‹ Œuvres completes de M. de BonaldChapitre 207 sur 306 · PEUT-ON CONTREDIRE LE MONARQUE PAR ZÈLE POUR SA CAUSE · texte numérisé non relu

PEUT-ON CONTREDIRE LE MONARQUE PAR ZÈLE POUR SA CAUSE

(Journal des Débats, du 13 septembre 1819.)

Est-ce sérieusement qu'on a avancé dans le Courrier (1) cette maxime servile et impure:

« On ne peut raisonnablement contredire le monarque par zèle pour sa cause ? » Chose étrange et qui peint d’un seul trait la différence des doctrines nobles et vraies des royalistes aux doctrines lâches et subversives de leurs adversaires? Les royalistes qui at-

tribuent au pouvoir une source divine, ne

dispensent pas l’homme-roi des. erreurs et des faiblesses de l'humanité. Leurs adversaires qui font dériver le pouvoir d’une source purement humaine, attribuent à l’homme-roi, l'infaillibilité divine, et ils disent de lui comme le peuple dont ils le font le mandataire :

qu’il n’a pas besoin d’avoir raison pour valider ses actes.

Détestables flatteurs, présent le plus funeste, Que puisse faire aux rois Ja vengeance céleste.

Eh ! sans doute, on contrarie le roi par zèle pour sa cause, comme on contrarie ses amis, sa femme, ses enfants, par zèle pour leurs intérêts ; comme on contrarie le peuple, par intérêt pour son bonheur. Il estmême si doux et en même temps si utile pour soi-même de céder à l'autorité, qu'il ne faut pas moins que le sentiment d’un grand devoir, du premier de tous les devoirs, la justice et la vérité, pour déterminer des sujets à contredire le monarque. Cette contradiction, contenue dans de justes bornes, ést même le plus ferme appui du pouvoir. Au moral, comme au u physique, on ne peut appuyer qu'en résistant;

tel un arc-boutarit soutient une voûte en la pressant dans un sens contraire à sa poussée. Et que sont les lois criminelles, ces

(1) Les rédacteurs du Courrier ayant réclamé contre l’impatation que leur faisait M. de Bonald, de la maxime dont ici question, celui-ci adressa au journal des Débats, la lettre suivante :

Au rédacteur du Journal des Débats.

Je m'empresse de rendre à messieurs les rédacteurs du Courrier la justice qu'ils réclament. Ce n’est effectivement pas dans leur journal que je trouve la maxime contre laquelle je me suis élevé dans le vôtre (N° du 13 septembre); c'est dans le Moniteur. Mais comme le Journal des Débats du 21 août, de a cité cette phrase en répondant au Moniteur,la met

garanties les plus assurées de l’ordre public et domestique, qu’une contradiction perpétuellé” à nos penchants et à nos “passions ?

Eh? sans doute ilcontrariait le monarque le plus absolu, par zèle pour sa cause, ce chancelier Voisin, qui rejetant avec une noble indignation, les sceaux dont Louis XIV s'était servi pour l’absolution d’un assassin, osait dire à ce prince : Sire, üs sont souillés ! Ils contrariaient aussi les intentions royales, par zèle pour la cause du roi, ces magistrats, ces évêques, ces commandants, qui, dans une.

circonstance extraordinaire, si souvent et trop souvent rappelée, lui éerivaient : « Nous avons trouvé dans vos fidèles cités des sujets, des citoyens, et pas un bourreau.» .

Mais voici les bornes de l’opposition dont les libéraux ne connaissent pas plus la limite que le devoir.

Le roi peut errer, parce qu’il est homme, il peut errer dans ses pensées comme dans ses actions privées et il n’est pas plus infaillible qu’il n’est impeccable. Dire le contraire, est une adulation impie. Mais si le roi n’est pas infaillible dans ses propositions, il est irréformable dans ses volontés. Ses propositions doivent être éclairées, contredites par conséquent; etc’est ce devoir que remplissaient autrofois les cours souveraines, et que remplissent maintenant sous des formes plus décisives, les corps législatifs, et que peuvent remplir (depuis la liberté de la presse) aux périls et risques de leurs jugements, tous ceux qui aperçoivent ou croient apercevoir-des défauts et des dangers dans une proposition royale.

” Et remarquez encore que, dans un gouver-

sur le compte d’un écrivain que la voix publique désigne comme un des rédacteurs habituels du Courrier, j'ai par préoccupation, confondu l'homme et le journal, et j'ai attribué au Courrier ce qu’un de ses rédacteurs dit dans une autre feuille.

Au reste, ce qui diminue mes regrets, de cette inadvertance, c’est qu’elle m'a fait connaître que messieurs du Courrier partageaient entièrement mon opinion sur cette phrase hétérodoxe, sous quelque forme et en quelque société qu'elle ait pu se glisser,

Agréez, etc.

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PART, II. POLITIQUE

nement représentatif, on ne contredit pas le roi, mais ses ministres qui ne sont ni infaillibles, ni irréformables et que bien certainement on peut contredire les ministres, par zèle pour la cause du roi; et si jamais, il n’y a eu plus de contradictions aux volontés des ministres, jamais assurément, il n’y a eu plus de motifs de les contredire et jamais le zèle pour la cause du roï n’a produit une contradiction plus raisonnable et mieux raisonnée.

Mais une fois que le pouvoir a parlé du haut du trône, que la volonté royale s’est fait entendre, est devenue loi; cette loi, si elle n’est pas bonne, n’est pas devenue meilleure aux yeux de la raison ; mais elle est devenue extérieurement obligatoire pour la conscience {à moins qu’elle n’ordonnât des choses manifestement contraires à la loi divine) ; etalors, il ne reste plus qu'à y obéir, c’est-à-dire, à y conformerses actions extérieures, en laissant au temps et aux événements, organes naturels des volontés de l'arbitre suprême des rois, à prononcer entre eux et leurs contradicteurs; c'est ce qui est arrivé toujours en France; et je ne crains pas d’assurer que jamais loi, loi générale repoussée par les cours souveraines et une désapprobation universelle, se soit affermie..…

“Nos adversaires, au contraire, font le roi infaillible, puisqu'ils vous disent. dogmatiquement : « On ne peut raisonnablement

“contredire le roi par zèle pour sa cause; »

et ils sont fidèles à cette maxime, tant que le prince écoute leurs conseils et sert leurs intérêts. Mais, tout en. le déclarant infaillible, ils ne le font pas irréformable, ét ce n'est pas avec des doléunces, des remontrances, ou des discussions qu'ils le réforment, mais avec des insurrections ; et ils enseignent qu’on.peut

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