SUR L’ESPAGNE ET LA LOI SALIQUE
de vos jugements ; que la loi que vous avez faite s'exécute. Alors Madame retournera aux lieux d’où elle est venue, en quittant la France, où elle n’a répandu que des bienfaits, et où elle n’aura trouvé qu’un assassinat pour son époux, un exil pour son fils, et pour elle une prison : elle y laissera ce qu'elle a de plus cher au monde, le tombeau du père et les droits du fils!
(Extrait du Rénovateur, 4 juin 1833.)
Au milieu de toutes les erreurs politiques dont nous sommes les témoins et les victimes, la sage, la grave, l’héroïque Espagne veut donner l’exemple de la plus funeste,
et, dans les circonstances où se trouve la
société européenne, de la plus extraordinaire de toutes les erreurs. Le gouvernement met en question l'abolition de la loi la plus fondamentale de la société monarchique, la Ici qui appelle les mâles au pouvoir, à lexclusion des femmes, de la loi salique, en un mot, que la France a donnée à l'Espagne comme le premier gage de son alliance et le prix de la couronne qu’elle en a reçue.
Qui aurait pu croire que l'Espagne, en butte depuis si longtemps à toutes les haines révolutionnaires, oserait faire ce changement de front en présence de ses nombreux ennemis et des ennemis de tous les trônes?
La loi dé la succession féminine a pu convenir dans les premiers temps, et dans quelques conjonctures extraordinaires, lorsque les peuples pouvaient la regarder comme un
obstacle à l’usurpation des pouvoirs encore
peu affermis et une garantie de plus de la régularité de succession dans les royautés naissantes.
Cette révolution (car c'en était une), où l’on ne pourrait s'empêcher de voir des prédilections naturelles et des faiblesses conjugales, ne prouverait que trop la dangereuse disposition des princes à préférer les affections domestiques et les petitesses bourgeoises à la dignité, à la stabilité, aux devoirs du trône, et cependant l'Espagne a eu moins que toute autre nation à se féliciter de l'empire et de l'influence des reines.
Est-ce qu’elle. est. lasse d’être gouvernée par des rois nés et élevés dans son sein, et aspire-t-elle à passer sous la domination de
princes étrangers et à donner ainsi à son alliée naturelle ét à sa bonne sœur de France de dangereux voisins ?
Ne voit-elle pas tout ce que la loi salique, fidèlement observée, a donné à la France de force, de stabilité, de tranquillité; et tout ce que la loi contraire a accumulé en Angleterre de désordres et de révolutions ?
Que l'Angleterre la conserve, puisqu'elle y règne depuis si longtemps, cela se conçoit, et plus que toute autre nation, elle redoute des changements même pour le mieux ; mais que l'Espagne la reprenne après une si longue interruption, c’est ce que l’on ne saurait expliquer et ce qui serait pour ses conseils : une honte éternelle.
Ce changement aurait quelque chose de si imprévu dans le temps présent et au milieu des circonstances où se trouve l’Europe et, en particulier l'Espagne, qu’on est tenté d'y soupçonner quelque autre motif qu'une aveugle tendresse pour un enfant, ou des divisions domestiques, et d’en rejeter la pensée sur quelque combinaison politique qu'on.
ne peut approfondir.
Ce mode de succession serait funeste à.
l'Etat qui l’adopterait, lorsque la branche régnante, finissant sur la tête d’une fille, laisserait en dehors les branches cadettes à qui la couronne appartiendrait par droit de naïssance, et devrait appartenir par droit de succession, et qui ne se verraient pas sans dépit et sans jalousie déshéritées toutes vivantes par un étranger, sorte de conquérant qui ferait perdre à une nation sa nationalité.
Ce mode de succession est encore dangereux pour le repos général de la société , qu'il peut remplir de princes détrônés qui vont partout cherchant des pouvoirs à occuper.
Les familles doivent monter et ne jamais descendre.
C'est ce qui serait arrivé en Angleterre, si, mariée à un prince allemand, la princesse uaroline eût vécu; c’est ce qui arriverait encore à l'accession de la princesse Victoire, à l'exclusion de ses oncles et de ses cousins ; et c'est ce qui arriverait à l'Espagne, si elle faisait la faute de rejeter la loi salique.
Encore faut-il observer que les familles catholiques peuvent plus facilement que les protestantes corriger le vice de la succession féminine, parce que leur religion, plus indulgente dans l'intérêt des sociétés, permet des mariages de famille dans certains degrés de parenté que défend absolument la religion protestan!e.
Mais, dit-on, ce mode de succession était