PART. I, . POLITIQUE. — SUR L'EXPEPITION D'ESPAGNE
| lois faites avec des. passions,. alors. l'Etat. est en “péri, et l'agitation est d'autant plus grande, que la société fait plus d'effort pour | sortir de l'état contre sa nature, où on l’a | jetée.
| Il y a des états de société qui ne peuvent , souffrir la médiocrité des vues et des talents, ou des vertus; il en est d’autres qui n’ont pas : le même besoin d'hommes supérieurs, et qui semblent, comme disait un grand Pape, gou- : vernés par la Providence, au moins tant qu’on la laisse faire.
Je ne sais si Messieurs du Constitutionnel et - des autres journaux de la même couleur prendront avantage de ce que je dis ici; ils l'ont fait, à ce qu’on m’assure, de mon article sur la Grèce ; M. Achille de Jouffroy n'aurait pas dû s’en scandaliser. Il est assez naturel que les combattants mal armés prennent des armes partout où ils en trouvent et les accommodent à leur usage ; autant est arrivé à Bossuet, à Fénelon, à Massillon et à tous les moralistes qui ont traité des devoirs des rois, des passions des grands, des vices des cours, des besoins et des malheurs des peuples. Et quel parti n'ont pas tiré, même de l’Ecriture sainte, les réformateurs da xv° siècle, à l'appui de leurs innovations? Les écrivains Hbéraux ne manquent ni de correction, ni d'élégance ; tous les artifices du style leur sont familiers, et surtout l hyperbole, le sophisme. et le. sarCasme Mais ce ne sont là que les formes de l'esprit, et ils n’en ont pas le fonds, car ils se sont tous, et même les plus habiles, toujours. trompés et se trompent encore; et leurs opinions politiques ne sont que les chimères de l'ambition, les vœux dé Ta haïné ou les rêves de l'ignoni
rance. Ils ressemblent à ces hommes qui, avec tous les dehors de la vigueur et de la santé, sont atteints de quelque vice organique, et restent toujours faibles et valétudi-
naires. nl
La vertu resterait muette et captive, si elle craignait l'abus que l’erreur peut faire de ses paroles. C'était assurément un faible philosophe que celui qui disait qu’il se garderait bien d'ouvrir Ja main, si elle était pleine de vérités ; il avait raison, s’il voulait parler de vérités sur les personnes, qui ne sont le plus souvent que des conjectures et qu'on ne doit qu’à ceux qui les demandent. Mais les vérités sur les choses ne sont jamais intempestives ; la société en à toujours besoin et, dans ce moment, TEurope rougle, si jé peux ainsi parler, au feu des révolutions. t tout entière remise sur l’enclume et sous le marteau, l’Eur'ope 1 ne périt que faute de les connaître. Je n'ai donc pas trop redouté l'abus que les uns feraient de mes paroles, ni trop espéré de l'usage que les autres pourraient en faire.
L'erreur et la vérité partent quelquefois d’un principe commun et marchent même parallèlement dans leurs applications, mais elles divergent prodigieusement dans leurs conséquences ou leurs effets, et c'est alors qu’on peut les distinguer l’une de l’autre.
Je résume tout ce que j'ai dit, et j'ose même avancer comme un axiome, et même e le pre-
mier de la science de la société, sur lequel je |
serai d'accord même avec M. Achille de Jouffroy, que je me félicite d’avoir eu pour adver-
saire, que S'ilN'y à pas de vérités absolues, il.
ne peut y avoir de législation raisonnable.