PART. I. POLITIQUE. — SUR L'EXPEDITION D'ESPAGNE
prévu les conséquences qui doivent résulter pour la religion des événements présents :
mais comme on ne doute pas aujourd’hui des heureux effets en politique que l’Europe a reurés de ces anciennes expéditions, il est permis d'espérer que l'avenir aussi verra les fruits abondants que la religion retirera de cette nouvelle croisade; et je ne crains pas d'assurer querles princes chrétiens réclameront avant peu de la puissance ottomane le libre exercice de leur antique droit de patronage et de protection sur les lieux saints. Au reste, au xix° siècle, comme au xI°, ce sont les peuples qui ont excité les rois, plutôt que les rois n’ont excité les peuples, et rien à mes yeux ne prouve davantage l’action immédiate dé la Providence qui, pour sauver les peuples, n’a pas toujours besoin des rois, et gouverne pendant les interrègnes.
Le mahométisme et le jacobinisme ont donc été et sont encore les ennemis publics et déclarés du nom chrétien. La puissance des Turcs est connue et peut être déterminée par l'étendue de leur territoire, de leur population, de leurs richesses, de leurs alliances. Un seul élément de leut force reste inappréciable et c'est le plus dangereux, c’est un anatisme toujours le même et qu'il faut toujours prendre en sérieuse considération. Cet élément aussi se retrouve au plus haut degré dans le jacobinisme dont la puissance ne peut être évaluée. Ces sociétés secrètes, véritables puissances de ténèbres, règnent sur les esprits qu’elles ont aveuglés, et qui pourraient compter le nombre de leurs sujets ou plutôt de leurs victimes ?
Quoi qu’il en soit, ces deux ennemis se ressemblent et se rapprochent plus qu'on ne pense, et il n’est permis de l’ignorer qu'à ceux qui ne voient entre les peuples de différences ou de ressemblances que celles du langage, des vêtements ou des usages, et ne vont pas plus loin. Ce qui distingue les peuples entre eux et les fait ce qu'ils sont, ce sont les dogmes qu'ils professent ; et entre les deux/peuples mahométan et jacobin , les dogmes sont les mêmes. C'est de part et d’autre le déisme grossier chez les Orientaux, subtil et poli chez les Européens, et avec cette différence néanmoins que les Turcs, point du tout athées, parce qu'ils n’ont pas l'esprit assez faussé par la philosophie, pour tirer cette dernière conséquence de leur déisme,
‘sont en même temps un peu plus chrétiens
que nos jacobins, puisqu'ils vénèrent comme un grand prophète Jésus-Christ dont nos déistes ne font qu'un philosophe, et ceux-ci
séparent avec-opiniâtreté la politique de la religion pour les accabler plus sûrement toutes deux; tandis que les Turcs, dans leur gouvernement théocratique à leur manière, ont intimement lié l’un à l’autre, et c’est à cette union que leur empire a dû sa longue durée.
Du reste, le divorce chez les uns, la polygamie chez les autres, sont une seule et même chose qui ne diffère que comme l'actuel diffère de l’éventuel. Si ceux-là croient à la fatalité, ceux-ci ne parlent que du destin, et, pour compléter la ressemblance, les uns et les autres méconnaissant la Divinité des Chrétiens, réellement présente à la société, et sa doctrine céleste, cherchent dans un homme un objet présent et sensible qui puisse recevoir leurs hommages, et dont les opinions soient la règle de leurs croyances; et ils se prosternent devant Mahomet, Voltaire ou tout autre, les croient ou peu s’en faut, aussi inspirés l’un que l’autre, et font de leurs écrits leur Code et leur Evangile. Cette identité des musulmans et des déistes n’a pas échappé à de bons esprits; Leibnitz et d’autres l'ont remarqué, et Luther, un des fondateurs des nouvelles doctrines, avait pris les Tures sous sa protection, au fort de leurs conquêtes en Hongrie,
Il semble que les événements se soient
chargés de dévoiler les secrets rapports qui existent entre ces deux ennemis du christianisme. La haine des Tures contre tes Chrétiens s’est rallumée au feu de l'incendie que les jacobins ont allumé en Europe; et les uns les égorgeaient en Grèce, comme les autres en Espagne. Il est vrai que les Grecs ont levé les premiers l'étenGard de la révolte, et l’on a cru en Europe que c'était à l’instigation de nos libéraux, mais quand cela serait, ce n'etait pas assurément par zèle pour le christianisme que nos révolutionnaires prenaient le parti des Grecs, mais uniquement pour détourner sur l'Orient l'attention des puissances alliées, et compromettre la Russie avec les Turcs, qué de secourir de leurs intrigues, de leur argent, de leurs émissaires et de leurs poignards. Les puissances alliées ont senti le piége et pour n'être pas troublées dans leurs projets de guerre contre nos révolutionnaires, elles ont négocié” avec les Turcs, dont elles ont, ou peu s’en faut, reconnu même la légitimité de domination sur un peuple chrétien. Ce serait aller un peu loin, s'il fallait prendre la chose au sérieux, puisque ce serait mettre l’islamisme au niveau de la chrétenté, et le Coran sur la même ligne politique que l'Evangile.