‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 197 sur 306 · SUR LES CIRCONSTANCES PRÉSENTES · texte numérisé non relu

SUR LES CIRCONSTANCES PRÉSENTES

(Conservateur, octobre 1819.)

L'auteur de cet article disait il y a plusieurs années, en terminant le discours préliminaire de la Législation primitive : « La révolution à commencé par la déclaration des droits de l’hornme, et elle ne peut finir que par la déclaration des droits de Dieu. »

Rien de ce qui est arrivé depuis cette époque. n’a dû fui faire changer de sentiments, et il suäit de réfléchir à la nature des troubles qui agitent la société, à la tendance des Opinions qui s’y mauifestent, au caractère particulier de quelques événements qui s’y

(1) I s'agit du congrès de Vicnne en 1815.

sont passés, pour être convaincu que la maladie qui travaille depuis si longtemps l’Eu-rope est beaucoup plus religieuse que politique, ou plutôt qu’elle n'attaque le corps politique que pour détruire la société religieuse.

C’est là l'esprit du siècle, et c’est l'esprit

du siècle, parce que ce siècle est le siècle de

l'esprit, de cet esprit de l’homme qui est au plus loin de l'esprit de la-sociélé, de cet esprit des petites choses et des petits intérêts, essentiellement ignorant, et par conséquent

cnnemi de tout ce qui est élevé, absolu, général, dans les pensées, les devoirs et les intérêts.

La sociélé qui commence, comme commence l’homme lui-même par ses développementis physiques, sera troublée par la violence et l'excès ou l'abus de la force:

mais une société adulte et formée, qui, parvenue au terme de son accroissement physique, a cultivé les arts de l'imagination et de la pensée, ne peut être sérieusement troublée que par des doctrines et par l’abus .wtde l'esprit. C’est Ià que nous en sommes.

Jesais que des esprits qui se croient forts,

| parce qu’ils sont opiniâtres et passionnés,et | fines de préjugés, parce.qu'ils.sont.vides de pensées.et de connaissances, des esprits ivres de faux savoir, et qui en ont tout l'or- : gueil, toute la sécheresse et toute la pédan- . terie, croiraient s’abaisser au niveau du vul- . gaire s'ils croyaient à une religion qu'ils n'ont pas faite, ou approuvaient un gouvernement qu'ils n’ont pas eux-mêmes constitué; ils.ne voient.de, liberté, en religion comme en politique, que dans une indépendance de pensées qui n'est, à vrai dire, que l'état d’ un esprit qui ne sait d'où il part, ni où il va, nice qu'il veut, et qui prend l’inquié-

tu le de la faiblesse pour ( des avertissements

du génie. Nos nouveaux docteurs nous ont donné, comme des lois et des doctrines, les rêves de leur orgueil, et parce que nous les rejetons, et que nous ne pouvons yplier nos esprits et nos habitudes, ils disent que nous ne sommes pas mûrs encore pour des lois si parfaites, tandis, au contraire, que nous ne les repoussons que parce qu’elles sont faibles et fausses et trop en arrière de notre intelligence. Mais heureusement ces faibles

esprits, ces esprits d’entre deux, comme Jes. appelle Pascal, qui troublent le monde, ne

sauraient Je gouverner, et il est du devoir de ceux à qui la direction en a été confiée, . de le gouverner sans eux et malgré eux.

L'Europe va donc encore une fois réunir ses chefs pour délibérer sur ses destinées, et, comme après un grand combat, elle pourra compter. ses blessures. Elles sont nombreuses et profondes. Les puissances, trompées par les révolutionnaires, ont cru que Bonaparte était toute la révolution et l’avoir terminée en le détrônant. Elles n'ont fait au contraire qu'écarter la main de fer qui la comprimait, que démuseler le monstre qui s’est relevé, fort de ce que la restauration lui a rendu. et de tout. ce que Bona-

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