui tient le

ponton le retienne bien, » Mais il n’y a-que

e pouvoir constitué sur des lois légitimes !

et naturelles qu'il puisse retenir. La constituante, la convention, le directoire, l'empire lui- ro ont voulu certainement refenir le pouvoir, et ne l'ont pas pu. L’infortuné , Louis XVI l'aurait pu et ne l’a pas voulu.

M. Achille de Jouffroy demande si les ré- | | publiques Helvétiques ne sont pas des gou-

verhements légitimes. J'aurai l'honneur de : lui répondre, et la preuve en est sous ses :

yeux, que les cantons suisses sont dans la

chrétienté de grandes municipalités qui ont le

pouvoir civil auquel leurs sujets doivent cer-

tainement obéir; mais qui n'ont le pouvoir

politique que sous le bon plaisir des grandes puissances. Ils ont, comme autrefois, quel-

"ques" séigneurs dans leurs terres, moyenne

el basse justice ; mais la haute est ailleurs ;. et ce n’est que dans les sociétés tout à fait! indépendantes et qui n’ont pas hors d'elles!

mêmes la garantie de leur stabilité, que se!

montrent à découvert les vices ou les avanta- * ges.des institutions politiques.

Les Etats-Unis d'Amérique sont aujourd’ ré la seule république indépendante qu'il y ait au monde; et voyez comme à peine sortie du berceau, les partis la travaillent et son ambition tourmente ses voisins.

maxime très-politique, et que !

SE

prospérité; et ici je m'étonne que mon ad- h, versaire ait avancé que les diverses communions qui partagent la chrétienté, s’accusent

Les essais malheureux et répétés d’institu- Lu tions et de constitutions qu'on a faits en

France, pendant vingt ans et qu'on répète ac- :,

réciproquement de n'être pas chrétiennes.

I sait aussi bien que moi, que tous les peuples qui admettent ies dogmes de la nécessité du baptême et de la foi en Jésus-Christ sont chrétiens : c’est un point fondamental de notre croyance.

Ainsi, la légitimité des choses, c’est-à-dire des institutionset des lois politiques, estla première base de la stabilité des Etats, et la plus puissante sauvegarde de la légitimité des personnes ou des familles régnantes , car, si l’ordre a ses lois, le désordre a ses inévitables nécessités ; et, dans un Etat toujours agité et qui cherche à revenir à son principe naturel, ïl s'élève des hommes, il se développe des circonstances qui mettent en péril le pouvoir comme les sujets.

tuellement dans quelques parties de l” Europe, | dl ont dégoûté de bons esprits de toutes ces |

éxpériences, et ils en sont venus à croire que les hommes sont tout dans la société et que les"institutions n° y sont rien, et que la cons- | titution d’un Etat est indifférente, pourvu | que son administration soit ferme et habile.

Mais si les lois sont faibles, il faut que les hommes soient forts; et comme il ne s’en trouve pas toujours de cette trempe, : à la tôle des affaires, quand des désordres s 6e manifestent, la responsabilité des. événements pèse tout entière sur les. gouvernants qui se sont Chargés. d'un. fardeau au-dessus de leurs forces. Mais si ces hommes ajoutent leur

propre faiblesse “à la faiblesse des mstitu= +]

tions, el exécutent avec leurs: passions : des

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