‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 206 sur 306 · SUR LA POLOGNE · texte numérisé non relu

SUR LA POLOGNE

a un chef héréditaire et une noblesse, ou, ce qui en tenait lieu, des ministres, des grands, de hauts fonctionnaires électifs. Dans l’une, le pouvoir, trop faible, était combattu par un patriciat indépendant et plus fort que lui; dans l’autre, le pouvoir, fort jusqu’au despotisme, était mal servi par des agents qui se révoltaient pour éviter leur destitution ou le fatal cordon. Dans tous les deux, anarchie perpétuelle : ici, par l'ambition, la puissance, les rivalités des grands; Ià, par l’insubordination et les concussions des pachas. Puis-je le dire? En tenant compte des mœurs, dans une société chrétienne, toujours plus fortes que les lois, la constitution de la France est absolument la même que celle de la Turquie : un chef héréditaire et tout le reste électif.

Quel est donc le ciment qui, dans l’un et l'autre Etat, a retenu et qui retient encore ces matériaux hétérogènes d’un édifice mal assis? C'est la religion : la religion mahométane, que son fondateur, plus habile encore qu’enthousiaste, a si bien liée au gouvernement, qu'elle ne fait qu’un avec lui, et qu’elle l’a défendu de toute la force du fanatisme qu’elle inspire; la religion chrétienne, qui, portant partout l'esprit de modération, de sagesse et de raison dont elle a le dépôt, maintient quelque ordre au milieu des révolutions.

Osons le dire : tout en admirant la valeur des Polonais, leur amour pour leur pays, et en déplorant les malheurs d’une nation digne d'un meilleur sort, la Pologne a péri par ellemême. Tous les gouvernements de l'Europe, l'eussent-ils arrachée aux mains des Russes, n'auraient pu la sauver des désordres de sa constitution, sans lui donner ce qu'elle ne voulait pas recevoir. L'auteur de cet article écrivait, il y a trente ans, en parlant des sociétés, qu'elles n’ont pas à craindre d’être effacées, par la conquête, du rang des nations, à moins qu'elles ne recèlent, comme la Pologne, dans des vices de constitution, un principe d’anéantissement.

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