PART. JL POLITIQUE. — SUR LES C:RCONSTANCES PRESENTES
ge2 parte ne Jui avait pas Ôté, La révolution est rentrée en France, comme le démon de l’Evangile rentre aux lieux d'oùil était sorti, accompagné de septautres esprits plus méchants que lui (Matth. xn, k5), et je crois que nous pourrions les compter et les nommer. Bonaparteavaithérité de laforce dela révolution et fait servir à ses desseins les passions qu'elle avait déchaînées. La révolution, à son tour, a héritéde Bonaparte et des regrets qu'il a laissés à tant de vanités, d'ambitions et de cupidités. Bonaparte voulait asservir le monde à la force des armes, la révolution veut l’asservir à ses doctrines. L'Europe a résisté aux armes de Bonaparte, parce qu’elle a opposé des armées plus fortes à ses armées ; elle a succombé aux doctrines de Ja révolution, parce qu'elle ne sait pas leur opposer de meilleures et plus fortes doctrines, et qu’elle n’est pas encore persuadée que tout, absolument tout est faux et absurde dans les doctrines religieuses et politiques de la ré- ; volution.
Il y a trente ans qu’on aurait pu soupçonner quelques gouvernements de susciter des embarras intérieurs à leurs voisins. On mettait alors de l'intrigue dans la politique, au lieu d’y mettre de la morale, et les hommes d'Etat, qui avaient sans cesse à: la bouche le mot d'équilibre politique, ne s’apercevaient pas qu'ils le rompaient au détriment de tous en excitant chez quelquesuns les passions populaires. Je crois que les gouvernements ne jouent plus aujourd'hui à ce jeu périlleux qui a coûté trop cher même à ceux qui y ont été les plus habiles ou les plus heureux, et lorsque tous ont l’incendie à leurs portes, ils ne peuvent guère atliser le feu chez les autres; mais le gouvernement français, qui, plus réx cemment et plus violemment attaqué de la fièvre révolationnaire, avait plus de motifs de la redonter, a pris de si étranges moyens pour s’en défendre ; il a montré depuis l’ordonnance du 5 septembre une si honteuse complaisance pour les doctrines et pour les hommes de la révolution, même les plus notoirement coupables; il a si imprudemment repoussé les vives affections des royalistes pour n’opposer au fanatisme exalté des républicains et aux regrets désespérés des bonapartistes, que les tièdes et douteuses Opinions de ses partisans; il a donné enfin de tels scandales, qu’il peut être légitimement accusé, même par les plus indulgents, d'avoir réchauffé dans son sein les
germes ce cette contagion qui menace de se répandre sur toute l’Europe.
Je sais bien ce que notre gouvernement pourrait répondre, et combien de fausses mesures prises aux deux restaurations et depuis, ont rendu difficiles sa position et la nôtre. Ces mesures, il pourrait les rejeter sur ceux qui, persuadés que la France ne pouvait guérir par ses propres fortes, sont venus lui prêter un secours qu’elle a payé assez Cher pour qu'il eût dû être efficace et extirper lé mal jusqu’à la racine.
J'entends déjà crier à l'indépendance nationale, et ceux qui font le plus de bruit sont les hommes qui voudraient asservir et opprimer leur nation et l'Europe, comme leurs prédécesseurs l'ont fait en 1793, et ne pardonnent pas aux étrangers d’avoir empêché ou retardé l'exécution de ce projet.
Mais il faut apprendre aux ignorants qui les croient sur parole que le jour où le mot d'équilibre politique entre toutes les puissances a été prononcé paur la première fois, il n’y a plus eu d'indépendance absolue pour aucune d'elles; que toutes, formant ensemble le grand corps de la chrétienté, sont devenues solidaires les unes envers les autres de leur existence commune, sous les mêmes lois ou les mêmes conditions générales d'ordre et de paix, et qu’il n’est pas plus au pouvoir d’une société puissante et continentale de se constituer aujourd’hui en démocratie ouverte ou déguisée, et de rompre par là l'équilibre politique, en jetant de son côté dans la balance le poids immense des passions populaires propres à cette forme hostile et turbulente de gouvernement, qu’il ne serait au pouvoir d’une d’elles de tarir ou de détourner les fleuves qui sortent de chez elles et coulent chez ses voisins, ou qu'il ne serait au pouvoir d’une famille placée au milieu d’une ville d'introduire dans sa maison une maladie contagieuse ou de recéler un magasin à poudre.
- Et certes il serait temps que les chefs de la chrétienté, défenseurs et conservateurs de toute la civilisation du monde, éclairés sur leurs devoirs et sur les véritables intérêts des peuples confiés à leurs soins, sentissent la nécessité de réunir leurs efforts pour repousser des frontières du monde civilisé cette horde accourue des contrées étrangères à tout ordre, à toute justice, à toute vérité, et condamnées à une nuit éternelle. C’est une nouvelle et dernière invasion des Barbares, mais avec cette différence que les premiers,
°64 de mœurs simples quoique guerrières, fidèles encore aux inspirations de la nature, portèrent en Europe la monarchie, et y reçurent la religion chrétienne, et méritèrent d’être les pères et les fondateurs de notre belle Europe, et que les autres, l’esprit faux, le cœur gâté, oppresseurs des esprits et des mœurs, bien plus que les Huns et les Vandales ne l'étaient des arts, ignorants ennemis de toute société divine et humaine, viennent détruire en Europe toute monarchie et toute religion, et en ont, pendant quelques années, réduit la plus belle partie à l’état le plus honteux, îe plus sauvage et le plus malheureux de l’existence humaine, comme pour avertir les souverains du sort qu’ils préparaient à leurs peuples.
Jamais la noble et grande idée de la république chrétienne n’a dû frapper plus vivement les esprits et occuper plus sérieusement les cabinets que depuis que cette république de l'enfer, l’athéisme, avec ses horribles conséquences, menace d’envahir et de dissoudre tous les pouvoirs légitimes. I n'est plus question, pour les souverains, d'ajouter quelques lieues carrées à des Etats déjà trop étendus; ils ont tous, et même les moins puissants, plus d'hommes qu’ils ne peuvent en gouverner : c’est la monarchie, la religion, la morale, la justice, les nations et les familles qu'il faut défendre; c'est la civilisation tout entière, avec ses lumières, ses vertus et ses bienfaits, qu’il faut sauver; c’est leur propre indépendance qu'il faut maintenir contre de prétendus indépendants, et avec elle l'indépendance des sociétés, qui n'est autre chose que l’indépendance de leur pouvoir. Cette réunion des souverains, pour défendre l’Europe de cette invasion de Barbares policés, est même le dernier et sublime effet de la civilisation, le plus haut point du progrès politique de l'esprit humain, et le complément de tout ce qu’une politique éclairée et conseillée par la religion a fait depuis tant de siècles ÉRur
le bonheur de l’humanité.
Il faut le dire, la grande plaie de l’Europe est l'indifférence des gouvernements pour la
religion, ou les craintes surannées qu’elle
leur inspire; sentiments qui deviennent chez le peuple haine et mépris de l'autorité
religieuse, et bientôt de toute autre autorité. ” f | [Foi | Let 1 (1
La religion est la source du pouvoir et la règle des devoirs : aussi voyez comme tout aujourd’hui, pouvoir et devoir, est déplacé.
Le pouvoir est partout, les devoirs nulle part,
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et les rois ne semblent plus gouverner que par interim, et les peuples obéir que par complaisance; et lorsqu'on secoue le joug de l'autorité religieuse, qu’on ne compte pas sur les hommes pour remédier à de si grands ag les bowimes ne sont re rien : :
propres opinions, qu' ils ont fait un dogme de Ta liberté indéfinie de penser et d'écrire,
| Jiberté qu’on n’eût eu garde de demander ou
d'accorder, lorsqu'on avait une juste idée de l'influence de l'esprit humain, et qu’on nous permét äujourd'hui, comme à des enfants dont les paroles sont sans conséquence et
| ne méritent aucune attention.
— Les hommes, je le répète, ne sont plus
rien; ils ont abusé de tous les dons de l’esprit, ils ont tout usé jusqu’à la gloire, et tous les avantages humains ont perdu leur crédit sur les esprits; et cependant il n’y a jamais eu en Europe de plus forts et de meilleurs esprits. Tous (et ceci est digne de remarque), tous zélés défenseurs des principes conservateurs des sociétés, tous ennemis déclarés de cette anarchique et séditieuse philosophie, tous combattent pour les institutions naturelles contre les institutions factices. Je ne parle pas des écrivains francais, ils sont assez connus; mais chez les étrangers, en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Allemagne, les de Maistre, les Burke, les Haller, les Gentz, ont publié des écrits où les plus hautes vérités s'unissent aux plus nobles sentiments, Qui ne connaît les belles Considérations sur la révolution française, par le comte de Maistre? L'ouvrage récent de M. de Haller, digne héritier d’un nom fameux, sur la science de l’homme d'Etat, écrit en allemand, gagne jusqu'aux universités, et est enseigné à Vienne et à Gœættingue par de célèbres professeurs. Ces lumières cependant n’éclairent pas encore les gouvernements qui ,s’obstinent à suivre d'autres guides : et quels guides! Je croirais, si je les nommais, déroger à fa gravité de cet article. Le talent a donc perdu sa puissance, même dans le siècle de l’esprit, et il faut revenir à une autorité indépendante «les hommes à la suite, autorité que la société ne puisse rejeter sans que les dernières calamités ne viennent la punir de l'avoir méconnue.
, Et qu’on ne pense pas que le souverain
) Maître des mondes ait besoin de suspendre
[les lois de la nature physique, ou de boule-