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LETTRE AU RÉDACTEUR DE LA QUOTIDIENNE

(49 octobre 1824.)

La Quotidienne, dans son numéro du 3 octobre, a observé avec raison qu'il conviendrait de faire disparaître des nouvelles monnaies tout ce quirappelle des souvenirs qu’il faut effacer.

C'était aussi pour effacer des souvenirs,

bien plus que pour établir le système décimal que Bonaparte substitua sa monnaie à celle de nos rois, en faisant frapper des napoléons d’or de vingt franes et de 40 francs à la place des louis d’or de 24 et de 48 livres. v

La Quotidienne pense que sans rien changer au système décimal (dont au reste la supériorité sur l’autre a été contestée) on pourrait frapper des pièces d’or de 25 ou de 50 fr., qu'on appellerait des carolus, dénomination monétaire déjà connue en France. Quand l’argent, et par conséquent les affaires se multiplient dans un pays, il y a de l'avantage à faire des pièces d’or d’une plus grande valeur.

effacer, il y a eu aussi des pensées et des sentiments à rappeler, et la nouvelle fabrica-

tion des monnaies peut permettre un chan-*

gement plus important. La

Jadis on lisait sur les écus de six livres : si

nomen Domini benedictum, et sur les louis :

Christus regnat, vincit , imperat. Fils et héri-

tier de la révolution qui voulait établir le déis-

me sur les ruines du christianisme, Bonaparte

l’introduisit dans les monnaies et substitua à : à la divinité |

cette profession de foi publique à

de Jésus-Christ, la légende orgueilleuse :?

Dieu protége la one et sa chute en fut la

meilleure preuve. <

Il serait digne du roi très-chrétien et du prince religieax que la Providence à placé sur le trône de revenir à nos anciens et chrétiens usages, et d’inaugurer son nouveau règne en faisant servir le signe le plus sensible et le plus familier de la puissance royale, de reconnaissance publique de la royauté de

Mais s'il y a en France des souvenirs à Celui par qui règnent les rois.

qu'ils n'auraient pas man-

PART. H, POLITIQUE, — SUR LES JUIFS

Février (1806.)

Depuis assez longtemps les Juifs sont l’objet de la bienveillance des philosophes et de l'attention des gouvernements.

Dans ces divers sentiments, il entre de la philanthropie, de l'indifférence pour toutes les religions, et peut-être aussi un peu de vicille haine contre le christianisme, pour qui l’état des Juifs est une preuve qu’on voudrait faire disparaître.

Ces dispositions, pour ou contre les Juifs, sont plus sensibles en Allemagne, où les Juifs se sont extrêmement multipliés, à la faveur de plusieurs causes politiques et religieuses ; et sans doute aussi que ce peuple voyageur, dans sa marche insensible de l’Asie vers l’Europe, a dû s’arrêter d’abord aux contrées européennes plus voisines de l'Orient et des lieux qui ont été son herceau.

Ce qu'il peut y avoir des vues secrètes de quelque parti dans les réclamations en faveur des Juifs, doit aussi trouver les esprits mieux disposés en Allemagne, où des opiuions déjà décréditées parmi nous auront cours encore pendant un siècle; car il en est dans ce pays des opinions qui ont vieilli en France, à peu près comme des écus au soleil de Louis XIV, qu'on y retrouve dans la circulation, et qu’on ne voit plus en France que dans les cabinets des curieux.

Quand je dis que les Juifs sont l’objet de la bienveillance des philosophes, il faut en excepter le chef de l’école philosophique du xvin* Siècle, Voltaire, qui, toute sa vie a montré une aversion décidée contre ce peuple infortuné. Elle lui attira même, de la part d’un savant qui prit le nom des Juifs portugais, et en soutint le personnage avec

beaucoup de politesse, d'esprit et d’érudiù tion, une réponse mortifiante, et que Voltaire supporta très-impatiemment. Il est probable que cet homme célèbre ne haïssait dans les Juifs que les dépositaires et les témoins de la vérité de la révélation qu’il avait

juré d’anéantir. Ce qui le prouverait est que dans le même temps il avait rêvé le projet de rebâtir le temple de Jérusalem, éternei objet des vœux et des regrets des Juifs. On sait qu’il voulut intéresser quelques souverains à cette entreprise insensée, et même inutile à l’objet qu’il se proposait ;- car les oracles divins, qu’il voulait faire mentir, prononcent la destruction totale du temple, et ne disent rien sur sa reconstruction; et Voltaire judaïisait Ini-même, en ne voyant pas que c’est le rétablissement du eulte mosaique, figuré par le temple, qui est incompatible avec l'existence de la religion chrétienne, plutôt que la restauration matérielle d’un édifice auquel aucun intérêt ne peut plus s'attacher,

Quoi qu’il en soit, dès 1783, l'académie de Metz proposa au concours la question de l’amélioration du sort des Juifs, Je ne sais quels furent les termes précis du programme ; mais il esi permis de conjecturer, d’après la tendance des idées de ce temps, qu'il y était beaucoup plus question d'améliorer la condition politique des Juifs, que de changer leur état moral, et de les améliorer eux-mêmes. Le grand livre en politique et en morale nous dit : « Cherchez premièrement la justice, et les autres choses vous seront données comme par surcroît. » La philosophie économiste qui dominait alors renversait cette maxime, et disait à peu près aux gouvernements : « Cherchez premièrement à rendre vos peuples riches, et même souverains; et la morale et la vertu viendront ensuite comme d’elles-mêmes. » C’est par cette même disposition qu’on s’occupait beaucoup plus à rendre les prisons saines et commodes, qu’à diminuer les causes qui les remplissaient de malfaiteurs, et que l’opinion donnait à l’ouvrage anglais, De la richesse des nations, une vogue bien au-dessus de son mérite réel, et que n’aurait certainement pas obtenue un ouvrage bien plus mo-

(1) Plusieurs articles sur les Juifs, insérés au Publiciste, ont donné lieu à celui que le lecteur a

sous les yeux.

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ral qui eût paru sous le titre : De la vertu des nations.

Enfin la philosophie, lasse de ne régner que dans la littérature, prit les rênes du gouvernement politique en France, ou plutôt en Europe, que la France a toujours dominée par ses armes, ses opinions ou ses exemples; et elle put donner un libre essor à ses projets de perfectionnement et de bienveillance universelle. Les Juifs furent les premiers objets deses affections philanthropiques ; et l’assemblée constituante, forçant toutes les barrières que la religion et la politique avaient élevées entre eux et les Chrétiens, appela les Juifs à jouir des bienfaits de la nouvelle constitution qu’elle croyait de bonne foi donner à la France, et provisoirement les déclara citoyens actifs de l'empire français : titre qui, avec la contemplation des droits de l’homme, nouvellement décrétés, était alors regardé comme le plus haut degré d'honneur et de béatitude auquel une créature humaine pût prétendre!

Jusqu’alors les Juifs avaient joui en France des facultés générales dont les gouvernements civilisés garantissent aux hommes le libre exercice, et qui étaient compatibles avec la religion et les mœurs d’un peuple en guerre ouverte avec la religion et les mœurs de tous les peuples. Les Juifs étaient protégés en France dans leurs personnes ct dans leurs biens, comme les régnicoles, comme les étrangers, comme les Suisses, moins étrangers à la France que les Juifs ; et hors le service militaire, que les Juifs n'étaient pas jaloux de partager, et qui même, pour les Suisses, était plutôt une condition imposée à la nation helvétique par des traités, qu’une faveur accordée aux individus, je ne vois pas que les Suisses, qui n'étaient en France, ni magistrats, ni administrateurs,

(1) Extrait de la Quotidienne, juillet 1818.— « On trouve partout des hommes dont les perfides secours causent la ruine de ceux qui ont la faiblesse d'y recourir; mais on ne voit nulle part ailleurs qu'en Alsace, une partie de la population spécialement adonnée à cet infàme trafic d'argent, dressant des piéges de toute espèce à la bonne foi, à la crédulité, à l'inexpérience, offrant de funestes facilités à celui qui veut emprunter pour se tirer d’un léger embarras, et ne quittant le malheureux, une fois qu'il est engagé, que lorsque sa fortune Lout entière est envahie. Ceux qui ont vu l'Alsace avec sa belle culture, ses beaux villages, sa superbe population, s’'étonneront du tableau que l’auteur d’une brochure intitulée : Quelques idées sur l'usure des Juifs d'Alsace, à tracé. On ne croirait pas la plupart des faits contenus dans cette brochure, si l’on n'avait pour autorité les vives instances des conseils géné-

raux des deux départements, et le témoignage de leurs députés : il paraît qu'iln’est question de rien

ni ecclésiastiques, ni même par le fait propriétaires, jouissent, en vertu des lois, de beaucoup plus de droits que les Juifs. On peut même remarquer que tous les gouvernements chrétiens accordaient aux Juifs, partout où ils étaient établis, le libre exercice de leur culte, qu’ils refusaient souvent à leurs propres sujets qui n'étaient pas de la religion dominante. Mais les Juifs étaient repoussés par nos mœurs, beaucoup plus qu’ils n'étaient opprimés par nos lois. Des souvenirs religieux, naturels à des Chrétiens, les poursuivaient plutôt que des considérations politiques; et l’assemblée constituante faisait à leur égard, comme au nôtre, la faute énorme et volontaire de mettre ses lois en contradiction avec la religion et les mœurs, appelant de tous côtés les résistances pour les combattre, et provoquant toutes les irritations pour avoir un prétexte de déployer toutes les rigueurs.

Mais ce n'était pas seulement l'exercice des facultés naturelles des sujets d’une monarchie, que le décret de l’assemblée constituante permettait aux Juifs. Ils devaient bientôt, comme citoyens actifs, être appelés à la participation du pouvoir lui-même, que l'assemblée jetait au peuple, comme les largesses qu’on lui fait aux jours de fêles sur les places publiques, et qui, disputées un moment par les faibles, sont bientôt ravies par les plus forts. Cependant ce décret, confondu dans la foule des autres décrets d’un intérêt plus direct pour le grand nombre des Français, fut peu remarqué en France, où il n'y avait proprement de Juifs que dans une province demi-allemande, et située à l'extrémité du royaume. Nul doute que si les Juifs eussent été aussi nombreux dans les autres provinces qu’ils l'étaient en Alsace (1), les amis des Juifs n’eussent eu tôt

moins que d’un bouleversement total] des propriètes en Alsace, si toutes les créances des Juifs devenaient exigibles. L'assemblée constituante ellemême, malgré la ferveur de son libéralisme, rendit, dans une circonstance beaucoup moins urgen- Le, un décret dont le désastre des temps empêcha l'exécution, pour obliger les Juifs d'Alsace à fournir des renseignements sur leurs créances, pour être statué ce que de droit, par le corps législatif, sur le mode de liquidation le plus sage. Un décret de 1808 a annulé une partie des mêmes créances, el suspendu l'exigibilité des autres. Le même décret admettait en quelque sorte les Juifs d'Alsace à l'essai, pour les mettre au rang des autres citoyens, et au bout de dix ans, c’est-à-dire en l’année présente, les dispositions de ce décret devaient être renouvelées s'ils ne s'étaient pas accordés. Les Juifs de Bordeaux, et des départements de la Gironde et des Landes, étaient formellement exceptés, »

FART, HN.

ou tard à se reprocher, comme les amis des noirs, la précipitation avec laquelle ils appelaient à la liberté, qui alors était la domination, un peuple toujours étranger, là même où il est établi; et qui avait aussi à - venger l’irrémissible offense d’une longue proscription. Je ne rapproche pas les personnes, mais je compare les passions; et la cupidité, qui attente par les moyens de ruse à la propriété d'autrui, est sœur de la férocité, qui attente à la vie par la violence. Les Juifs, s'ils eussent été partout répandus en France, unis entre eux comme tous ceux qui souffrent pour une même cause, et d’intelligence avec les Juifs étrangers, auraient fait servir leurs richesses à acquérir une grande influence dans les élections populaires, et auraient fait servir leur influence à acquérir de nouveïles richesses. Je erois que, jusqu'à présent, plus pressés de s’enrichir que de dominer, ils ont réalisé en partie cette conjecture, en employant leurs cepitaux à de grandes acquisitions. -

Mais que pouvaient être des considérations de prudence, de politique, de prévoyance, pour un parti de qui chaque jour la raison reçut un démenti, la morale un affront, la justice un outrage; qui semblait avoir pris la société à détruire, comme des ouvriers prennent un édifice à démolir, et qui poursuivait cette funeste tâche avec toute la violence que laisse aux passions l’état sauvage, et tout l’artifice que l'esprit acquiert dans Pétat civilisé ?

Cependant il s'était passé en Alsace, quelques années auparavant, un événement qui aurait dû inspirer un peu plus de circonspection à ces législateurs inconsidérés.

Vers les années 1777 ou 1778, les cultivateurs d'Alsace, accablés alors, comme ils le sont aujourd'hui, par les exactions usuraires des Juiis, avaient tenté, dans leur désespoir, un moyen illégitime de s’en affranchir: et un habile faussaire avait, à ce qu’il paraît, parcouru la province, et muni de fausses décharges un grand nombre de débiteurs.

Sans doute les Juifs redoutèrent les tribunaux d’un pays où ils étaient en horreur, où peut-être le grand nombre d’affaires du même genre rendait le recours à Ja justice ordinaire trop lent et trop dispendieux.

Quoi qu'il en soit, les créanciers préférèrent de porter leurs plaintes à l'autorité supérieure, et l’on peut croire que les arguments trrésistibles dont les Juifs onf toujours les

Œuvres compr. DE M, DE Bonxaun. II.

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